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« Des Faucheurs de marguerites » à « L’adieu aux as » : l’amour des femmes et l’ambition des hommes (3/4)


Une des figures classiques des rapports de sexe dans les fictions est celle où le héros masculin est empêché à vivre ses aspirations artistiques ou professionnelles par la femme qui l’aime et qu’il aime, mais qui endosse le « sale rôle » de briseuse d’ailes. Nous faisons cependant l’hypothèse que les mœurs évoluant, le « sale rôle » est de mieux en mieux partagé. Par ailleurs les années 1970 sont aussi celle de l’expression de revendications féministes qui dépassent la « libération sexuelle » pour concerner tous les aspects de la vie des femmes. Les 4 mini-séries télévisées, chacune de 6 épisodes, créées par Jean-Louis Lignerat et diffusées de 1974 à 1982, ont retracé l’histoire de l’aviation depuis 1890 jusqu’en 1939 à travers le personnage d’Édouard Dabert (Bruno Pradal). Après ʺLes faucheurs de margueritesʺ (de Marcel Camus en 1974) et ʺLe temps des asʺ (de Claude Boissol en 1978), voici ʺLa conquête du cielʺ (de Claude-Jean Bonnardot, 1980).

Cette série d’articles propose donc d’examiner, pour chacune de ces mini-séries, comment Édouard Dabert parvient à concilier aventures aériennes et amoureuses et si les personnages féminins parviennent à suivre leur propre parcours d’émancipation.

La conquête du ciel : femmes libérées

La mini-série La conquête du ciel  (6 épisodes de 55 minutes), créée par Jean-Louis Lignerat et réalisée par Claude-Jean Bonnardot, est diffusée sur TF1 à partir de septembre 1980. Elle oppose deux types d’émancipation féminine incarnés dans deux personnages différents, alors qu’Édouard Dabert (Bruno Pradal) poursuit son chemin au sein des compagnies aériennes qui se mettent en place dans les années 1920-1930. L’importance toute nouvelle de ces rôles féminins semble tirer les conséquences de l’émergence du mouvement féministe des années 1970 qui s’achèvent.

D’un côté, Joséphine (Christine Laurent), veuve d’Étienne, pilote de chasse mort pendant la Grande guerre, travaille d’abord pour les actualités cinématographiques. Mais, marchant dans les traces de son défunt mari, elle obtient bientôt son brevet de pilote. Cependant, après, elle suit une voie originale. Comme elle le confie à Édouard, elle ne veut pas se remarier « je ne veux plus dépendre d’un homme », rejoignant les propos des aviatrices bien réelles Maryse Bastié : « mon entourage me trouve monstrueuse de préférer mon zinc de métal à tout amour » ou Adrienne Bolland : « ce qui compte c’est la liberté. Dès qu’on avait décollé, on était maître après Dieu » (1). Joséphine s’attaque au record d’endurance, fait la rencontre de Petra (Michaela May), une aviatrice allemande, et les deux femmes naviguent sur la ligne Munich-Moscou.

De l’autre côté, Louise (Anne-Marie Besse), fille d’un riche industriel, séduit Julien Dabert (Daniel Rivière), le fils d’Édouard. C’est une jeune femme qui sait ce qu’elle veut : « et bien soit, j’ai envie de vous ». Son passé est quasiment mythique : elle aurait épousé un prince, divorcé un an après, conduit une ambulance sur le front, gagné le concours hippique de Deauville, acculé un colonel anglais au suicide et inventé un cocktail qui porte son nom !

Louise épouse Julien qui se fait embaucher par la compagnie « France-Orient » puis par l’« Aéropostale ». Mais Louise n’est pas passionnée par l’aviation, elle s’ennuie bientôt et divorce. Ce qui « libère » Julien et permet à la série de remettre de l’ordre en faisant correspondre sentiments amoureux et ambitions aériennes… et donc de réunir les deux pilotes, Julien et Joséphine. Il est également possible de voir la fin de la mini-série comme un passage de relai matérialisé par Julien quittant Louise pour Joséphine. Louise est une héritière qui vit une libération essentiellement sexuelle quand Joséphine doit gagner sa vie et vit une libération plus complète incluant donc sa dimension économique.

Marc Gauchée

1. Citées in Le ciel est à elles, documentaire de Valérie Manns, 2020.

À suivre : L’adieu aux as : la combattante

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Nous aussi…


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« Furie » et « Madame porte la culotte », deux des 25 films de procès dans le cinéma américain, chroniqués dans « L’Avant-scène cinéma »


L’Avant-scène cinéma n°680-681 de février-mars 2021 est consacré à Autopsie d’un meurtre d’Otto Preminger et présente notamment « 25 films de procès dans le cinéma américain » dont :

Furie (Fury) de Fritz Lang, 1936

 « Pendant la dernière demi-heure du film, 22 citoyens de la ville de Strand sont traduits en justice pour avoir lynché Joe Wilson en incendiant la prison où il était enfermé par erreur. Mais l’originalité de ce procès est double. D’abord l’unité de lieu est sans cesse perturbée par les allers-retours avec l’extérieur du tribunal. Ensuite la force des images s’impose aux témoignages et plaidoiries prononcés dans la salle d’audience... »

Madame porte la culotte (Adam’s Rib) de George Cukor, 1950

« Doris Attinger a tiré sur son mari Warren et sa maîtresse Beryl. Il n’a été que blessé mais Doris est jugée. Au tribunal, les époux Bonner se retrouvent face à face : Adam est le substitut du procureur et Amanda – prénom qui ressemble à ʺAdamʺ en verlan – est l’avocate de Doris… »

Retrouvez les deux articles de Marc Gauchée dans le numéro double de L’Avant-scène cinéma.

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Alors, vacciné?


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Le Prix « Papiers Nickelés »-SoBD à Juan Sasturain


            Malgré la situation pandémique et le report à décembre du SoBD, le prix Papiers Nickelés-SoBD a quand même été attribué et remis en direct sur le Net.

Dans une compétition serrée, ce prix récompensant le meilleur travail sur le dessin imprimé (bandes-dessinées, dessin d’humour et d‘actualité, affiche, illustration, gravure, imagerie) a été attribué aux entretiens que Juan Sasturain avait eus avec Alberto Breccia. Ce classique a enfin  été traduit en français aux éditions Rackham.

Juan Sasturain, gendre de Breccia, a pu réaliser de façon à la fois professionnelle et intime ce qui constitue une vraie autobiographie du géant de la BD argentine. Ce dernier, salué sans conteste par tous les dessinateurs du monde comme un des plus virtuose et des plus inspirants, a une œuvre considérable, avec des séries phares comme ‘’Mort Cinder’’, ‘’Perramus’’ ou ‘’L’Eternaute’’. Il a travaillé sur les meilleurs scénarios de Sasturain, mais aussi avec Hector Oesterheld et quelques autres, adaptant beaucoup de classiques littéraires.

