Qui chipote à table, chipote au lit


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Et si le travail, ce n’était plus la santé ? Les éclairages de la revue « Aden » et du roman « Paresse pour tous » d’Hadrien Klent (2/2)


Le roman d’Hadrien Klent vient apporter une touche contemporaine aux évocations des années 1930 de la revue Aden. L’histoire racontée est celle d’Émilien Long, un économiste, un temps professeur à Princeton puis revenu en France sur un poste au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Il est le créateur d’un « modèle mathématique permettant d’étudier les évolutions de la productivité au cours des siècles passés », prix Nobel, il s’est installé dans la calanque de Sormiou à Marseille et vient de publier un livre sur le temps de travail : Travailler moins pour gagner plus. Le confinement l’incite à faire un « pas de côté », car il constate que le Covid-19 n’a pas remis en cause le productivisme.

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Diptyque 5/5


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Blog en grève…


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Et si le travail, ce n’était plus la santé ? Les éclairages de la revue « Aden » et du roman « Paresse pour tous » d’Hadrien Klent (1/2)


Les 20 et 21 septembre 2022, l’IFOP a mené une étude pour Solutions solidaires sur les valeurs des Françaises et Français. Et, à la question posée aux seuls actives et actifs : « quelle est la place du travail dans votre vie ? » , 7% seulement pensent qu’il incarne la chose la plus importante (1). En quinze ans, la priorité s’est inversée, désormais une majorité préfère avoir plus de temps libre que gagner plus d’argent. C’est dire l’actualité de deux ouvrages : la revue Aden (du Groupe interdisciplinaire d’études nizaniennes) dont c’est le 20e anniversaire, qui consacre son n°19 au thème « Allons au-devant de la vie ! La question des loisirs » et le roman d’Hadrien Klent, Paresse pour tous (Le Tripode, 2021).

Les années 1930 sont particulièrement décisives sur la question des loisirs, ne serait-ce que parce que c’est le Front populaire qui permis de bénéficier de congés payés. La première partie du numéro est consacré à une série d’articles qui abordent différents aspects des loisirs dans les années 1930…

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Et surtout, la santé…


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10ᵉ Prix et Grand prix « Papiers Nickelés »


Le prix Papiers Nickelés, décerné par la revue éponyme, récompense chaque année le meilleur travail sur le dessin imprimé (bande dessinée, illustration, dessin de presse, affiche, graphisme, estampe, imagerie). Le jury était composé de membres de l’association Papiers Nickelés : Philippe Benoist, Jean Depelley (ancien lauréat), Céline Dumet, Yves Frémion (rédacteur-en-chef), Stéphane Grobost, Alain Lachartre (ancien lauréat), Didier Pasamonik (ActuaBD) et Gilles Ratiers (BDzoom).

Pour l’année 2022, le jury a attribué le prix Papiers Nickelés au livre :

Albert Robida, de la satire à l’anticipation sous la direction de Claire Barel-Moisan et Jean Letourneux (Impressions nouvelles).

Cet ensemble de contributions associe de nombreux autres chercheurs : Laurent Gerbier, Valérie Stiénon, Heinrich Raatschen, Amélie Chabrier, Philippe Willems, Claudine Grossir, Sandrine Doré, Bertrand Tillier, Yves Citton, Laurent Bazin, Carine Goutaland, Caroline Grubbs, Francis Marcoin, Dominique Lacaze, Jean-Claude Viche. Sur 360 pages, tous les aspects de l’immense œuvre d’un des grands génies du XIXe siècle y sont scrutés, avec un appareil d’illustrations performant. Claire Barel-Moisan est chercheuse à l’ENS de Lyon, Matthieu Letourneux professeur de littérature à l’Université de Nanterre. C’est la seconde fois que les Impressions nouvelles reçoivent cette récompense.

Par ailleurs, à l’occasion du 10e anniversaire du prix, Papiers Nickelés a également décerné un Grand prix pour l’ensemble de son travail à :

Louis Cance et à sa revue Hop !

Cette revue est un trésor d’informations et études sur la bande dessinée, sur 166 numéros depuis 1973.  50 ans de labeur acharné (et bénévole) au service de la bande dessinée !

Ces prix ont été décernés le 26 novembre à l’occasion de la fête annuelle de Papiers Nickelés, au 100 ECS (Établissement culturel solidaire, 100 rue de Charenton, Paris 12°) devant une foule de contributeurs d’amis et de lecteurs.

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Diptyque 4/5


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Les femmes artistes en groupe et en réserve(s)!


Zineb Dryef signe un article dans M Magazine (n°584 du 26 novembre 2022) consacré aux musées qui exposent (enfin) les femmes artistes. Le titre de ces 4 pages est « Au musée, elles [les expositions] sortent les femmes de leurs réserves ». Ce titre fait directement écho à l’exposition du musée des Beaux-Arts de Bordeaux (du 16 septembre 2022 au 13 février 2023) intitulé « Elles sortent de leur(s) réserve(s) », un hommage aux femmes artistes dans la suite de l’exposition précédente consacrée à Rosa Bonheur et en complément des femmes artistes déjà présentes dans les salles d’exposition permanente.

Pourtant, quand Zineb Dryef explique que « le phénomène [de la visibilité des femmes artistes] est partout, dans les grandes comme les petites institutions » et cite les expositions concernées depuis deux ans, le musée des Beaux-Arts de Bordeaux n’est pas mentionné. Il y a le musée du Luxembourg ; le Centre Pompidou ; le monastère royal de Brou à Bourg-en-Bresse ; le musée d’Art moderne de Paris ; le musée d’Orsay et la fondation Louis Vuitton… En fait, l’exposition bordelaise est bien citée, mais plus loin dans le texte, avec cet « accrochage 100% féminins provenant de ses réserves ».

Cette discrétion à l’égard de l’initiative bordelaise – hormis le repompage du titre – s’explique probablement par l’extrême modestie et l’ambiguïté de l’exposition en question. En fait, les tableaux sont empilés dans une unique salle, la « salle des Actualités du musée », presque à touche-touche, sans recul pour les visiteurs. De plus les œuvres sont classées par thèmes (la nature, le portrait, l’histoire…), les sujets l’emportant ainsi sur les courants esthétiques, comme si la dimension artistique était secondaire. La visite de cette « salle des Actualités » laisse alors la désagréable impression d’un coup de « feminism washing » : si ces femmes artistes sont sorties de leurs réserves, c’est pour mieux les parquer dans une autre.

Marc Gauchée

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Diptyque 3/5


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L’avènement de « la fille d’à côté »


En 1955, le magazine Playboy opère un virage éditorial. Depuis sa création par Hugh Hefner, il avait publié des photographies de stars dénudées. Son premier numéro en décembre 1953 contenait ainsi les célèbres photographies de Marilyn Monroe « nue en diagonale » (1) du calendrier réalisé par Tom Kelley en 1949. Jayne Mansfield et Bettie Page suivront jusqu’à ce numéro de juillet 1955 où la « playmate » n’est plus une star, mais Charlaine Edith Karalus sous le pseudonyme de Janet Pilgrim. Or Charlaine était une employée de Hugh Hefner. Pour la première fois, une femme « ordinaire » acceptait de poser nue. Playboy créait ainsi un nouvel archétype féminin pour fantasme masculin : « La fille d’à côté » (« the girl next door ») qui cache derrière une vie et un travail ordinaires, un tempérament sexuel extraordinaire !

