La beauté cachée des laids


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Quand le cinéma français croit faire du beau avec du vieux (2/2)


Au milieu des années 1980, la victoire des « forces de progrès » de 1981 était presque déjà oubliée, le « tournant de la rigueur » avait été pris et Laurent Fabius avait succédé à Pierre Mauroy à la tête du gouvernement. C’est aussi au milieu des années 1980 que la fréquentation des films américains dépasse celle des films français dans les salles de l’Hexagone. Panique ! Une partie du monde du cinéma français se réfugie alors dans des valeurs estimées « sûres » : le polar et la comédie. Et ces valeurs « sûres » n’hésitent pas non plus à mobiliser les schémas narratifs cinématographiques les plus récurrents. ʺJoyeuses Pâquesʺ (de Georges Lautner, 1984) et ʺLa Gitaneʺ (de Philippe de Broca, 1986) rejouent pour une énième fois à l’écran, le schéma du « couple incestueux ».

2. Le désamorçage par l’humour

Ces deux films, parce qu’il s’agit de comédie « grand public » et qu’ils ne peuvent pas complètement ignorer leur époque qui suit les conquêtes du féminisme des années 1970, tentent de désamorcer par l’humour la figure paternelle incestueuse.

Certes les deux « héros » sont des machos. D’abord Stéphane (Jean-Paul Belmondo) dans Joyeuses Pâques ment et enchaîne les aventures extraconjugales dans un train, sur l’eau, avec sa voisine… à un rythme effréné. Dès le début du film, lorsqu’il aperçoit de belles filles très déshabillées sur un yacht, il dit « Bon, je vais aller faire un petit coup de pêche ». Et quand il est repoussé par sa femme (Marie Laforêt), puis par Julie (Sophie Marceau), il tente sa chance auprès de la bonne (Élisabeth Kolhammar) ! Ce genre de comédie ne recule devant aucun cliché et le second degré a bon dos.

Ensuite Hubert (Claude Brasseur) est « harcelé » par les femmes : son ex, Brigitte (Stéphane Audran, 54 ans) est toujours sur son dos bien qu’ils aient divorcé depuis 10 ans ; sa fille, Florence (Valérie Rojan, 24 ans) le tient pour responsable de ses problèmes conjugaux qu’elle ne cesse de lui ressasser ; sa maîtresse, Elsa (Clémentine Célarié, 31 ans) l’épuise par son exubérance et son appétit sexuel ; sa secrétaire, Mademoiselle Chaprot (Marie-Anne Chazel, 35 ans) timide vieille fille l’aime en secret et ses employées – « Toutes des hyènes ! » – partent déjeuner à midi pile !

Mais, tous les deux, – et c’est le « miracle » de ces comédies – reçoivent une leçon. Alors que son épouse lui affirme que le beau commissaire qu’elle tient dans ses bras est, en fait, son fils, Stéphane, les vêtements déchiquetés par une folle poursuite (sans avoir pu coucher avec Julie !), s’exclame dans une tirade finale : « Ah les salopes ! » Et Hubert qui avait commencé le film en déclarant péremptoire face à la caméra : « Moi, les bonnes femmes, il faut pas qu’elles m’emmerdent ! », se retrouve, au final, dans les bras de Mona en haut de la tour Eiffel et, amoureux, déclare désormais sur un ton ironique : « Et je vais te dire une bonne chose : les bonnes femmes, il ne faut pas qu’elles m’emmerdent ! »

L’humour est ainsi très particulier, car il faut apprécier les « salopes » et les « emmerdeuses » qui limitent quelque peu l’effet de désamorçage. Ces deux films résonnent comme un écho à l’échec du projet de loi antisexiste porté par Yvette Roudy, ministre des Droits de la femme en 1983. La ministre a été accusée de puritanisme, d’atteinte à la liberté d’expression et s’est heurtée à une coalition très masculine de publicitaires et d’humoristes : mais enfin, c’est juste pour rire ! Bien qu’elle ait présenté son projet en conseil des ministres, Yvette Roudy dut l’abandonner.

***

Joyeuses Pâques rassembla 3,4 millions de spectateurs quand La Gitane ne fit « que » 1,28 millions. Mais il faut dire qu’entre temps était sorti Trois hommes et un couffin (1985) qui, certes ne donnait toujours pas le beau rôle aux femmes, mais démontrait qu’une autre comédie à la française était possible… Le film de Coline Serreau établit le record de la décennie avec 10,25 millions d’entrées.