L’ouvrage, un pavé après lequel il sera difficile d’ajouter grand-chose sur Breccia, était incontestablement un candidat parfait pour ce huitième prix, annoncé par Renaud Chavanne (directeur du SoBD) et Yves Frémion (rédacteur-en-chef de Papiers Nickelés). Hélas sans foule cette année pour applaudir le lauréat qui n’avait pu se déplacer depuis l’Argentine. Il lui sera remis prochainement la dotation du prix, une collection complète, reliée, de Papiers Nickelés, soit 67 numéros.

Papiers Nickelés

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La croisière ne s’amuse plus du tout


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L’érotisme selon Valéry Giscard d’Estaing


En 1994, Valéry Giscard d’Estaing publie un roman, Le passage (Robert Laffont), qui raconte la rencontre entre Charles, jeune « notaire de la campagne beauceronne » à Saint-Thuret près de Vendôme, et d’une mystérieuse auto-stoppeuse, Natalie, alors qu’il se rend à une partie de chasse en Sologne. Il la recueille dans sa voiture, puis chez lui et enfin dans son lit avant qu’elle le quitte sans explication, rendant le notaire à ses plaisirs cynégétiques. Le moment de la rencontre est présenté comme décisif dans la vie bien réglée du notaire…

Lire la suite de l’article de Marc Gauchée sur Fragments sur les temps présents

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Il y en a donc qui n’étaient pas à la télé…


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Des Faucheurs de marguerites à L’adieu aux as : l’amour des femmes et l’ambition des hommes (2/4)


Une des figures classiques des rapports de sexe dans les fictions est celle où le héros masculin est empêché à vivre ses aspirations artistiques ou professionnelles par la femme qui l’aime et qu’il aime, mais qui endosse le « sale rôle » de briseuse d’ailes. Nous faisons cependant l’hypothèse que les mœurs évoluant, le « sale rôle » est de mieux en mieux partagé. Par ailleurs les années 1970 sont aussi celle de l’expression de revendications féministes qui dépassent la « libération sexuelle » pour concerner tous les aspects de la vie des femmes. Les 4 mini-séries télévisées, chacune de 6 épisodes, créées par Jean-Louis Lignerat et diffusées de 1974 à 1982, ont retracé l’histoire de l’aviation depuis 1890 jusqu’en 1939 à travers le personnage d’Édouard Dabert (Bruno Pradal). Après ʺLes faucheurs de margueritesʺ (de Marcel Camus en 1974), voici ʺLe temps des asʺ (de Claude Boissol en 1978).

Cette série d’articles propose donc d’examiner, pour chacune de ces mini-séries, comment Édouard Dabert parvient à concilier aventures aériennes et amoureuses et si les personnages féminins parviennent à suivre leur propre parcours d’émancipation.

Le temps des as : c’est lui ou elle

La mini-série Le temps des as (de Claude Boissol, 1978) diffusé sur TF1 marque une première transition dans la conciliation entre aventures aériennes et amoureuses, mais en la vivant sous forme d’alternance : c’est soit l’homme, soit la femme, pas les deux ensemble, qui peuvent réaliser leurs ambitions.

Ainsi, la mini-série s’ouvre, comme la première Les faucheurs de marguerites, sur une scène reprenant la tradition : l’effacement obligatoire de la femme pour que l’homme puisse se réaliser. Avec deux nuances de taille, dans Le temps des as, la femme n’est pas délaissée, elle est tuée, certes accidentellement… et c’est même quasiment de sa faute comme l’explique Édouard Dabert (Bruno Pradal) : « Elle voulait voir comment c’est là-haut, elle insistait depuis des mois ».

En effet, la mini-série commence en 1910, sur le terrain d’aviation d’Issy-les-Moulineaux, Édouard donne à son épouse Jeanne (non créditée au générique), son baptême de l’air mais l’avion s’écrase. Si Édouard en sort vivant, Jeanne est tuée. Julien (Jean-Marc Thérin), leur petit garçon, accuse son père « C’est de ta faute », remarquons que c’est surtout ce jugement filial plus que la mort de sa femme qui ébranle Édouard et le décide de se retirer pour travailler dans un garage en Bretagne. C’est là qu’il fait la connaissance d’un autre mécano, Étienne Leroux (Jean-Claude Dauphin) qui rêve de voler. Mathieu, le père adoptif d’Étienne (Fred Personne) est résigné et rappelle la concurrence entre vie sentimentale et ambition personnelle : « C’est pas une femme qui me le prendra, c’est l’aviation ». Cette amitié avec Étienne replonge bientôt Édouard dans l’aventure aérienne.

La mini-série se termine toutefois par un passage de relai : Étienne devient un pilote, rencontre  Joséphine Lemieux (Christine Laurent), une jeune journaliste canadienne, avec qui il se marie. Mais, aviateur pendant la guerre, il se fait tuer. Joséphine reçoit alors son baptême de l’air et décide d’apprendre à piloter. Le relai est pris, sur le mode alternatif donc : pour Édouard, son épouse est morte, pour Joséphine, son époux est mort. Il faut cependant remarquer la prudente gradation quant à l’affirmation d’une émancipation féminine puisque le choix de Joséphine de devenir aviatrice peut se lire comme une transmission ou un hommage posthume à son mari, elle reprend le flambeau en abandonnant sa première carrière de journaliste.

Marc Gauchée

À suivre : La conquête du ciel : l’ambition des femmes

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Plus un geste… sauf barrière!


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À propos d’« En thérapie »


La série En thérapie (1) est au départ une série israélienne BeTipul (2) dans le contexte des attentats et reprise dans plus de 15 pays européens, américains et asiatiques. Elle nous offre une fiction dans la réalité française de l’après « Bataclan » qui nous permet, sinon de vivre, du moins de ressentir ce que peuvent être des séances d’analyse.

Fiction, donc invention. Avec parfois il est vrai, un trait trop appuyé dans les situations ou les dialogues.

Elle nous montre les effets de la cure de parole (« talking cure »). Le psychanalyste, le docteur Philippe Dayan (Frédéric Pierrot), rebondit  à partir de la parole de l’analysant. Il ne sur-interprète pas. Il relève tel ou tel lapsus, surgissement de l’inconscient. Comme Freud, il explique à ses patients les raisons de leur mal-être et le mécanisme en jeu.

La dimension transférentielle apparaît avec la séduction, l’agressivité, la passion, la provocation : ses impasses qu’il importe de dépasser. Le Dr Dayan est parfois débordé sans doute par un cadre qui n’est pas assez rigoureux.

Le lieu même du cabinet – « Ta grotte » dit Charlotte (Elsa Lepoivre), l’épouse du Dr Dayan – est véritablement inscrit comme un lieu singulier, à part, LE lieu où la parole peut se dire et être entendue. L’accent est mis sur « la parole pleine » (Lacan) et non pas sur une parole vide qui serait comme une teissère, cette pièce de monnaie usagée qu’on se passe de main en main.

Le fameux divan est remplacé par un canapé sur lequel les patients s’assoient au lieu de s’allonger. L’échange est donc frontal. La jeune chirurgienne, Ariane (Mélanie Thierry), qui veut séduire son psychanalyste s’assied en face de lui pour le subjuguer.