Le cinéma s’empare de l’archétype quatre ans plus tard. En 1959, Russ Meyer met en scène les pensées d’un livreur de prothèses dentaires, à travers ses journées de travail et de loisirs. Dans L’immoral Monsieur Teas (The Immoral Mr Teas) et avec un commentaire en voix off, le réalisateur montre les rêves et les fantasmes de son héros (Bill Teas) dans lesquels les femmes actives se retrouvent toujours dénudées. Dans sa vie réelle, le dénommé Mister Teas ne croise que des femmes aux décolletés vertigineux : assistante de dentiste (Marilyn Wesley) ; serveuse de bar (Ann Peters) ou secrétaire (Michele Roberts) qu’il imagine, ensuite, complètement nues s’adonnant à diverses activités dans la nature (baignade, bain de soleil, canoë, balançoire, guitare…). Dans la scène finale, Mr Teas va consulter une psychiatre (Doris Sanders), car, comme l’affirme la voix off, « si la frustration persiste, l’homme moderne peut au moins être reconnaissant des progrès de la psychiatrie moderne ». Mais comme Mister Teas l’imagine évidemment tout aussi nue, la voix off en conclut : « d’un autre côté, certains hommes aiment juste être malades ».

Avec L’immoral Monsieur Teas, Russ Meyer inventait le « nudie », c’est-à-dire un genre cinématographique où le prétexte scénaristique pour déshabiller les femmes est particulièrement mince. Par là même, il entérinait sur grand écran le virage éditorial de Playboy en déshabillant les femmes de la vie ordinaire. Désormais ce ne sont plus seulement les femmes de « petite vertu », les femmes fatales, les « primitives » ou les « folles » qui apparaissent nues, mais les femmes ordinaires et les « filles d’à côté ».

La France a aussi connu sa période « pré-nudie », une période où la nudité avait besoin d’un prétexte scénaristique et donc d’une femme de « mauvaise vie » pour être représentée. D’abord parce que le christianisme a relégué l’image du corps nu dans les affres du péché originel et de la chute d’Adam et Ève. Ensuite parce que, lorsque naît le cinéma à la fin du XIXe siècle, la « bonne » société maquille son hypocrisie sous une bonne couche de puritanisme, « c’est l’époque reine du ʺdouble standard masculinʺ apparu au siècle précédent, soit la sacralisation du mariage bourgeois compensée par la concupiscence des maris dans les bordels » (2). Contrairement à ce qui va se passer à la fin des années 1950, il est alors impossible de déshabiller la femme honnête, la fidèle épouse ou la mère de famille. En revanche, les « sauvages », les « petites vertus », les « immorales », les « filles perdues » peuvent laisser échapper un sein ou une paire de fesses en dehors de leurs vêtements… bien souvent très furtivement pour ne pas laisser s’installer une ambiance érotique qui pourrait braquer la censure. Ou alors il faut la distance de l’histoire, le prétexte à la représentation – et à la condamnation tout aussi hypocrite que le puritanisme – d’une période troublée, de décadence, de relâchement des mœurs ou de révolutions. Bien d’autres prétextes ont été mobilisés pour justifier le nu au cinéma.

En 1933, José Germain propose un point d’étape dans Ciné-Magazine  (3). Il commence par raconter son été sur les plages où le nu domine (alors qu’il ne s’agit que d’un nu partiel avec maillot de bain !) puis il justifie le nu par l’esthétique : « ce qui choque dans le nu, c’est la laideur ou l’intention érotique. Incontestablement, la photo d’une belle femme nue dans une attitude normale ne saurait gêner la vue, plus qu’une magnifique peinture ou qu’une froide sculpture. La ligne harmonieuse d’une jolie fille bien proportionnée est un chef-d’œuvre incontestable pour tout amant du beau ». Il évoque d’abord les films du nudisme « condamnés à la décence masculine », les scènes de plage et d’hygiène où « le bain veut le nu », les fresques historiques « où le simple appareil est une conséquence directe du sujet et de son époque » et finit par les « prétextes modernes » : les boîtes de nuit et les maisons closes. Mais si l’on quitte la presse de cinéma pour la presse de faits divers, la stricte séparation entre ces femmes qui se montrent nues et les femmes « respectables » a tendance à se brouiller dès les années 1930. C’est ainsi que Police Magazine explique que les femmes nues aperçues sur certaines scènes de théâtre ne se recrutent pas toutes parmi les prostituées, « parmi elles se trouvent beaucoup de jeunes femmes qui, dans la journée, exercent une autre profession : dactylographe, employée de commerce, manucure, ou qui, tout simplement, parce qu’elles ne sont pas trop mal faites, consentent à figurer ainsi pour vingt-cinq francs par soirée, uniquement pour grossir le budget que le mari ou l’amant ne peut suffisamment alimenter avec son salaire » (4). Si l’indépendance économique revendiquée par les féministes est bien ainsi à l’origine de la véritable libération, les années qui suivent se concentrent d’abord sur la sexualité. Car les temps changent dans les années 1950. Brigitte Bardot incarne la jeune française libre dans son corps et dans ses choix sexuels et amoureux notamment avec Et Dieu… créa la femme (de Roger Vadim, 1956).

Dès lors, les personnages féminins ne sont plus seulement des objets de désir pour les spectateurs, mais aussi des figures d’identification pour les spectatrices (5). Bien sûr, cette libération est plus sexuelle qu’économique, mais B.B. et la Nouvelle Vague parviennent au moins à bousculer le tabou de la virginité (6). Cela fait l’affaire des hommes qui aimeraient toutefois que ces années 1960 se relâchent encore un peu plus, comme l’explique Max Pécas racontant ses débuts dans les films érotiques en 1963, « on avait par exemple le droit de montrer un buste de femme nue, mais on n’avait pas le droit de caresser la poitrine, c’était absolument interdit », « on n’avait pas le droit de montrer le système pileux d’une femme : on pouvait éventuellement la montrer nue, de dos, jamais de face… » (7). La fin de la décennie est marquée par la révolution de mai 1968 et l’arrivée du « hard core » puis, en 1974 pour la France, par la fin de la censure avant que la majorité giscardienne se reprenne et fasse voter la loi sur le classement X dès 1975 (8). Le cinéma pornographique envahit d’abord les écrans des cinémas avant de se retirer dans les salles spécialisées au début des années 1980 et sur les écrans des téléviseurs avec les cassettes VHS et les magnétoscopes. Dans les salles de cinéma, restent alors les comédies « nanars » qui témoignent encore parfois de l’époque d’avant « la fille d’à côté » avec « les mêmes schémas hérités du théâtre de boulevard, de l’esprit chansonnier ou du comique de corps de garde, pimentés parfois d’exotisme de pacotille ou d’érotisme égrillard pour augmenter l’attrait d’histoires trop conventionnelles ». Tous les prétextes y sont bons « pour accumuler les exhibitions mammaires et croupières, sans autre but que d’exacerber le voyeurisme naturel du spectateur et de détourner la censure » (9).