Marc Gauchée

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Les dragons ont-ils toujours une vertu?


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Quand le cinéma français croit faire du beau avec du vieux (1/2)


Au milieu des années 1980, la victoire des « forces de progrès » de 1981 était presque déjà oubliée, le « tournant de la rigueur » avait été pris et Laurent Fabius avait succédé à Pierre Mauroy à la tête du gouvernement. C’est aussi au milieu des années 1980 que la fréquentation des films américains dépasse celle des films français dans les salles de l’Hexagone. Panique ! Une partie du monde du cinéma français se réfugie alors dans des valeurs estimées « sûres » : le polar et la comédie. Et ces valeurs « sûres » n’hésitent pas non plus à mobiliser les schémas narratifs cinématographiques les plus récurrents.

1. Permanence du « couple incestueux »

Parmi ces schémas, celui du « couple incestueux » mis en évidence par Ginette Vincendeau (1), est quasiment permanent depuis les années 1930 (2). Il consiste à mettre en scène de façon positive un homme d’âge mûr jetant son dévolu sur une très jeune femme. Deux comédies par temps de crise en oublient ainsi d’être drôles : Joyeuses Pâques (de Georges Lautner, 1984) et La Gitane (de Philippe de Broca, 1986).

Dans ces deux films – « couple incestueux » oblige -, les « héros » cumulent leur âge mûr avec une belle situation. Dans Joyeuses Pâques, Stéphane Margelle (Jean-Paul Belmondo, 51 ans) est un riche industriel. Dans La Gitane, Hubert Durieux (Claude Brasseur, 50 ans) est un directeur d’agence bancaire. Face à eux, de belles jeunes filles toujours un peu marginales viennent classiquement jouer les éléments perturbateurs. Dans Joyeuses Pâques, c’est Julie sans nom de famille (Sophie Marceau, 18 ans) et dans La Gitane, c’est Mona Romani (Valérie Kaprisky, 24 ans).

Bien sûr ces « demoiselles », délurées côté sexe, sont immanquablement attirées par les hommes mûrs. Julie semble en avoir l’expérience puisqu’elle rompt avec Jean-Louis au début de Joyeuses Pâques et lui lance un ironique : « T’embrasseras bien ta femme et tes gosses ! » Après sa rencontre avec Stéphane, elle décrypte tout de suite où il veut en venir : « Alors on y va ? » et elle précise, directe, « Chez vous ! ». Une fois chez lui, elle lui demande d’aller vite : « Dépêchez-vous parce que moi, je m’endors ». Plus tard elle précise qu’elle dort nue, histoire de raviver l’imagination de Stéphane. Lors d’un dîner, elle n’hésite pas à raconter une fable attribuée à La Fontaine, « La Moule et la Citrouille » en expliquant que si la moule est ouverte naturellement, la citrouille doit être découpée. Pour parfaire l’image du couple incestueux, lorsque sa femme Sophie (Marie Laforêt) revient à l’improviste, Stéphane fait passer Julie pour sa fille ! Et il insiste : « Regarde-là, c’est une gosse ! » ; « Elle est à peine formée ».

De son côté, Mona, dans La Gitane, plaisante aussi dans le registre sexuel. Elle indique ainsi à Hubert qu’elle risque la prison, car elle a « égorgé six Arabes qui ne voulaient pas [la] violer ». Elle s’affiche en sous-vêtements devant Hubert, trop indifférent à son goût : « Et moi qui croyais que je vous faisais un peu d’effet ». Et dès sa première rencontre avec lui, elle lui avoue : « Vous êtes assez sexy pour un gadjo ». Pour un vieux gadjo, aurait-elle pu préciser.

Marc Gauchée

À suivre

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1. Ginette Vincendeau, « Daddy’s Girls (Œdipal Narratives in 1930s French Films) », Iris, n°8, 1988.

2. Noël Burch et Geneviève Sellier, La Drôle de guerre des sexes du cinéma français : 1930-1956, Nathan Université, 1996.

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Un siphon, font, font…


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Celles qui n’assurent pas qu’en Rodier/ 3/ Samantha Kelso (Linnea Quigley), la fille qui se venge à la découpe


Dans Hollywood Chainsaw Hookers  (de Fred Olen Ray, 1988), le détective privé Jack Chandler doit retrouver Samantha Kelso (Linnea Quigley), fugueuse dans les rues de Los Angeles parce-que son beau-père lui aurait fait des avances.