Le Dr Dayan n’est pas un surhomme et il se confronte au cours de séances ardues avec sa superviseuse à ses tourments. Les dialogues sonnent juste, sont précis et quant au jeu d’acteur, on ne peut que louer chacun dans sa véracité. Cette série nous montre l’intérêt et la difficulté d’une cure analytique, ses impasses et ses pépites.

Françoise Bernard

__________________

1. En thérapie, série d’Éric Toledano et Olivier Nakache, Arte, 2021.

2. BeTipul (בטיפול), série de Hagai Levi, Nir Bergman et Ori Sivan, Hot 3, 2005-2008.

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Cette année-là!


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[Chrono] 1980/ Valérie Giscard d’Estaing : l’hommage oublié du cinéma


En 1980, dans L’infirmière n’a pas de culotte, Francis Leroi rend hommage à Valéry Giscard d’Estaing (VGE) encore président de la République. Le film raconte le séjour du couple Mercier (Claude Valmont et Danièle David) dans une clinique qui soigne les dysfonctionnements sexuels à coups d’agressions, de viols et de lavements. Lorsque Madame Mercier reçoit la visite du docteur (Jean-Pierre Armand) et d’un infirmier (Gérard Grégory), voilà qu’apparaît le t-shirt siglé « Giscard à la barre » venu de la campagne présidentielle de 1974.

L’hommage qui se veut certes humoristique, peut s’expliquer par le rôle joué par le président de la République dans la libéralisation des écrans et, de fait, dans l’essor du genre pornographique dont relève – on l’aura deviné – L’infirmière n’a pas de culotte. En effet, tout juste élu, VGE met en pratique sa promesse de suppression de la censure et, bientôt, les films pornographiques prolifèrent à Paris comme en régions : « des films de moindre qualité, au titre alléchant à la limite de l’escroquerie, tournés avec quatre bout de Chatterton et une dizaine de paires de fesses, sortaient des petites salles cradingues spécialisées pour atterrir dans les grandes salles familiales des casinos, à la mer comme à la montagne » (1). La majorité de droite grince des dents et VGE finit par réagir. Il signe le décret du 31 octobre 1975 qui écarte les œuvres pornographiques des soutiens publics puis fait adopter la loi de finances pour 1976 du 30 décembre 1975 instaurant le classement X. Mais, jusqu’à l’arrivée de François Mitterrand à la présidence en 1981, cette loi X est largement contournée et son application n’est pas très rigoureuse. C’est Jack Lang, devenu ministre de la Culture, qui déclenche les hostilités envers le genre et le relègue dans les salles spécialisées.

Philippe Augier, responsable des « Jeunes giscardiens » en 1974, a raconté que le slogan « Giscard à la barre » avait été trouvé par Anne d’Ornano, l’épouse de Michel alors directeur de la campagne électorale (2). En 1974, VGE incarnait d’ailleurs tellement la jeunesse et le changement que Brigitte Bardot qui soutenait déjà les animaux (politiques), a également été vue avec le t-shirt « Giscard à la barre ». À l’heure des hommages, il aurait été dommage d’oublier ceux de Francis Leroy et Brigitte Bardot en leur temps.

Marc Gauchée

P.S.: le 1er mai 1974, Johnny Hallyday soutenait également VGE… aux côtés de Danièle Gilbert, Chantal Goya et Jean-Jacques Debout, complétant ainsi la « dream team » giscardienne.

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1. Tony Crawley et François Jouffa, L’Âge d’or du cinéma érotique et pornographique, 1973-1976, Ramsay, 2003.

2. Rédaction de France Bleu Normandie, « Giscard et la Normandie : dans les coulisses du slogan « Giscard à la barre » », francebleu.fr, 3 décembre 2020.

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L’autorité et le charme?


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Cinquante nuances de Saint-Gély (2/2)


Dans « Les nouvelles aventures de Vidocq » de Georges Neveux (scénariste) et Marcel Bluwal (réalisateur) diffusé en 1971  (1ère saison) et 1973 (2ème saison), François Vidocq (Claude Brasseur), pourtant chef de la Sureté, est régulièrement ligoté par la multirécidiviste baronne Roxane de Saint-Gély (Danièle Lebrun) qu’il tente d’arrêter en vain. Roxane de Saint-Gély et François Vidocq s’affrontent, mais comme ils sont également épris l’un de l’autre, leur relation prend des tournures sadomasochistes. Ainsi, régulièrement, la baronne tente d’éliminer Vidocq et Vidocq tente d’arrêter la baronne… tout en couchant ensemble. Après les tentatives de ligotage de Roxane (1er article), c’est au tour de François de tenter de menotter la baronne.

La première fois que Vidocq passe les menottes à la baronne, c’est dans l’épisode 2, première saison, intitulé Les trois crimes de Vidocq. Mais François est sous le charme de la belle Roxane et s’endort après une nuit d’amour. Au réveil, Roxane a fui et elle est  remplacée par sa femme de chambre, Mariette (Monique Thierry)… avec qui François couche également, sûrement pour se consoler. Dans l’épisode suivant (Les chevaliers de la nuit), Roxane rappelle d’ailleurs à François : « Il ne faut jamais arrêter une femme dans sa chambre à coucher ». En écho, dans l’épisode 5, première saison, intitulé Échec à Vidocq, Vidocq fait transférer la baronne menottée par son adjoint Flambard (Marc Dudicourt) en l’avertissant : « Cette femme-là est plus forte que vous et moi »… et lors de son transfert elle s’évade avec l’aide de complices.

Mais l’érotisme sadomasochiste de la série prend une tournure explicitement ludique lorsque, dans l’épisode 6, première saison, intitulé Les banquiers du crime, François et Roxane passent à nouveau une nuit d’amour menottés et, au réveil, François se réveille avec un chaton à la place de la main de sa maîtresse !

Il faut pourtant croire que le jeu finit par lasser Vidocq. Dans le dernier épisode, Vidocq et compagnie, François met tout en œuvre pour parvenir à arrêter Roxane qui, réussit à rallier le nouveau régime et à sauver sa tête une fois de plus. L’histoire pourrait donc, comme dans les autres épisodes, se terminer par une danse ou une nuit d’amour, mais Vidocq refuse d’accompagner Roxane. Elle demande alors, les yeux humides : « Tu ne m’aimes plus ? » et François de répondre : « Quelle importance… » Comme si, finalement, sa mission policière était plus sérieuse que sa vie amoureuse, comme si les tentatives d’entraves n’étaient pas un jeu, comme si Vidocq n’en pouvait plus de voir cette femme toujours lui échapper et orchestrer, à son rythme, leur relation.