Avant les années 1950, pouvaient être dévoilées la fille des îles, la noire, l’orientale, la bohémienne, la baigneuse, la pensionnaire, l’esclave, la fêtarde, la folle, la danseuse, la maîtresse, le modèle, la naturiste, la criminelle, la prostituée… et la stripteaseuse, car il était nécessaire de recourir à un prétexte exotique, social ou moral. Après les années 1950, c’est la « fille d’à côté » qui se déshabille.

Marc Gauchée

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1. « Norman Jean Baker » de Serge Gainsbourg, par Jane Birkin dans l’album Baby Alone in Babylone, 1983.
2. Claire Maingon, Scandales érotiques de l’art, Beaux-Arts éditions, 2016.
3. « Le nu au cinéma », Ciné-Magazine, 13e année, n°1, janvier 1933.
4. Henri Cossira, « Quand Thémis poursuit les femmes nues au théâtre », Police Magazine, n°257, 27 octobre 1935.
5. Geneviève Sellier, « Les Françaises des années 50 : amoureuses tragiques ou poupées gonflables ? », in « Le machisme à l’écran », Françoise Puaux (dir.), CinémAction, n°99, 2ème trimestre 2001.
6. Françoise Audé, « Les cinéastes françaises hors machisme, toutefois… », in « Le machisme à l’écran », ibid.
7. Entretien avec B.N., Sex Stars System, n°5, août 1975.
8. Loi n° 75-1278 du 30 décembre 1975 de finances pour 1976 suivie par le Décret n°75-1010 du 31 octobre 1975 portant aménagement des conditions d’octroi du bénéfice du soutien financier de l’État à l’industrie cinématographique.
9. Cyril Laverger, « Les ʺnanarsʺ des années 80 : une fin de règne peu glorieuse », in Le cinéma du sam’di soir, Gérard Dessere et Nicolas Schmidt (dir.), CinémAction, n°95, Corlet-Télérama, 2e trimestre 2000.

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Le n°1 de « La Revue écossaise » est paru


… et avec l’article : « Quand une extra terrestre débarque en Écosse par accident »

La suite de l’article de Marc Gauchée dans La Revue écossaise, disponible au numéro ou par abonnement .

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Spécial copinage…


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Bientôt Noël: idée cadeau


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Des actrices et du droit de vote des femmes dans les années 1930


C’est toujours au nom d’une « spécificité féminine » que les hommes politiques ont refusé, en France, le droit de vote aux femmes. Spécificité « positive » quand il s’agissait d’épargner aux femmes d’entrer dans les luttes politiques qui compromettraient leur rôle d’épouse et de mère, car « séduire et être mère, c’est pour cela qu’est faite la femme » écrivait Alexandre Bérard, sénateur de l’Ain (1). Spécificité « négative » quand les femmes étaient estimées trop sentimentales, influençables et immatures, bref ne disposeraient pas, à la différence des hommes, de ces capacités propres à  exercer en pleine conscience leur devoir de citoyenne.

La Chambre des députés s’est pourtant prononcée à six reprises en faveur du vote des femmes, par des propositions de loi ou des résolutions en 1919 ; 1925 ; 1927 ; 1932 ; 1935 et 1936. Mais, à chaque fois, le Sénat s’y est opposé ou, tout simplement, n’a pas mis ces textes à son ordre du jour. Des députés avaient, auparavant, pris des initiatives : en 1901, Jean-Fernand Gautret, député de Vendée, rédigeait une proposition de loi accordant le droit de vote aux femmes majeures et célibataires, veuves ou divorcées ; en 1906, Paul Dussaussoy, député du Pas-de-Calais, demandait une loi « tendant à accorder aux femmes le droit de vote dans les élections aux conseils municipaux, aux conseils d’arrondissement et aux conseils généraux » ; Ferdinand Buisson, député de la Seine, proposait, dans un rapport de la Commission du suffrage universel, l’électorat et l’éligibilité des femmes dans les mêmes conditions que les hommes. Enfin, en 1916, même Maurice Barrès, député de la Seine, avait déposé une proposition de loi pour le « suffrage des morts » en vue de permettre aux veuves et mères de soldats tués à la guerre de voter !

Dans les années 1930, les femmes ne relâchent pas la pression sur les assemblées. Le 2 juin 1936, par exemple, l’association « Les femmes nouvelles » fondée deux ans auparavant, offre aux sénateurs des chaussettes avec l’inscription « Même si vous nous donnez le droit de vote, vos chaussettes seront raccommodées ». Sa présidente, Louise Weiss, se présente aux élections municipales de Montmartre le 5 mai 1935 et aux élections législatives de 1936 dans le 5e arrondissement de Paris.

C’est dans ce contexte que Cinémagazine aborde la question. Dans son numéro du 28 mars 1935, Nadia Dovy demande ainsi à plusieurs actrices françaises : « Que pensez-vous du vote des femmes ? ».

Du côté des opposantes, Arletty (2) mobilise les arguments de la « spécificité » féminine mêlés à ceux de la mise en danger de la patrie : « les femmes ne sont pas à leur place dans la politique, elles n’ont rien à y voir », d’autant plus que les Américaines et les Allemandes ont « une âme plus masculine » et sont donc moins pacifiques, alors que les Françaises sont « trop sensibles et trop tendres », bref, « chez nous, la femme est trop femme ». Madeleine Ozeray (3) est encore plus directe : « les femmes sont faites pour faire le ménage et avoir des gosses. Elles peuvent avoir de l’intelligence pour le choix d’une robe, mais non pour la politique, que, personnellement, j’ai en horreur et qui n’a été inventée que pour les gens qui veulent arriver au pouvoir. Les hommes naissent pour gagner de l’argent et le dépenser pour les femmes ». Elle ajoute : « les femmes n’ont pas les mêmes devoirs que les hommes et n’ont pas besoin des mêmes droits », sinon qu’elles aillent aussi faire la guerre.

Parmi les actrices favorables, plusieurs souhaitent y apporter des restrictions pour le rendre compatible avec la « spécificité » féminine. Ainsi Josette Day (4) estime que toutes les femmes ne sont pas « au niveau » pour exercer le droit de vote et n’admet donc le vote des femmes que « s’il était possible que seule une certaine catégorie de femmes qualifiées votent ». Mady Berry (5) lie le droit de vote des femmes à leur perte de féminité « sans que le féminisme ait à s’en mêler, depuis qu’elles se coupent les cheveux, portent des robes courtes et fument la cigarette, depuis la guerre, en somme, et sous l’influence des modes venues d’Amérique, qui les ont, pour ainsi dire, déféminisées. Puisque c’est déjà fait, autant qu’elles votent ; qui sait ? Peut-être le vote leur rendra-t-il leur féminité ».

Seule Jeanne Boitel (6) se revendique féministe et se prononce sans réserve en faveur du droit de vote aux femmes, « c’est une question de bon sens, de raison et d’équité ». Elle intègrera ensuite, pendant la guerre, ces actrices engagées dans la Résistance.