Son enquête le mène dans le West Side Bar et c’est là qu’il reconnait Samantha se livrant à un striptease sur scène. En fait, Samantha a infiltré une secte pour venger la mort de son amie Jenny Lin (on n’en saura pas plus). La secte en question dont les disciples sont des prostituées qui tuent leurs clients avec des… tronçonneuses, est dirigée par un mystérieux gourou appelé « Le Maître » ! D’ailleurs, le gourou est interprété par Gunnar Hansen qui tenait le rôle de Leatherface dans Massacre à la tronçonneuse (The Texas Chainsaw Massacre de Tobe Hooper, 1974).

Après quelques péripéties et épisodes de clients piégés par les prostituées-tronçonneuses, Jack et Samantha se retrouvent prisonniers de la secte. Lors de la cérémonie finale qui doit aboutir au sacrifice de Jack sous les dents d’une tronçonneuse, ce « lien cosmique qui unit toute chose » venu de l’Égypte (!), le gourou invoque Horus (!!) et fait boire le sang d’Anubis (!!!). Samantha, droguée, exécute la « danse de la vierge » avec deux tronçonneuses… (alors qu’elle n’est plus vierge puisque la nuit précédente elle a couché avec Jack, mais ne compliquons pas). Au moment de découper Jack comme l’ordonne le gourou, elle découpe le gourou puis engage le combat contre Mercèdes (Michelle Bauer), une disciple, tronçonneuse contre tronçonneuse. Samantha triomphe, la police finit par arriver et poursuit les derniers disciples.

Tout est bien qui finit bien ? Pas sûr. Disons plutôt que tout rentre dans l’ordre sur un mode ironique et décalé. Ainsi, alors que Samantha a fait preuve d’initiative et de courage tout au long du film, dans une dernière image, elle est allongée sur le canapé dans le bureau de Jack qui, devenu protecteur, lui couvre les épaules de sa veste et explique, en voix off, qu’il n’a pas besoin de secrétaire, mais qu’il va la garder avec lui, ne serait-ce que « parce qu’elle a de beaux nichons ». Elle lui a sauvé la vie, il la garde comme secrétaire pour ses « nichons » ! Pourquoi pas ? … Si j’étais Jack, je veillerai surtout à ce qu’elle ne se retrouve pas avec une tronçonneuse entre les mains.

Marc Gauchée

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Vue sur mer


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Mylène Demongeot, héroïne antique (4/4)


Mylène Demongeot a joué dans trois péplums : La bataille de Marathon (La Battaglia di Maratona de Jacques Tourneur, 1960) ; L’enlèvement des Sabines (de Richard Pottier, 1961) et L’or des Césars (Oro per i Cesari de André De Toth et Sabatino Ciuffini, 1964). Dans chacun, son personnage dont la beauté semble être la principale qualité, fait preuve d’initiatives vite limitées alors que ses partenaires masculins sont dotés de mérites variés et exceptionnels. Par ailleurs, dans La bataille de Marathon et L’enlèvement des Sabines, elle doit s’opposer à une rivale qui est toujours éliminée par une flèche. Mais l’héroïne ne contribue pas à cette élimination ou alors indirectement.

4. L’élimination des rivales

Dans La bataille de Marathon, la rivale d’Andromède est Karis (Daniela Rocca), ex-esclave manipulée par Théocrite. C’est donc sur l’ordre de Théocrite qu’elle doit aller séduire Philippidès en lui offrant un spectacle de danse et de lutte, en prenant des poses alanguies à ses pieds… en vain. Pire, elle tombe amoureuse de Philippidès – « Je t’aime, j’ai besoin de toi » lui avoue-t-elle – si bien qu’elle hésite à le trahir. Théocrite exerce alors une contrainte de plus en violente sur la jeune femme : « je suis le seul à savoir ce qu’il faut faire, ce que tu dois faire » et « je te frapperai jusqu’au sang ! »

La brune Karis s’oppose visuellement à la blonde Andromède, mais se rachète par son sacrifice final : voulant prévenir les Athéniens de l’attaque imminente du Pirée par la flotte Perse, Théocrite la blesse mortellement d’une flèche… et Andromède n’y est pour rien !