Cette fin marque l’échec de la rencontre entre un romantique et une romanesque. Vidocq est romantique parce qu’il veut démasquer la baronne pour avoir accès direct à sa vérité, à ses sentiments et à son âme. De plus il n’arrive pas à trouver sa cohérence dans une époque incohérente avec les loyautés successives qu’il faut endosser à chaque changement de régime impérial ou monarchique. C’est pour cela que l’accomplissement de sa mission – l’arrestation de la baronne – lui apparait nécessaire, c’est son seul point d’ancrage. Mais, face à l’insaisissabilité de Roxane, il préfère rompre. En revanche, Roxane de Saint-Gély est romanesque parce qu’elle ne cesse de révéler les faux-semblants de son époque. Elle appartient pleinement à son siècle qu’elle traverse avec ironie. L’amour comme le reste est un jeu où tous les autres, à part Vidocq, ne font que de la figuration. Sa tristesse et sa déception finale sont d’autant plus grandes qu’elle croyait avoir trouvé en François un partenaire et un égal.

Marc Gauchée

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Masque en rade


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Cinquante nuances de Saint-Gély (1/2)


Dans les années 1950 et 1960, les héroïnes de films historiques « en costume », connurent une surenchère de violences. Caroline de Bièvre (Martine Carol) est violée par le postillon Jules (Alfred Adam) pendant les journées révolutionnaires. Plus tard, arrêtée par les Vendéens, leur chef Pont-Bellanger (Pierre Cressoy)  la dépoitraille et la soufflète… avant certes, de s’excuser quand il reconnait une noble et d’encaisser un soufflet par Caroline en retour (Caroline chérie de Richard Pottier,1951). Dans la suite (Un caprice de Caroline chérie de Jean Devaivre, 1953), quand les patriotes italiens reprennent la ville de Pretorbia, ils  tondent les femmes ayant couchés avec les Français, les recouvrent de boue et les mettent nues.

Mais un cran est franchi avec la série des Angélique, interprétée par Michèle Mercier. Dans Merveilleuse Angélique (de Bernard Borderie, 1965), les prostituées arrêtées après la prise du repaire des bandits sont fouettées. Le sadisme donne libre court dans les films suivants avec, toujours, une touche orientale : dans Angélique et le Roy (de Bernard Borderie, 1966), l’ambassadeur de Perse, Zoukim Batchiary Bey (Sami Frey), explique que tout le monde déteste les coups que l’on ne peut pas rendre, mais « pas les femmes ! » et explique à Angélique sa « méthode » avec elles : le viol (!). Enfin, dans Angélique et le Sultan (de Bernard Borderie, 1968), Angélique, pourtant prisonnière du harem, repousse les avances du sultan Moulay-El-Raschid (Aly Ben Ayed) de Mikenez et lui crache au visage, ce qui lui vaut d’être fouettée (1).

Il faut attendre les années 1970 et l’explosion de l’érotisme et de la pornographie sur les écrans, pour que le sadisme envers les femmes se pare d’un discours pédagogique dans des films comme Emmanuelle et Histoire d’O (de Just Jaeckin, 1974 et 1975). Dans ces films, les viols répétés et les flagellations administrées avec constance ne visent qu’à parfaire l’éducation sexuelle de ces pauvres épouses ou fiancées jamais suffisamment déniaisées pour le plaisir de leur mari, amant, dieu et maître.

Pendant que le cinéma entretenait l’ambivalence d’une libération sexuelle à coups de fouet, la télévision osait inverser les rôles et faire d’un homme la victime régulière d’une femme. Dans Les nouvelles aventures de Vidocq de Georges Neveux (scénariste) et Marcel Bluwal (réalisateur) diffusé en 1971  (1ère saison) et 1973 (2ème saison), François Vidocq (Claude Brasseur), pourtant chef de la Sureté, est régulièrement ligoté par la multirécidiviste baronne Roxane de Saint-Gély (Danièle Lebrun) qu’il tente d’arrêter en vain.

Il faut dire que cette « confusion » des rôles est bien dans l’ambiance de l’époque puisque les deux saisons couvrent la fin du Premier empire, la première Restauration, les Cent jours et la seconde Restauration, autrement dit des périodes où les ralliements et les trahisons sont monnaie courante.

Roxane de Saint-Gély est une délinquante prête à servir tous les régimes politiques du moment que cela lui permet de s’enrichir. Elle affronte donc François Vidocq, mais comme ils sont également épris l’un de l’autre, leur relation prend des tournures sadomasochistes. Ainsi, régulièrement, la baronne tente d’éliminer Vidocq et Vidocq tente d’arrêter la baronne, tout en couchant ensemble. Marcel Bluwal a expliqué que l’originalité du feuilleton réside certes dans  le mélange entre les histoires politiques et la pègre, mais aussi dans le couple formé par Vidocq et la baronne avec leurs « rapports sadomasos » (2).

Quant à Danièle Lebrun, elle décrit son personnage comme « une Milady mais avec un côté beaucoup plus coquin, beaucoup moins méchant » ; « elle est dangereuse. C’est une femme qui a les dents longues, qui veut de l’argent à tout prix et qui aime bien en même temps se taper quelques bonhommes » (3).

Dès le premier épisode, La caisse de fer, Vidocq se retrouve prisonnier de la baronne de Saint-Gély. Elle vient lui faire ses adieux, il est ligoté sur des caisses, au fond de la cale d’un bateau. Elle lui sort le grand jeu, exprime sa satisfaction de le rencontrer et lui propose de s’associer dans le crime, avant de le quitter en lui affirmant qu’elle est la personne qui le regrettera le plus ! Une scène quasi identique se trouve à l’épisode 6, première saison, intitulé Les banquiers du crime. Vidocq est à nouveau ligoté à fond de cale, la baronne arrive, lui confie ses regrets devant son refus de s’associer avec elle et d’être contrainte de l’envoyer par le fond : « aucune femme ne te regrettera plus que moi ». Elle embrasse alors « le seul homme que j’aurais aimé ».

Dans l’épisode 7,seconde saison,  intitulé La bande à Vidocq, Roxane révèle l’identité de François à ses amis Chouans qui s’empressent donc de le retenir prisonnier. La baronne espérait ainsi inciter le chef de la Sureté à rallier sa cause : « parce que je t’aime François » et elle ajoute « d’ailleurs toi aussi tu m’aimes ». Enfin, dans l’épisode 10, seconde saison, intitulé Vidocq et l’archange, Roxane retient François dans une cave, sans le ligoter cette fois, pour le convaincre de participer au complot contre Louis XVIII jugé trop mou par le clan des ultras.

Face à cette redoutable adversaire, François est comme Roxane, il tente de concilier ses projets avec ses sentiments et, comme la baronne, il se révèle tout aussi inefficace.

Marc Gauchée

À suivre…

________________________________

1. Christelle Taraud, « Angélique et l’Orient : une certaine vision de l’altérité ? », L’Homme & la Société, n°154, 2004/4.

2. Marcel Bluwal, entretien de 2006 avec Philippe Durant, Les nouvelles aventures de Vidocq, supplément du DVD, INA, 2013.