En attendant, Nadia Dovy, l’autrice de l’article, conclut en expliquant la « bonne » méthode pour laisser tomber toute revendication politique : « que les hommes accordent donc aux femmes des droits sur leurs enfants, sur leur fortune, une indépendance et une protection dont elles bénéficient dans les autres pays et il est à prévoir que nos plus ardentes suffragettes mettront bas les armes ». Il est possible de voir dans ce compromis, un préalable ou une priorisation des objectifs, il est aussi possible d’y voir une nouvelle manœuvre de retardement. En 1791, Olympe de Gouges publiait la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne dont l’article 10 disposait que « la femme a le droit de monter sur l’échafaud, elle doit avoir également celui de monter à la tribune », les Françaises arrachent le droit de vote en 1944… après 153 ans donc.

Marc Gauchée.

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1. Rapport n°561 sur plusieurs propositions de loi tendant à accorder aux femmes l’électorat et l’éligibilité, annexé au procès-verbal de la séance du Sénat du 3 octobre 1919.

2. Arletty est à l’affiche en 1935 dans La Garçonne de Jean de Limur ; Amants et Voleurs de Raymond Bernard ; La Fille de madame Angot de Jean Bernard-Derosne et Aventure à Paris de Marc Allégret.

3. Madeleine Ozeray est à l’affiche en 1935 dans Crime et Châtiment de Pierre Chenal ; Le Secret des Woronzeff d’André Beucler et Arthur Robison ; Les Mystères de Paris de Félix Gandéra et Sous la griffe de Christian-Jaque.

4. Josette Day est à l’affiche en 1935 dans Bibi-la-Purée de Léo Joannon ; Une fille à papa de René Guissart ; Jeunesse d’abord de Jean Stelli et Claude Heymann ; Lucrèce Borgia d’Abel Gance ; Son Excellence Antonin de Carlo Felice Tavano et  La Sonnette d’alarme de Christian-Jaque.

5. Mady Berry est à l’affiche en 1935 dans Quadrille d’amour de Richard Eichberg et Germain Fried ; Coup de vent de Jean Dréville  et Jeunes filles à marier de Jean Vallée.

6. Jeanne Boitel est à l’affiche en 1935 dans Les dieux s’amusent de Reinhold Schünzel et Albert Valentin.

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Changement climatique


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Le vent. Cela ne peut être dit ?


On vit une époque « complexe » comme le dirait avec gourmandise Edgar Morin. D’un côté il est impossible d’ignorer la vague #MeToo et, de l’autre, les images de femmes déshabillées continuent à être des arguments de vente.

Il semble bien que la rédaction du Monde se soit empêtrée dans ces contradictions quand il a fallu rendre compte de l’exposition Le vent. « Cela qui ne peut être peint » (au Musée d’art moderne André Malraux-MUMA, du 25 juin au 2 octobre 2022). Ainsi l’article de Harry Bellet (Des artistes emportés par le vent, Le Monde, 6 août 2022) tente un discours sur « l’art » en évoquant, en passant, « le cochon », mais sans jamais expliquer ce qui relie les deux.

L’article commence par une citation de Georges Brassens : « Si, par hasard, sur l’Pont des Arts, tu croises le vent, le vent fripon, prudence prend garde à ton jupon… ». Ce choix est juste destiné à expliquer que, du vent, on peut en faire une chanson comme une exposition. Mais cette ouverture est aussi très « marketing », il s’agit d’accrocher le lecteur par une promesse que toute la suite de l’article ne va pas tenir. Plus loin, Harry Bellet indique donc que « les fripons, eux, seront toutefois un peu frustrés », seul le catalan Richard Urgelle Carreras (1873-1924) montre « une dame dévoilant involontairement son postérieur ». Non seulement l’auteur pourrait être plus précis en indiquant que le vent dévoile seulement les dessous et non le postérieur de la femme, mais encore il passe sous silence les autres œuvres, parmi les 189 tableaux, dessins, gravures, sculptures, photographies ou films de l’exposition, qui pourtant, traitent de dévoilements venteux (par exemple les œuvres d’Honoré Daumier).

Richard Urgelle Carreras, Viento, 1911

Et enfin, il se contente de mentionner sans commentaire, ni lien vers une quelconque « friponnerie », Flore caressée par le Zéphyr de François Gérard (1802) qui est bien plus dévoilée que la femme de Richard Urgelle Carreras et qui, de plus, sert d’affiche pour l’exposition.

Bien sûr, le vent dans les représentations ne se résume pas au thème du déshabillage des femmes, mais comment rendre compte d’une exposition sur le vent en passant sous silence combien il a servi depuis des siècles d’auxiliaire aux hommes de l’art et d’ailleurs pour jouir du spectacle des femmes embarrassées dans leurs robes ou jupes virevoltantes. Comme l’écrivait déjà Diderot dans Sur les femmes (1772): « La seule chose qu’on leur ait apprise, c’est à bien porter la feuille de figuier qu’elles ont reçue de leur première aïeule. Tout ce qu’on leur a dit et répété dix-huit à dix-neuf ans de suite se réduit à ceci : Ma fille, prenez garde à votre feuille de figuier ; votre feuille de figuier va bien, votre feuille de figuier va mal ». Côté hommes, Alain Souchon chantait : « Rétines et pupilles, les garçons ont les yeux qui brillent, pour un jeu de dupes, voir sous les jupes des filles » (1). Pudeur d’un côté, voyeurisme de l’autre, il n’en sera pas question, ni de rapports de genres, car comme le précise Harry Bellet : « Ce n’est pas par pudibonderie que cet aspect est négligé mais plutôt parce que, en bord de mer, le vent est une affaire sérieuse : la vie des marins peut en dépendre ». Ah, si la vie de mecs est en jeu, alors les gonzesses peuvent continuer à montrer leur cul.

Marc Gauchée

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1. « Sous les jupes des filles », album C’est déjà ça, 1993.

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Comment on arrête le progrès


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« Les couilles sur la table » de Victoire Tuaillon


L’originalité de l’ouvrage de la journaliste et autrice Victoire Tuaillon est en ce qu’elle a tourné son regard vers un continent encore peu médiatisé en cherchant à interroger la « masculinité », ce que cela signifie aujourd’hui, d’être un garçon puis un homme. De là est né : Les couilles sur la table (éditions Binge Audio, 2019), écrit à partir des 46 épisodes en 2 ans du podcast du même nom, mais aussi des lectures, entretiens, documentations accumulés par Victoire Tuaillon. Car, comme elle l’écrit dans une profession de foi optimiste que nous partageons avec enthousiasme : « je suis convaincue que le savoir émancipe et libère » (1).

Le livre est certes plus concis que les 46 podcasts d’entretiens, mais il retrace suffisamment précisément tous les aspects de la « masculinité », depuis la construction des genres, souvent différenciés et hiérarchisés très tôt par les adultes qui entourent les enfants, menant au « paradoxe tragique » : « on apprend aux garçons qu’ils doivent désirer ce qu’on leur a d’abord appris à mépriser » jusqu’aux fausses pistes : la recherche d’une justification dans la « nature » ; le discours sur la « crise de la masculinité » ; les « boys clubs » ; la « communauté de séduction » où « il s’agit avant tout, en séduisant les femmes, de s’apprécier entre hommes »…

Les privilèges masculins sont énoncés simplement et avec justesse : « le monde dans lequel nous vivons a été bâti en suivant des critères prétendument neutres et universels, qui sont en réalité masculins » ; « autrement dit, les hommes ont le privilège de grandir dans un monde qui a été pensé pour eux ». La précision apportée sur la vague #MeToo est particulièrement bienvenue. Victoire Ruaillon écrit ainsi que #MeToo « n’est pas une libération de la parole, car les femmes ont toujours parlé ; c’est que, pour la première fois, le monde a été forcé de les écouter et d’accepter cette réalité ».