Dans L’enlèvement des sabines, la rivale est une Phénicienne, Dusia (Scilla Gabel). Habillée comme un homme, si bien qu’un Romain se bat contre elle sans hésitation. Lors de ce combat, il lui découvre un sein, ce qui fait fuir Dusia comme si la révélation de sa féminité lui faisait perdre toutes ses capacités guerrières. Révélée femme, elle perd sa puissance puisque, par la suite, Romulus n’a qu’à lui lancer un « Ah ! » pour qu’elle tombe sans combattre ! Et comme les héroïnes interprétées par Mylène Demongeot, elle est vite amoureuse de Romulus : « Tu es beau. Si je t’écoute moi aussi, m’emmèneras-tu à Rome ? »…

C’est quand Dusia comprend que Romulus est plus intéressé par Réa qu’elle aide le roi des Sabins et ses troupes à se diriger vers Rome. Le combat général s’engage, une flèche destiné à Romulus est détournée par Réa et vient tuer Dusia. Là aussi la rivale est éliminée définitivement et Réa y a contribué indirectement.

***

Les péplums, ces films « dont le sujet se passe dans une Antiquité qu’on fera commencer à la période biblique et terminer à l’aube du Haut Moyen Âge » (1), ne sont plus à la mode. Leur structure relevant des archétypes du roman populaire avec « un héros courageux, une touchante héroïne, un sombre traitre, une séductrice perverse. Le tout  pimenté de quelques scènes de tortures, de ballets torridement lascifs, tels qu’on peut les voir exécuter par toute bonne pensionnaire du couvent des oiseaux. Quant au biceps (huilé), il est toujours là pour sauver la belle en péril » (2), ont mal vieilli. Cela explique en partie l’ironie que développe Mylène Demongeot à l’égard des trois films auxquels elle a participé. Cette distance peut aussi s’expliquer par les rôles de « beauté » blonde dans lesquels elle pouvait se sentir cantonnée… comme une prisonnière.

Après le tournage de Bonjour tristesse (d’Otto Preminger, 1958), elle débarque à New York et fait sa première conférence de presse. L’expérience lui fait alors sentir à quel point, déjà prisonnière de sa beauté, elle est finalement aussi prisonnière de ses « rivales » : « en France, je suis devenue bien malgré moi la nouvelle Bardot, sa rivale la plus sérieuse, et tout le monde m’enquiquine avec ça et ici, à New York, voilà que je suis la nouvelle Kim Novak ! Et moi, Mylène Demongeot, je suis quoi, moi, alors ? Rien ? J’enrage ! » (3).

Marc Gauchée

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1. Claude Aziza, « Le péplum », in « Panorama des genres au cinéma », Michel Serceau (coord.), CinémAction, n°68, Corlet-Télérama, 3ème trimestre 1993.

2. Ibid.

3.Tiroirs secrets, Le Pré aux clercs, 2001.

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Qu’est-ce que c’est « dégueulasse »?


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[Comme un écho] Le train, ce phallus cinématographique


La fusée avait déjà était l’objet d’un usage cinématographique aussi imagé que sexuel (1). Mais le train, à la différence de la fusée, a décliné une gamme plus élargie de métaphores sexuelles. Trois exemples : en 1959 ; 1973 et 1995.

En 1959, la scène finale de La Mort aux trousses (North by Northwest d’Alfred Hitchcock) se déroule dans un train, Roger Thornhill (Cary Grant) hisse jusqu’à sa couchette Eve Kendall (Eva Marie Saint) et l’ultime image montre le train entrant à toute vitesse dans un tunnel. Cette représentation du phallus pénétrant le vagin intervient comme la conclusion du film dans la plus pure tradition de ces œuvres classiques où héros et héroïne finissent par coucher ensemble, but ultime de leur relation sur écran. La symbolique du train et du tunnel permettait en outre à Alfred Hitchcock d’éviter la très convenable promesse de mariage qu’aurait due échanger le couple vedette et de contourner le code d’autocensure en vigueur à Hollywood (le fameux code Hays) qui interdisait de représenter une scène de sexe explicite. Le langage métaphorique est d’ailleurs le propre de la période du code Hays, quand les réalisateurs se voyaient dans l’obligation de « frôler le plus près possible la notion brûlante de cul tout en restant dans la fraîcheur de l’innocence » (2).

En 1973, en revanche, le train et le tunnel sont sollicités non pour figurer la pénétration, mais le retrait dans L’hystérique aux cheveux d’or de Brunello Rondi. Ce titre est celui de la version française comportant des inserts hard, mais le titre original du film est Ingrid sulla strada. Après avoir été violée par son père, Ingrid (Janet Ågren) voyage de la Finlande jusqu’à Rome en train où elle commence sa carrière de prostituée. Elle enlève sa culotte, « je la remettrai jamais plus » et, pour gagner de l’argent, couche à la va-vite avec un inconnu dans les toilettes du train, puis avec un second inconnu dans un compartiment. À la suite de l’éjaculation de chaque client, un plan montre un train sortant du tunnel, version post-coït de La mort aux trousses.