3. Ibid.

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L’autre vague


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Des « Faucheurs de marguerites » à « L’adieu aux as » : l’amour des femmes et l’ambition des hommes (1/4)


            Une des figures classiques des rapports de sexe dans les fictions est celle où le héros masculin est empêché à vivre ses aspirations artistiques ou professionnelles par la femme qui l’aime et qu’il aime. Il y a souvent ainsi une « bobonne » qui lui rappelle qu’il faut payer le loyer, assurer les repas et (un peu) s’occuper d’elle, alors que lui développe une créativité ou une ambition qui ne demandent qu’à s’épanouir. Et voilà notre héros obligé de choisir entre le destin flamboyant qu’il s’imagine et la vie planplan garantie par celle qui partage sa vie… Les scénaristes proposent alors plusieurs solutions qui passent toutes par l’effacement de la femme : soit elle quitte le héros quand elle comprend qu’il l’a sacrifiée à son ambition ; soit elle trompe le héros qui, du coup, peut la quitter en lui refilant le sale rôle ; soit elle sombre dans la folie et se disqualifie elle-même, soit, plus radical, elle meurt assassinée ou par accident ou par suicide. Dans tous les cas le héros peut accomplir sa destinée, enfin libre de cet amour dans lequel il était englué.

Plus récemment, le héros a pu assumer sa part en provoquant la rupture passivement puis plus activement. Nous faisons l’hypothèse que les mœurs évoluant, le « sale rôle » est de mieux en mieux partagé. Par ailleurs les années 1970 sont aussi celle de l’expression de revendications féministes qui dépassent la « libération sexuelle » pour concerner tous les aspects de la vie des femmes. Les 4 mini-séries télévisées, chacune de 6 épisodes, créées par Jean-Louis Lignerat et diffusées de 1974 à 1982, ont retracé l’histoire de l’aviation depuis 1890 jusqu’en 1939 à travers le personnage d’Édouard Dabert (Bruno Pradal). Il y eut « Les faucheurs de marguerites » de Marcel Camus en 1974 ; « Le temps des as » de Claude Boissol en 1978 ; « La conquête du ciel » de Claude-Jean Bonnardot en 1980 et « L’adieu aux as » de Jean-Pierre Decourt en 1982.

Cette série d’articles propose donc d’examiner, pour chacune de ces mini-séries, si Édouard Dabert parvient à concilier aventures aériennes et amoureuses et si les personnages féminins parviennent à suivre leur propre parcours d’émancipation.

 Les Faucheurs de marguerites : plutôt voler que baiser !

Créée par Jean-Louis Lignerat (et Jean Vermorel), la mini-série Les faucheurs de marguerites, réalisée par Marcel Camus, a été diffusée à partir du 27 mai 1974 sur la 3ème chaîne de l’Office de radiodiffusion-télévision française (ORTF). L’Office vit ses derniers jours puisque la loi du 7 août 1974 prononce sa suppression (qui sera effective le 1er janvier 1975) et son remplacement par 7 sociétés dont France Régions 3 (FR3) héritière de la 3ème chaîne. Le nouveau président de la République, Valéry Giscard d’Estaing, voulait en finir avec l’ORTF, mastodonte jugé trop centralisé et contrôlée par le pouvoir gaulliste. Après tout, Arthur Conte, historien et pourtant député gaulliste, avait été nommé en juillet 1972 à la tête de l’Office avant d’être démissionné 16 mois plus tard par le gouvernement pour velléité d’indépendance !

La diffusion des Faucheurs de marguerites est aussi contemporaine de l’explosion du cinéma érotique (et pornographique) puisqu’Emmanuelle de Just Jaeckin arrive sur les écrans parisiens le 26 juin et cumulera 8,89 millions d’entrées en France. L’époque est à la « libération sexuelle ».

Mais la télévision n’est pas le cinéma et la série propose plutôt un personnage de dragueur d’avant mai 68 : c’est ainsi que la série commence en 1890 lorsqu’Édouard, orphelin de son père, industriel de soieries lyonnaises, se montre passionné de voiture – il a réussi à faire du 50km/h ! – et débarque dans les réceptions de la bonne société avec son véhicule et en soufflant dans un clairon pour s’imposer auprès des jeunes et jolies femmes qui s’y trouvent. C’est lors d’une garden party qu’il évince un empoté de polytechnicien pour danser avec Jeanne Perrier (Christine Wodetsky) la fille d’industriels concurrents.

Édouard Dabert est tout aussi dragueur lorsqu’il accompagne en Allemagne son ami de lycée, Jules Joly (Clément Michu), opérateur de cinématographe pour les frères Lumière. Les deux amis vont assister aux expérimentations d’aile volante d’Otto Lilienthal (Joachim Hansen). Dans l’auberge où ils logent, Édouard montre les seins de la femme de chambre, « cette croustillante petite Gretchen » en disant « Wunderbar ! » (« Magnifique ! »). Notons que la femme de chambre, bien souvent à la différence de celles qui l’ont précédée dans les fictions, ne se laisse pas faire et répond d’un vigoureux : « Verboten ! » (« Interdit ! »), Mais l’attention d’Édouard est attirée par la fenêtre où une autre jeune femme (Marianne Hoffman) finit de se baigner nue dans la rivière, seule occurrence de la nudité dans la série et en plan suffisamment éloignée pour rester pudique. Il plante la femme de chambre et court rejoindre la baigneuse jusqu’à ce qu’Otto les survole… Fasciné par le spectacle, Édouard laisse partir la jeune femme.

Ce premier épisode présente donc le récit classique de l’homme qui doit abandonner les femmes pour vivre sa vocation. Par la suite, Édouard financera ses projets d’aéroplanes grâce à son riche mariage avec Jeanne. Mais le couple va se séparer, car Édouard est trop accaparé : par une maîtresse et par l’aviation. Jeanne continue quand même à le financer sans qu’il le sache, s’inscrivant là aussi dans une figure classique de femme dont le destin ne peut être qu’amoureux et dédié à un seul homme.

Marc Gauchée

À suivre : Le temps des as : c’est lui ou elle

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Chaîne alimentaire


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Pour Noël, plutôt que la dinde, essayez le lapin


Visiblement, Tout va bien mon lapin ? (éditions Le Tripode, 2020) s’inscrit dans la suite du Coup du lapin et autres histoires extravagantes (Le Tripode, 2018). Et, visiblement aussi, il aura une suite annoncée à la dernière page : « Tremblez, on reviendra ».

La riche fournée cunicole 2020 de Didier Paquignon est organisée avec :

– Sur les pages de gauche, la narration factuelle d’un fait divers ou d’un fait surprenant. Le plus souvent ce fait est sourcé précisément (enfin, je n’ai pas vérifié l’exactitude des références), mais il arrive que la source soit simplement indiquée comme « perdue ».

– Sur les pages de droite figure un dessin réalisé en « monotype » (1). L’éditeur explique cette technique particulière dans une courte préface : le monotype est un procédé d’impression non gravé, réalisé à l’encre typographique ou à la peinture à l’huile sur un support non poreux puis passé sous presse… ce qui en fait le plus souvent un exemplaire unique.

Tout n’est que décalages et donc humour dans Tout va bien mon lapin ?