Une autre partie est consacrée à l’exploitation, l’autrice explique qu’il est possible d’utiliser ce terme, car « les hommes profitent du travail domestique fourni gratuitement par les femmes ». Et cette exploitation se mesure au temps libre supplémentaire dont disposent les hommes ; aux charges mentale et émotionnelle qui reposent essentiellement sur les femmes ; à la situation inégalitaire de l’emploi ; à la non implication des hommes dans les méthodes de contraception… Vient ensuite une partie sur les violences avec un développement sur la culture du viol, « ensemble des idées reçues sur les violeurs, les victimes de viols, et les violences mêmes » (2). Enfin une dernière partie intitulée « Esquives » explorent les ressources d’une sexualité qui ne se limiterait pas au coït pénis-vagin en précisant là aussi très justement que « les préliminaires, c’est prendre un douche et se brosser les dents » ! Il s’agit aussi d’éduquer autrement les garçons pour en faire des alliés afin de réussir à traduire dans les faits l’aspiration à l’égalité. Car comme l’indique Victoire Tuaillon : « Je crois que le féminisme n’est pas une guerre contre les hommes, mais une lutte contre ces structures qui permettent à la domination masculine de perdurer ».

Marc Gauchée

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1. Précision (ou « boîte noire » comme on écrit sur Médiapart) : auditeur des podcasts de Victoire Tuaillon, j’ai également fait partie des souscripteurs (financement participatif) pour rendre possible l’édition du livre.
2. Voir également Marc Gauchée, « La culture du viol dans le cinéma français des années 1930 aux années 1980 », Critica Masonica, n°14, vol. 7/2, novembre 2019.

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Diptyque 2/5


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Gauche : l’état des lieux à Blois


Les socialistes ont tenu leur « Campus d’été » du 26 au 28 août 2022 à Blois. L’un des premiers débats, dans le grand amphithéâtre de la Halle aux grains a eu lieu samedi 27 août à partir de 11h15 sur le thème « Avec qui nous battons-nous ? La gauche et l’écologie : agir ensemble au Parlement ». Il s’agissait de réunir des représentants des partis politiques composant la Nouvelle union populaire, écologique et sociale (NUPES) pour débattre des perspectives communes de la prochaine rentrée politique et parlementaire.

Notons d’abord que plusieurs intervenants y sont allés de leur citation pour illustrer leurs propos et se ménager de petits effets.

La forme : le jeu des citations

Le débat était animé par Jérôme Guedj, Député de l’Essonne (élu en battant Amélie de Montchalin) du Parti socialiste (PS), et c’est donc lui qui a commencé en appliquant à la NUPES ce que disait Friedrich Engels du pudding : « La preuve du pudding, c’est qu’on en mange » et, donc, la preuve de la NUPES, c’est qu’elle était là, devant l’amphithéâtre complet.

Yannick Jadot, Député européen Europe-Écologie-Les Verts (EELV), a regretté que le changement climatique n’ait pas encore trouvé sa traduction politique avec un succès électoral. Il rappelait que ce changement avait pourtant été perçu par tout le monde pendant l’été qui pourrait ainsi être « un moment Pearl Harbour » selon la formule de Lester Brown, agroéconomiste américain, quand l’évidence d’une catastrophe déclenche l’action. C’est aussi pour ça aussi que Claude Gruffat, autre député européen EELV, veut donner une plus grande visibilité à ce que fait la NUPES

Clémentine Autain, Députée de Seine-Saint-Denis La France insoumise (LFI), a insisté sur la configuration nouvelle avec 88 parlementaires d’extrême-droite élus à l’Assemblée nationale. Pour elle, la NUPES est engagée dans une course de vitesse contre cette extrême-droite et elle a mis en garde, citant George Orwell : « Lorsque les fascistes reviendront, ils auront le parapluie bien roulé sous le bras et le chapeau melon ». 

Quant à Frédéric Boccara du Parti communiste français (PCF), il a simplement fait allusion, sans l’énoncer, ni le nommer, au « théorème » d’Helmut Schmidt selon lequel « Les profits d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois d’après-demain » (1974) et a proposé de l’inverser en embauchant d’abord, puis en formant et en investissant.

Enfin, reprenant la parole pour un second tour de table, Yannick Jadot a évoqué Victor Hugo au sujet de les frontières morales dont la violation est plus importante que celle de nos frontières géographiques. En revanche, il n’a pas donné la citation exacte à laquelle il faisait allusion, peut-être était-ce : « Qui a intérêt aux frontières ? Les rois. Diviser pour régner. Une frontière implique une guérite, une guérite implique un soldat » ou « L’expression a des frontières, la pensée n’en a pas ». Va savoir.

Le fond : les principaux messages

Sur le fond, c’est Yannick Jadot et Sylvie Guillaume, Députée européenne PS, qui ont été les plus concrets sur ce qu’il faut faire. Pour l’écologiste : il faut construire des coalitions dans la société autour de compromis ; instituer la co-détermination dans les entreprises pour redonner du sens au travail en plus des droits sociaux, de l’augmentation des salaires et de la prise en compte de la pénibilité ; accorder le droit de vote aux étrangers ; mettre en place la représentation proportionnelle à l’Assemblée nationale. Et pour la socialiste, l’Europe doit encourager les investissements sociaux des entreprises (travail décent, niveau de vie adéquat et société inclusive) et réformer son cadre institutionnel (majorité qualifiée plutôt qu’unanimité, création de listes transnationales, véritable initiative au Parlement). Elle a également souhaité que le gouvernement français soit plus transparent sur son action dans les institutions européennes pour éviter le double discours, à Paris et à Bruxelles.

Patrick Kanner, Sénateur du Nord PS, a multiplié les piques contre le gouvernement et le président de la République qualifiés, non de libéraux, mais de réactionnaires avec comme credo la suppression des impôts menant à la suppression des services publics. Il a résumé par la formule : « moins d’impôts et plus de ruissellement vers le haut ».

Clémentine Autain a constaté que les membres de la NUPES ne se mettront jamais d’accord sur le passé, mais l’important est d’être d’accord sur la direction et l’objectif. Ana Pic, Députée de la Manche PS, est sur la même longueur d’ondes puisqu’elle veut mettre en avant les points de convergence des membres de la NUPES.

Quant à Frédéric Boccara du Parti communiste français (PCF), il veut tracer une troisième voie entre les deux autres qui ne marchent pas : le keynésianisme teinté de vert et le gauchisme. Il a d’ailleurs insisté sur la faiblesse d’un projet social-démocrate : « les digues ne suffisent pas, car elles finissent toujours par céder ». Enfin, Boris Vallaud, Député des Landes PS, a retrouvé les accents des années 1970 et 1980 en rappelant l’ambition de « changer la vie ». Il a revendiqué, pour la NUPES, d’être le Front républicain puisqu’Emmanuel Macron, bien qu’élu à deux reprises grâce au Front républicain, a brisé ce front en faisant une équivalence entre LFI et le Rassemblement national (RN).