D’abord la lecture des faits rapportés prouvent à quel point la réalité dépasse la fiction, ils témoignent de situations et d’attitudes absurdes, mesquines, hors-normes, déréglées ou complètement « déraillées » au sens ferroviaire du terme. C’est ce terroriste irlandais qui se blesse dans l’explosion de sa bombe parce qu’il l’avait réglée sans tenir compte de l’heure d’été. C’est ce policier de Californie qui a verbalisé 43 fois sa belle-mère. C’est ce fusillé pour meurtre aux États-Unis qui demande, comme dernière volonté, un gilet pare-balles. C’est ce Malaisien déçu d’avoir reçu une loupe en guise de « kit incroyable » pour agrandir son pénis.

Ensuite les dessins sont exécutés dans un noir dense et crayeux, précis et esthétique. L’hyperréalisme est tenu à distance – toujours ce décalage – par l’absence de couleurs et par la scène dessinée qui bouscule toute sage réalité.

Enfin le dernier décalage réside dans l’exercice de gymnastique que demande l’association du texte et du dessin. Bien sûr, quelques dessins – ce sont les plus rares – ne semblent qu’illustrer ce que décrit le texte, le visuel renvoie directement au récit, il l’incarne. Mais pour la plupart, Didier Paquignon apporte son commentaire personnel, son interprétation qui ajoute son délire et sa poésie à ceux du fait relaté. Le commentaire le plus simple se niche dans un cadrage en gros plan du sujet ou, au contraire, en plan éloigné. Le plus élaboré réside dans le choix même du sujet qui prolonge le texte et le téléporte dans un autre univers. Tout est réel et, pourtant, nous sommes ailleurs.

Afin d’éviter le sort de cet ingénieur russe envoyé à l’hôpital parce que son collègue ne supportait plus qu’il lui divulgâche les romans qu’il n’avait pas encore lus, je vous laisse découvrir Tout va bien mon lapin ?

Marc Gauchée

_______________

1. Un seul regret : les quelques dessins qui, en format paysage, débordent de la page de droite pour empiéter sur la page de gauche et qui perdent de leur puissance dans le pli du livre sauf à le remettre à plat en l’écrasant avec force !

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Magnum : pourquoi sa femme meurt deux fois, mais doit mourir quand même (2/2)


Cinq ans plus tard, lors de la saison 7 (1986-1987), Michelle réapparait. Son mari, le général Hue qui, en fait, est espion aux profits des États-Unis, est menacé. Il donne donc un passeport à Michelle pour qu’elle puisse fuir le Vietnam avec leur fille : « Sauve-toi ». Hue est bientôt exécuté et le général Minh (Lloyd Kino) envoie des agents aux États-Unis pour abattre Michelle.

Le double sacrifice du héros

Michelle confie Lily Catherine à Magnum. Le détective déjoue les plans des tueurs, Michelle reprend alors Lily et Magnum lui demande si elle n’est pas sa fille, car il commence à avoir des doutes. Cela signifierait que la nuit d’amour lors de leur retrouvailles furtives cinq ans plus tôt fut féconde. Heureuse fiction où les femmes ne prennent pas la pilule, où les hommes ne portent pas de capotes ignorant des dangers du sida – car le coït a eu lieu cinq ans plus tôt – et où la naissance d’un enfant est toujours bien accueilli !

En guise de réponse aux interrogations de Magnum, Michelle entretient le flou : « Si je te dis qu’elle est ta fille, t’en séparerais-tu encore ? » Et elle part avec Lily en lui donnant rendez-vous après « la tourmente » (E7, S7). C’est le premier sacrifice du héros : il accepte que la femme qu’il aime le laisse ainsi dans l’incertitude et, en plus, reparte loin de lui avec celle qu’il suppose être son enfant.

Le second sacrifice intervient à la fin de la saison. Dans l’ultime épisode, Magnum se retrouve dans le coma suite à une grave blessure par balles. Il revoit la visite de Michelle, arrivée de France sous le nom de Madame Barington, elle vient demander sa bénédiction pour épouser Edward Durant (John Beck). Perdu dans les nuages de son coma, le détective d’abord méfiant envers cet Edward, finit par accepter la décision de Michelle : « Je t’aime Michelle, plus que je n’ai jamais aimé personne. C’est ton bonheur que je veux. Tu peux retourner vers lui. » (E22, S7). Ce troisième mariage de Michelle (après Hue et Magnum) interroge sur ce qu’il reste de son amour pour le détective d’Hawaï. Magnum semble bien être le seul à entretenir un tendre sentiment pour Michelle, la réciproque n’étant plus vraie.  

C’est sans doute parce que Michelle vit sa vie loin de lui que Magnum doit cesser de l’aimer, mais comme il est un héros positif, il ne peut pas mettre fin comme ça à cet amour, ni entamer une autre histoire… La solution qu’ont trouvé les scénaristes est alors de faire mourir une seconde fois Michelle. La réponse au double sacrifice du héros est la double mort du personnage féminin. La série rejoint ainsi toutes ces fictions où le héros masculin ne peut se réaliser, bâtir son œuvre, donner toute sa mesure qu’en se débarrassant de l’encombrante femme qui l’aime ou qu’il aime.

Enfin seul : la seconde mort de Michelle

Magnum est toujours dans le coma au début de la saison 8, mais il ressent« quelque chose d’autre » et quand il sort enfin de son silence, c’est pour s’inquiéter : « Michelle pourrait courir un danger et il faut que je lui porte secours » (E1, S8). Le procès du commanditaire de la fusillade qui l’a plongé dans le coma se conclut par un non-lieu, faute de charges et de preuves suffisantes. En effet Magnum a refusé que Michelle vienne témoigner pour ne pas mettre sa vie en danger. Or Michelle aurait pu expliquer que le commanditaire est Quang Ki (Richard Narita) qui voulait venger la mort de son frère, le colonel Ki (saison 2). Mais bientôt Magnum reçoit une cassette VHS qui montre l’explosion d’une voiture dans laquelle Michelle et Lily venaient de prendre place. Il s’équipe comme un sniper pour abattre Quang Ki libéré afin d’être échangé contre un ancien prisonnier, le commandant Edward Rockwell (Robert Harker). Mais au moment de l’échange, alors qu’il tient Ki dans son viseur, il ne tire pas, l’échange a donc lieu et Magnum regarde la fille du commandant (Leslie Wing) retrouver son père (E8, S8).

La scène observée par Magnum est l’annonce du glissement qui s’opère chez lui, depuis l’amour pour Michelle vers l’amour pour Lily.

Magnum apprend que Lily est bien sa fille dans l’avant-dernier épisode de la série : Michelle lui a écrit une lettre avant de mourir que la Navy lui fait parvenir. Déjà bon père, il en avait l’intuition puisqu’il avait continué à écrire à Lily après son départ d’Hawaï. Mais il est surtout un bon père détective, car, en visionnant et revisionnant la bande vidéo de l’explosion de la voiture de Michelle et Lily, il croit percevoir un bruit. Il fait donc analyser la bande son par un ex marine animateur de radio qui distingue un claquement de portière comme si Lily était descendue chercher sa poupée avant l’explosion (E12, S8).

Dans l’ultime épisode de la série, Magnum retrouve donc sa fille, abandonne sa vie de patachon et se réengage dans la Navy (E13, S8). C’était déjà la Navy qui avait protégé Michelle, gardé la lettre qu’elle réservait à Magnum, c’est aussi la Navy qui avait caché Lily et qui la confie désormais à Magnum. C’est enfin la Navy qui accueille son père en son sein ! L’institution navale s’affirme plus solide et constante que l’amour ou le mariage. Le héros, veuf mais père, est enfin débarrassé de ces chimères qui le détournent de l’essentiel, de ce qui est important. Il peut parader en uniforme blanc, il a retrouvé sa virginité effaçant par une fin décevante 8 saisons de vie facile et décontractée. Mais peut-on en vouloir à Magnum quand, en 1988, après huit années de reaganisme, même John James H. Rambo (Sylvester Stallone) avait lui aussi abandonné la rebellion de Rambo (First blood de Ted Kotcheff, 1982) pour rempiler au service des États-Unis  dans Rambo II : la mission (Rambo : First blood part II de George Pan Cosmatos, 1985) et Rambo III (de Peter MacDonald, 1988) ?

Marc Gauchée

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Plus tard, on s’aperçut que le pouvoir, ça grease


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Magnum : pourquoi sa femme meurt deux fois, mais doit mourir quand même (1/2)


[Attention : cet article en deux parties contient des divulgâcheries]

Pendant 8 saisons, de 1980 à 1988, Thomas Sullivan Magnum (Tom Selleck) est le détective privé d’Hawaï dans la série éponyme Magnum (Magnum, P.I.) de Glen Albert Larson et Donald Paul Bellisario.

En short, chemise colorée et casquette de baseball, il est l’incarnation de la virilité et de la « coolitude ». Ancien officier de l’unité d’élite des SEAL (« Sea, Air, and Land »), il a servi pendant la guerre du Vietnam et est, apparemment, un exemple de réinsertion réussie à l’opposé des traumatismes décrits dans les longs métrages cinématographiques comme Voyage au bout de l’enfer (The Deer Hunter de Michael Cimino, 1978). Magnum mène donc une vie d’aventures où tout semble d’autant plus possible qu’il est célibataire…

Or il s’avère que Magnum a été marié et est même père de famille. Une histoire particulière qui court sur 8 épisodes entre 1980 et 1988 :

– Souvenirs ineffaçables (Memories Are Forever) en 2 parties épisodes 5 et 6 de la saison 2 (1981-1982)

– De qui la fille ? (Little Girl Who) épisode 7 et Du côté de chez Mac (Limbo) épisode 22 de la saison 7 (1986-1987)

– Coma (Infinity and Jelly Doughnuts) épisode 1, Raison d’État (Unfinished Business) épisode 8 et À la recherche de Lily (Resolutions) en 2 parties épisodes 12 et 13 de la saison 8 (1987-1988).

L’épouse de Magnum se prénomme Michelle (Marta DuBois) et sa fille Lily Catherine (Kristen Carreira). Il croyait sa femme morte au début de la série mais elle ne décède en fait que dans l’ultime saison. À la fin du dernier épisode, Magnum ayant récupéré sa fille, se réengage dans la marine comme capitaine de frégate.

Une femme idéale et inaccessible qui autorise toutes les relations de passage

Par son statut de héros décontracté et dragueur, Magnum ne peut pas être contraint  par une relation stable avec une épouse. D’un autre côté, il doit être irréprochable sentimentalement pour conserver un capital de sympathie auprès du public qui, lui, s’il ne vit pas en couple, doit croire aux promesses de l’amour et de la fidélité. Les scénaristes inventent donc une blessure amoureuse qui non seulement pourrait expliquer sa légèreté dans les relations avec les femmes, son refus de tout engagement sérieux, mais encore prouverait que sous le corps athlétique bat un coeur très romantique.

À partir d’une silhouette aperçue sur un yacht, Magnum enquête, car il croit avoir reconnu sa femme Michelle. Des retours en arrière ramènent à la période de la fin de la guerre du Vietnam, « fin chaotique d’une épopée de chaos » (E7, S7), celle du mariage de Magnum et Michelle, de la fête dans un café. Les méprises sur le diagnostic vital des personnages se répètent : si Magnum croyait Michelle morte, Michelle croyait son précédent mari vietnamien Hue mort quand elle a épousé Magnum à Saïgon !

« Ils ne peuvent pas nous tuer puisqu’on s’aime » est une méprise supplémentaire : le café est bientôt bombardé et Magnum est, depuis, convaincu que Michelle est morte.  D’où le trouble avec la silhouette aperçue sur le yacht. Il s’agit bien de Michelle, elle accompagne son époux, le général vietnamien Hue (Soon-Tek Oh) pour les négociations avec les militaires américains afin de restituer les corps des soldats américains encore au Vietnam (E5, S2).

Les retrouvailles entre Magnum et Michelle ont lieu dans une église, elle lui avoue « Je t’aime plus que tout au monde. » Mais comme le dit l’amiral Kitchner (Paul Burke) : « Cette guerre n’est jamais finie » et le couple échappe de peu au colonel Ki (Clyde Kusatsu) qui est persuadé que Michelle est « Le Tigre » agent américain infiltré parmi les Vietnamiens. Or Le Tigre est le mari de Michelle, le général Hue.

Après une nuit d’amour, Magnum joue son rôle protecteur auprès de Michelle en abattant Ki. Michelle l’embrasse alors qu’il a été blessé dans la fusillade et part avec son mari au Vietnam « jusqu’à ce que nous nous retrouvions » (E6, S2).

Au terme de cette saison 2, le couple s’est donc déclaré une nouvelle fois son amour et s’est reformé charnellement le temps d’une nuit – c’est important pour la suite. Michelle fait figure d’une espionne courageuse et fidèle à la cause des États-Unis à défaut de l’être à son mari. Elle donne de sa personne comme Magnum, blessé. Et cette relation idéale et impossible avec une femme aimante, bien vivante et lointaine, autorise Magnum, ainsi lié dans son cœur, à continuer sa vie libre dans son corps.

Marc Gauchée

À suivre

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C’était avant qu’il gagne les élections législatives…


pompKingKongBis

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Covid-19 et cinéma/ Le déconfinement au féminin de « Personne ne m’aime » (de Marion Vernoux, 1994)


C’est à un déconfinement sous forme de road movie à contrepied auquel nous convie Marion Vernoux. D’abord parce qu’il est féminin quand la plupart – excepté peut-être, dans des genres très différents, les américains Faster, Pussycat ! Kill ! Kill ! (de Russ Meyer, 1966) et Thelma et Louise (de Ridley Scott, 1991) – mettent en scène un duo ou une bande de mecs.