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Quels nouveaux pères?


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« L’obsession du Matto-Grosso » de Christophe Bier


L’affaire se précise. Christophe Bier avait déjà partagé ses Obsessions (Le Dilettante, 2017), le voilà qui, cinq ans plus tard, concentre notre attention sur l’une d’entre elles : L’obsession du Matto-Grosso (éditions du Sandre, 2022). Il ne s’agit pas d’un essai dans la veine du National Geographic sur cet État du Brésil, mais du récit de la lente et obstinée constitution d’une collection.

L’auteur a 15 ans quand il acquiert dans un supermarché avec son argent de poche une réédition d’Attelages humains (de Skan adapté par Bernard Valonnes), paru dans la collection Select-Bibliothèque. L’histoire l’accroche tout de suite : « Mrs Stone, riche Américaine excentrique, résorbe la dette d’une bonne amie en la transformant, ainsi que ses deux jeunes filles, en pouliche, pour son haras du Matto-Grosso » !

Il n’aura de cesse, pendant les 25 années qui suivent,  de réunir les 98 volumes de cette Select-Bibliothèque, depuis le n°1 : Le tour du monde d’un flagellant (de Don Brennus Aléra, illustrations d’Édouard Bernard, 1906) jusqu’au n°98 : Les Dompteuses (de Bernard Valonnes, illustrations de Selby, 1939). En moins de 100 pages, nous suivons donc Christophe Bier dans ses recherches qui l’amènent à fréquenter Pigalle, la rue Saint-Denis, les brocantes et les antiquaires, les débarras de vieilles bibliothèques pour dénicher un à un les précieux tomes. « Pourrai-je un jour, ne serait-ce qu’en photocopies, les amasser tous ? », car, confie-t-il, « cette quête encyclopédique devient ma principale obsession. Remuer les boutiques pour tout réunir, tout lire, me perdre derrière ces portes infernales ».

Que racontent ces ouvrages ? Les premiers tomes sont des récits de flagellation, puis il est question de garçons travestis par de « sévères mondaines », enfin arrivent, avec les années 1930, les attelages humains, le bondage et les femmes-sirènes (aux pieds attachés).

En 2018, grâce à un article de Patrick Ramseyer dans Le Rocambole (n°85), Christophe Bier apprend que c’est un certain Paul Guérard qui se cache derrière les multiples pseudonymes d’auteurs de la Select-Bibliothèque : Roland Brévannes, Don Brennus Aléra, Bernard Valonnes, Jean Guérard ou Jean d’Agérur. Mais une collection, comme une obsession, ne peut connaître de conclusion. La quête, même – ou parce que – SM, doit continuer. Quitte à reprendre le flambeau et poursuivre l’œuvre en écrivant les deux numéros suivants sous le pseudonyme de Don Brennus Aléra fils ! En 2022 paraissent ainsi Femellisé (n°99) et La Chienne fatale (n°100), illustrés par Sybel.

L’obsession du Matto-Grosso n’est toutefois pas une lecture réservée uniquement à celles et à ceux qui ont le cœur bien « attelé » ou qui auraient besoin d’un bon coup de fouet pour sortir de la torpeur estivale.

Marc Gauchée

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Diptyque 1/5


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Pour une politique culturelle renouvelée de Bernard Latarjet et Jean-François Marguerin


Depuis le temps que la politique culturelle française se contentait, soit de vivre sur ses acquis – André Malraux pour la droite et Jack Lang pour la gauche -, soit de servir des intérêts catégoriels – plutôt le patrimoine pour la droite et plutôt le spectacle vivant pour la gauche – et continuait ainsi de briller à la manière d’un astre mort, ses débats ne rencontraient bien souvent qu’indifférence (1). L’essai de Bernard Latarjet et Jean-François Marguerin (Actes Sud, 2021), tous les deux à la fois connaisseurs et acteurs du monde culturel (2), vient remettre du sens dans une optique progressiste particulièrement bienvenue.

D’abord les auteurs précisent que leur sujet est le service public de la culture et sa « visée émancipatrice qui fut et doit rester le premier justificatif de son existence ». Or, dans le discours ministériel, « l’excellence artistique » s’est imposée au détriment de « l’ambition émancipatrice »  et  a entraîné l’organisation du ministère en silos, chaque grand champ culturel étant doté d’une administration. Mais, en abandonnant son ambition émancipatrice, l’action publique a perdu sa légitimité qu’elle tente de retrouver en partie par l’économisme qui n’aborde plus la culture que comme un secteur d’activité comme un autre, avec ses emplois et sa contribution au P.I.B.. Or, « il y a urgence à redonner la priorité à une action publique dont la finalité est l’émancipation des individus du déterminisme de leur condition au moment même où tant de sans-voix, d’invisibles font intrusion dans le champ médiatique pour crier leur désarroi et leur abandon ». Pour les auteurs, il ne s’agit donc pas d’une énième contribution sur la « démocratisation » de la culture, mais d’ouvrir le débat sur la « démocratie » culturelle.

Et qu’est-ce que cela fait du bien de lire qu’en matière culturelle, il faut sortir des formules magiques, comme « élitaire pour tous » ou « populaire et exigeant », formules en général accompagnées d’une stigmatisation de tout ce qui est « populaire », c’est-à-dire soit ce qui plaît au plus grand nombre, soit ce qui vient des classes populaires, le tout rangé dans la case commerciale ! Qu’est-ce que cela fait du bien de lire qu’il faut « garder en tête une question centrale propre à toute activité de service public : la redistribution. À qui profite l’activité ? Est-elle d’utilité générale ? ».

Les auteurs suivent la même méthode tout au long de leur essai. Premièrement, ils ne bazardent pas l’héritage, au contraire, ils l’intègrent dans leur réflexion, car cet « héritage est précieux. Il l’est d’autant plus que sa visée a toujours été l’émancipation des individus du déterminisme de leur naissance par la connaissance et l’émotion, la fabrique de citoyens autonomes dans l’exercice de leur jugement critique ». Ce qui ne les empêchent pas de pointer les limites de l’héritage en rappelant, par exemple, que l’élargissement de la base sociale de la culture passe par l’apport de connaissances et d’expériences issues de l’école républicaine, de l’éducation nationale comme de l’éducation populaire. Deuxièmement, ils intègrent aussi la réalité des pratiques culturelles d’aujourd’hui et en particulier le développement de la société digitale (3). Troisièmement, leurs propositions sont chiffrées et des pistes de financement sont indiquées. Cette évaluation est toujours fondée « sur l’analyse des moyens existants et avec le souci de réalisme dans l’effort sollicité » pour dégager des « chemins raisonnables » d’augmentation des moyens de l’action culturelle publique. Quatrièmement, toute une partie de l’essai intitulé « Le domaine du possible » est consacrée à des récits d’expérience.

C’est sur ces bases que les auteurs développent ce qui devrait être « la transition culturelle » vers une démocratie culturelle.