Ensuite parce qu’il concerne deux sœurs certes d’apparence très différentes, mais qui ont la déprime en partage : Annie (Bernadette Lafont) ne voit plus sa fille Marie (Lio) depuis sept ans et Françoise (Bulle Ogier), après vingt-cinq ans de mariage, est trompée par son mari. La virée de ces deux sœurs à la recherche du mari de Françoise parti en week-end adultérin sous couvert de congrès de cosmétologie, est à l’image de leur humeur : elles remontent vers le Nord « là-haut vers le brouillard » comme le chantait Michel Fugain (Une belle histoire, 1971). Dizou (Maaïke Jansen), la femme de chambre qui a intégré en route l’équipée, est mariée, heureuse et mère de onze enfants, elle est donc la seule encore capable de s’émerveiller devant la mer du Nord.

Enfin parce que le périple à la reconquête du mari perdu n’est qu’un prétexte pour organiser les retrouvailles entre les femmes, ou plutôt entre les filles et leurs mères : Lili (Judith Vittet) avec sa mère Marie et Marie avec sa mère Annie. D’ailleurs, heureusement qu’il y a cette affection familiale recouvrée parce que, sinon, chaque sexe n’arrive pas à sortir de sa posture caricaturale et traditionnelle : les hommes se révèlent incapables d’aimer autrement qu’avec une partie de jambes en l’air et les femmes comme Marie, constatent : « Je ne sais pas me faire aimer. »

Marc Gauchée

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Faut bien commencer…


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Covid-19: inutile de se faire des cheveux


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[Comme un écho] Le Nationalisme adultérin


En 1931, L’Amour à l’américaine (de Claude Heymann) propose une vision humoristique des mœurs d’outre-Atlantique, toute empreinte d’un matérialisme apparent. Ainsi, le film est l’histoire de Maud Jennings (Andrée Spinelly), une jeune et riche américaine, qui se réveille alors que son amant français est retourné dans l’Hexagone : « New York est trop grand pour moi ». Maud décide donc de partir à sa recherche à Paris. Mais comme elle ne le retrouve pas, elle se lance, en matière d’amants, dans des tests de quantité puis de qualité.

Pour la quantité, Maud s’entoure d’abord d’une douzaine de gigolos qui s’empressent autour d’elle quand elle va au cabaret « Le Scaphandrier ». Pour la qualité, elle jette son dévolu sur Gilbert Latour en qui elle croit reconnaître son ancien amant alors qu’il est simplement venu au cabaret pour fêter l’anniversaire de sa femme Geneviève (Suzet Maïs). Comme Gilbert résiste, Maud propose de l’acheter : elle veut offrir à Geneviève un château, des bijoux, des fourrures et « des frigidaires partout » et est prête à donner un million pour coucher avec Gilbert !

Un autre réalisateur d’origine européenne n’a jamais hésité à se moquer du matérialisme américain complètement étranger aux mœurs du Vieux continent. Dans Avanti, en 1973, Billy Wilder se moque de l’étroitesse d’esprit du diplomate J.J. Blodgett « des Affaires étrangères », incapable de comprendre combien les Européens, ici les Italiens, savent savourer tous les plaisirs de la table comme du lit : « Ah cette sacro-sainte pause du déjeuner me rend dingue ! Quand je pense qu’on donne des millions de dollars pour l’aide à l’étranger et que ces fainéants restent tranquillement assis sur leur grosse… »… Alors que Pamela Piggott (Juliette Mills), venu enterrer sa mère décédée, sait, comme elle l’a lu dans un guide touristique, que l’Italie « au lieu d’être un pays est une émotion ».

Comme si l’amour à l’américaine dans ces deux films devait se limiter à sa bêtise matérialiste. En revanche, ces films témoignent de l’évolution de l’amour à l’européenne.

En 1931, les mœurs françaises sont faites d’un mélange de libertinage et d’hypocrisie. Un officier à bord du transatlantique apprend à Maud : « Il est rare chez nous qu’une femme mariée n’ait qu’un amant ». Dans le cabaret, Maud s’étonne donc que Gilbert n’ait pas de « petite amie » : « Tous les Français corrects ont une femme pour faire le ménage et les petits enfants et une petite amie pour s’amuser au dehors » et Gilbert de lui répondre : « Je vois que vous êtes au courant des mœurs françaises ». Geneviève elle-même se moque de Maud en affirmant accepter de lui prêter Gilbert si elle lui trouve un remplaçant et quand elle apprend que Gilbert se refuse à Maud, elle lâche : « C’est curieux. Gilbert est un homme bien élevé » ! Quant au père de Geneviève, il ment à sa fille pour couvrir son gendre, explique que « ses torts sont minimes » et invente un conte : Maud se cramponnerait à Gilbert depuis 10 ans, bien avant son mariage donc.

En 1973, le directeur de l’hôtel d’Ischia explique à l’Américain Wendell Ambruster Junior venu enterrer son père que les Italiens mangent de bonnes choses, boivent, font l’amour et conclut en disant que, le soir, « Nous revenons nous reposer auprès de nos femmes ». Mais, bien que marié aux États-Unis, Wendell va se laisser séduire par ces accommodements moraux européens et entamer une liaison amoureuse avec Pamela. Les deux amants décident ensemble, à égalité (ou presque, car Pamela, à la différence de Wendell, n’est pas mariée, l’adultère féminin reste un tabou dans les comédies grand public), de passer ensemble un mois à Ischia chaque année.

Rien de semblable en 1931 où Geneviève est prête à pardonner les anciens écarts de son mari : « Je suis toute disposée à passer l’éponge sur le passé » et même à réclamer la clémence masculine pour sa jalousie quand elle apprend qu’il n’a pas cédé pas à Maud : « Je te demande pardon ». Les scènes de cabaret traduisent bien l’image dominante véhiculée sur les femmes dans ces années 1930 : chaque cliente se voit offrir une poupée (!) et le numéro  présenté s’intitule « Je cherche un homme » (!).

Si l’Europe apparaît, dans ces deux films, comme le continent de l’amour, c’est toujours l’Amérique qui gagne à la fin.

En 1931, c’est Maud qui part après avoir reçu la capitulation de Gilbert enfin prêt à lui céder. Maud est comme le Dom Juan de Molière (1665), plus intéressée par la conquête que par la possession, ce que préfigurait sa « générosité » matérielle. Après tout, l’Amérique a montré sa puissance industrielle au sortir de la Première guerre mondiale, elle doit désormais conquérir les cœurs français.

En 1973, Wendell et Pamela se concoctent un Arrangement bien différent de celui d’Elia Kazan (1969) où l’homme marié envoyait tout promener et voulait mettre sa vie en cohérence avec ce qu’il ressentait. Avanti est une comédie, donc pas de drame, juste l’espoir qu’il est possible de tout avoir, de tout vivre, à l’américaine comme à l’européenne, que le bonheur réside simplement dans une vie compartimentée qui évite d’avoir à choisir. C’est d’ailleurs par la comédie de l’infidélité, que les deux films se rejoignent : l’époux de 1931 était infidèle en simultanée, l’époux de 1973 est toujours aussi infidèle, mais en alternance.

Marc Gauchée

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