Elle passe en premier par la généralisation de l’éducation artistique dans ses trois dimensions – la connaissance, la relation aux œuvres et la pratique – et par la possibilité pour les citoyens de procéder à des commandes artistiques. Ensuite, elle passe par le développement culturel local avec des projets de territoire, en partant d’un état des lieux de l’existant, d’une construction avec toutes les forces déjà à l’œuvre et une politique d’équipement (le plus souvent il s’agira d’améliorer les salles existantes) à l’échelle du millier de communautés de communes. En effet « qui accepterait aujourd’hui, par exemple, que le cours d’éducation physique se déroule dans la salle de classe en poussant les tables contre les murs ? ». Cette proposition nécessitera un redéploiement des crédits nationaux qui sont et restent toujours concentrés dans les villes (4).

Il est également proposé de développer les liens avec l’économie sociale et solidaire qui autorisent un travail plus long des artistes et des relations renouvelées aux autrices et auteurs, associations, et entreprises créatives.

La formation n’est pas oubliée : pour bénéficier d’un personnel d’animation au profil artistique et culturel ; pour que le personnel enseignant soit plus familier avec la logique de partenariat et d’élaboration de projets ; pour que les artistes puissent maîtriser la pédagogie de leur discipline et la méthodologie de projet et pour que le personnel public sache accompagner toutes ces évolutions et particulièrement l’exercice de la tutelle.

Enfin, l’action des opérateurs publics sera mieux adaptée aux enjeux sociaux et territoriaux, d’une part en systématisant ce que ces opérateurs font déjà notamment en matière d’éducation artistique et culturelle, mais aussi en rééquilibrant les soutiens de l’État au bénéfice de la diffusion et moins de la création.

Il y a bien d’autres belles – et réalistes – idées dans cet essai. Ces idées ont sans doute aussi le tort d’être dérangeantes, car elles viennent bousculer le ronron culturel actuel. Et c’est bien ce caractère dérangeant qui risque de ne valoir aux auteurs que des réactions polies… pour surtout ne pas avoir à engager le débat politique passionnant que cet essai devrait pourtant susciter.

Marc Gauchée

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1. J’avais proposé un état des lieux dans une série d’articles : « La politique culturelle est-elle en panne ? », criticamassonica.over-blog.com, 29 novembre ; 7 ; 15 ; 23 et 31 décembre 2021. Par ailleurs, en 2007, avec Henri Delisle, nous avions publié Culture rurale, cultures urbaines (Le Cherche-Midi).
2. J’ai été directeur de la communication et des publics lors de la dernière année de présidence de l’Etablissement public du parc et de la grande Halle de la Villette (EPPGHV) par Bernard Latarjet.
3. C’est ainsi que les auteurs soulignent les aspects positifs du numérique et indiquent qu’il répond à l’évolution majeure des pratiques culturelles des Françaises et des Français ; à la nécessité de créer des œuvres originales pour soutenir l’emploi des artistes et faire pièce à l’hégémonie des groupes mondiaux ; est la condition indispensable du développement de l’éducation artistique et culturelle, un complément des modes de diffusion traditionnelles des œuvres et autorise de nouveaux liens entre arts de la scène et représentations virtuelles au bénéfice des territoires et publics éloignés.
4. Les auteurs font d’ailleurs part de leur déception quant à l’affectation des crédits du « plan de relance » post-Covid qui se concentre toujours sur les grands établissements et les villes.

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Manque d’humour new yorkais


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Usage masculin du « contre-jour »


Les musées des beaux-arts ont ceci de particulier qu’ils révèlent bien souvent, à travers quelques chefs-d’œuvre et beaucoup de tableaux plus ordinaires, l’esprit dominant d’une époque et concourent à forger ses représentations. Le musée des beaux-arts de Bordeaux n’échappe pas à cette règle. Il est ainsi possible d’y découvrir un tableau d’Albert Marquet (1875-1947) peint vers 1909-1911 et intitulé Nu à contre-jour.

Une femme nue, dos à une large fenêtre, s’avance vers le peintre, mais le rendu du contre-jour est pour le moins surprenant puisqu’il est très sélectif. Ainsi seul le visage de la femme se retrouve dans l’obscurité alors que le reste de son corps reste visible : les reliefs avec sa poitrine, les creux avec son nombril, comme, plus étonnant encore, les poils pubiens qui auraient dû, selon la logique du « contre-jour », disparaître dans l’ombre. En fait, le peintre n’a sans doute pas voulu détourner le regard du spectateur vers un visage, il se devait de rester concentré vers le nu grâce à la complicité de ce fameux et bien utile contre-jour. Le procédé a été, depuis, utilisé et réutilisé au service de créations plus directement commerciales, mais toujours dans un souci de composition pour accrocher le regard au « bons » endroits.

L’affiche de Tuer n’est pas jouer (The Living Daylights de John Glen, 1987) mobilise le contre-jour pour focaliser le regard sur l’entre-jambe de la femme (Maryam d’Abo) que James Bond met en joue alors qu’elle ne le menace pas puisque son arme est baissée ! (1).

Quant à l’affiche annonçant la sortie prochaine de Wonder Woman (de Patty Jenkins, 2017), il faut croire que le visage de l’héroïne ne permettait pas d’illustrer les promesses du film : « power, grace, wisdom, wonder ». La lumière rasante ne manque pas, en revanche, d’éclairer la courbe des seins et la pointe de l’épée de Wonder Woman (Gal Gadot). Il faut quand même reconnaître que le film, sorti la même année où a éclaté l’affaire Harvey Weinstein, marque une étape dans la diffusion de personnages de femmes puissantes au sein du cinéma mainstream. Il est ainsi le premier long-métrage consacré à une super-héroïne. Pour effacer l’effet « contre-jour » des objets promotionnels, il faudra peut-être franchir « l’étape supplémentaire » qu’espérait la philosophe Sandra Laugier : « un film avec seulement des Wonder Women, des super-héroïnes féminines » (2)… et en plein jour.

Marc Gauchée

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1. Marc Gauchée, « Mais de quoi ont donc peur les hommes sévèrement armés ? », cinethinktank.wordpress.com, 22 février 2014.
2. « Sandra Laugier raconte Wonder Woman », propos recueillis par Marie Lemonnier et Amandine Schmitt, L’Obs, n°2806, 16 août 2018.

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Canicule vintage


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Tarzan est-il un Hercule de la jungle pour les Amazones ?


Au cinéma, Tarzan s’est retrouvé explicitement à deux reprises face aux Amazones : dans le film américain  Tarzan and the Amazons de Kurt Neumann  en 1945 et dans le film espagnol Tarzán en la gruta del oro de Manuel Cano en 1969. La rencontre des deux mythes, celui de l’homme-singe et celui des femmes-guerrières, est une occasion d’examiner les rapports entre ces femmes (au pluriel) et cet homme (au singulier) et la permanence ou non de stéréotypes de genre.

D’un côté, comme le rappelle l’historienne et romancière Hélène Puiseux : « sur le plan historique, Tarzan est l’homme blanc pur de tous les drames de la colonisation, esclavage, vols de terre, pillage des matières premières : il est la non-culpabilité naturalisée. Tarzan est l’utopie d’un humanité blanche entrée et restée dans le monde sans péché originel (puisque sans ascendance) et dépourvue du péché de la colonisation : il a toujours été là et il ne tire aucun profit du pays où il vit » (1). Quant aux Amazones, l’historien Christian-Georges Schwentzel rappelle que, descendantes d’Arès et d’Aphrodite, elles finissent toujours par être dominées par le sexe et par les armes d’un héros mâle. L’Amazone fait donc figure de femme « à la fois belle et vaincue » (2). C’est en effet Hercule, lors de son neuvième « travail », qui dérobe la ceinture d’Hippolytè, la reine des Amazones, et finit par la tuer avant de vaincre son armée ! Dans l’antiquité, le soir des noces, l’époux dénouait la ceinture de son épouse, si bien que le geste d’Hercule enlevant la ceinture de la reine des Amazones, est un geste ramenant la femme à un statut de soumise à la violence masculine. Car, ne remettant pas en cause « son statut de femme, mais la domination masculine », l’Amazone de l’antiquité grecque ne peut triompher, elle est reléguée au rang de barbare et de sauvage, elle est l’« opposition parfaite de l’hellénisme » (3).

Au premier abord, les deux films de Tarzan racontent des histoires bien différentes.

Dans Tarzan and the Amazons, Tarzan (Johnny Weissmuller) protège les Amazones vivant dans la cité de Palmyria. Ainsi, lorsque des chercheurs d’or qui ont intégré l’expédition scientifique dirigée par Sir Guy Henderson (Henry Stephenson), veulent s’emparer du trésor des Amazones, c’est Tarzan qui les met hors d’état de nuire pour, finalement, couler des jours heureux dans la jungle avec Jane (Brenda Joyce), le petit Boy (Johnny Sheffield) et Cheeta.

Dans Tarzán en la gruta del oro, le trésor des Amazones est convoité par deux chercheurs d’or alliés à la tribu noire des Tamarikas. Là aussi Tarzan (Steve Hawkes) réussit à déjouer leurs plans et finit par couler des jours heureux avec Irula (Kitty Swan), fille de la reine des Amazones.

Ces deux films relèvent bien de la série des Tarzans dans la mesure où ils ont en commun d’évoquer un monde qu’il faut défendre contre les intrus et « la morale ne varie pas : les Blancs, intrus cupides, perdent toujours. Les méchants Noirs locaux également » (1). Mais, même si Tarzan, à la différence d’Hercule, est l’allié des Amazones, ces dernières sont toujours perçues comme des dangers qu’il faut isoler à défaut de pouvoir les supprimer. Les Amazones sont associées à la sauvagerie, notamment par leurs tenues au motif léopard, portées par exemple par la reine des Amazones (Maria Ouspenskaïa) dans Tarzan and the Amazons. Car le motif léopard, marque des Amazones dans l’Antiquité, symbolise à la fois leur puissance érotique et leur bestialité (4).

Dans Tarzan and the Amazons, les Amazones vivent enfermées dans Palmyria, leur cité cachée, à l’accès secret et connu seulement de Tarzan. Toute autre personne qui y entre doit y demeurer prisonnier. Ces femmes ne peuvent donc régner que dans les limites d’un monde bien circonscrit et si l’une d’elles en sort, comme la jeune Athena  (Shirley O’Hara) au début du film, elle a besoin de l’aide de Tarzan pour échapper aux griffes d’un tigre.

Avant de « contenir » les communistes (la politique du « containment » est énoncée par le président Harry S. Truman en 1947), il s’agit bien de « contenir » les femmes à la Libération. Pendant la Seconde guerre mondiale, elles se sont en effet investies massivement dans le monde du travail et revendiquent désormais leur autonomie. Les soldats revenus vainqueurs en 1945 ne peuvent que constater que la société a profondément changé. Bientôt, dans les années 1950, les modèles se restructurent et les rapports de genre évoluent aux États-Unis. C’est donc aussi à partir de ces années-là que « des hommes divorcés décident de s’organiser en groupes de pression pour défendre leurs intérêts et contester le principe de la pension alimentaire. Ils sont à l’origine du mouvement masculiniste qui, aujourd’hui, rassemble les hommes s’estimant victimes des femmes et surtout des féministes qui seraient allées ʺtrop loinʺ » (5). À la fin du film, quand Jane regagne la case dans l’arbre, elle revendique aussitôt d’y faire le ménage, « c’est mon travail », dit-elle. Chaque femme est remise à sa place, le balai pour la conjointe et la cité inaccessible et perdue pour les femmes libres.

Tarzan and the Amazons se contente de « contenir » les Amazones, mais Tarzán en la gruta del oro met carrément en scène leur massacre : avec l’aide des Tamarikas, les chercheurs d’or attaquent leur village et les exterminent. Tarzan forme donc au final un couple avec la dernière Amazone et seule survivante : Irula. Mais Irula peut-elle encore revendiquer d’être une Amazone alors qu’elle est faite prisonnière à deux reprises par les Tamarikas, au début du film, puis par les chercheurs d’or, à la fin, et est délivrée, à chaque fois, par Tarzan ? En fait Irula est l’archétype de la princesse des contes, faible et passive, toujours sauvée par le prince – ici le roi de la jungle -, elle est donc bien loin de la figure combative de l’Amazone. Dans les années 1960, l’Espagne est toujours sous régime franquiste et le cinéma de genre n’en finit pas de mettre en scène les stéréotypes patriarcaux (parfois émaillés de timides audaces). À ce titre, dans Tarzán en la gruta del oro, il faut également citer le personnage de Mary (Krista Nell) qui vient dans la jungle pour retrouver son père disparu depuis de nombreuses années et qui réussit à rallier puis à aimer l’aventurier Billy (Ugo Sasso) qui était auparavant complice des chercheurs d’or. Mary possède donc les trois traits de caractères traditionnels dévolus aux jeunes femmes : l’amour d’une fille pour son père ; le rôle de clairvoyance émotionnelle de la femme qui permet de changer l’homme et le passage de l’amour pour un père à l’amour pour un homme, mais uniquement après que le père a disparu (tué par les chercheurs d’or).

Allié des Amazones, Tarzan n’est assurément pas un Hercule de la jungle. En revanche, depuis l’Antiquité jusqu’à la jungle, les Amazones demeurent des femmes belles, mais toujours autant vaincues… Soit parce qu’elles doivent vivre à l’écart du monde, soit parce qu’elles sont assassinées, soit, enfin, parce qu’elles renoncent à leur statut de femme libre et guerrière.

Marc Gauchée

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1. Hélène Puiseux, Petits dérangements du monde. Le cinéma et l’insoluble, éditions du Félin, 2007.
2. Christian-Georges Schwentzel, Le Nombril d’Aphrodite. Une histoire érotique de l’Antiquité, Payot, 2019.
3. Yan Pernot, « Les Amazones. Voyage au bout de l’envers », Histoire antique, n°27, septembre-octobre, 2006.
4. Ce n’est qu’après la Renaissance que le motif léopard devient un signe d’émancipation de femmes fortes. Voir Thomas Golsenne, « La femme-léopard. Histoire de la mode chez les amazones », Apparence(s), 8, 2018.
5. Marc Gauchée, « La Belle et la Bête (suite et fin) : peurs masculines », cinethinktank.wordpress.com, 25 mai 2016.

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Le derrière de Shiva


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