Il faut attendre 1995, pour voir une troisième mobilisation sexuelle de l’image ferroviaire. Dans GoldenEye (de Martin Campbell), James Bond (Pierce Brosnan) fait face, avec un tank russe au (long) canon, à un train blindé dans lequel ont pris place les méchants, Alec Trevelyan alias Janus (Sean Bean) et surtout sa tueuse masochiste, Xenia Zirgavna Onatopp (Famke Janssen). James Bond arrête son char juste à la sortie du tunnel comme pour rappeler les métaphores féminines des années 1959 et 1973. Il tire un obus en vain contre le train, Alex ordonne de foncer sur lui et Xenia se délecte par avance du choc. Le train percute le char et s’immobilise enfin, métaphore du « concours de bites » dans lequel s’affrontent Bond et Trevelyan pendant toute la durée du film.

Dans les années 1990, la Société nationale des chemins de fer (SNCF) s’est sentie obligée d’adopter un nouveau slogan prouvant sa bonne volonté. Il faut dire qu’entre la mise en service chaotique et contestée du « Système offrant à la clientèle des réservations d’affaires et de tourisme en Europe » (Socrate) en 1993 qui, pour la première fois, introduisait le calcul des prix en fonction de la demande et les grandes grèves de 1995 contre la énième réforme des retraites et de la Sécurité sociale, la SNCF devait redorer son image. Ce fut : « À nous de vous faire préférer le train ». Le cinéma avait donc déjà planché sur la question.

Joe Gillis

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1. Joe Gillis, « De l’usage narratif de la fusée », cinethinktank.wordpress.com, 15 mai 2014.

2. Norman Mailer, Marilyn, Stock, 1974.

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Mylène Demongeot, héroïne antique (3/4)


Mylène Demongeot a joué dans trois péplums : La bataille de Marathon (La Battaglia di Maratona de Jacques Tourneur, 1960) ; L’enlèvement des Sabines (de Richard Pottier, 1961) et L’or des Césars (Oro per i Cesari de André De Toth et Sabatino Ciuffini, 1964). Dans chacun, elle tombe amoureuse d’un homme. Mais, à la différence de ses personnages dont les initiatives sont limitées et dont la beauté semble finalement être la principale de ses qualités, ses partenaires masculins sont dotés de mérites variés et exceptionnels.

3. Les mérites de ses partenaires

Dans La bataille de Marathon, l’« amoureux » d’Andromède est Philippidès. Héros traditionnel, son mérite est avant tout physique. Il est vainqueur des jeux olympiques et nommé chef de la garde sacrée d’Athéna. C’est Steve Reeves, ex-« Monsieur Muscle » et ex-« Monsieur Univers » qui tient le rôle, autant dire que son corps est très valorisé. Dès sa rencontre avec Andromède, alors que la jeune femme s’adonne avec ses amies à un jeu de balle, il secoue l’arbre pour faire tomber la balle retenue en haut des feuillages ! Par la suite, c’est bien évidemment lui qui fera le Marathon.

Dans ses mémoires, Mylène Demongeot ironise sur le culte que voue Steve Reeves à son corps : très musclé, il passait dix minutes à se mettre en condition avant chaque prise et s’enduisait de « Baby Oil » pour que son corps brille… si bien que lors d’une scène où il devait porter la comédienne, elle a glissé « comme une anguille ». De plus, elle confie que s’il a des muscles, « il a très peu de force, en vérité » et ne savait pas se battre puisqu’il envoya trois cascadeurs à l’hôpital lors d’un combat avec un gourdin (1) ! Ite missa est.

Dans L’enlèvement des Sabines,  l’« amoureux » est Romulus (Roger Moore) qui règne sur les Romains, peuple alors constitué d’esclaves en fuite et de criminels. Son mérite est avant tout moral. En effet, il représente le héros de modeste condition, mais fait toujours preuve de grandeur d’âme puisque son rôle est de civiliser ses compatriotes. Ainsi, quand les Romains enlèvent les Sabines, il leur explique qu’ils doivent apprendre à se faire aimer et donc ne plus violer, ni piller, il ajoute même : « et vous vous laverez » !

Une fois sa mission civilisatrice accomplie, il renonce au trône et préfère redevenir anonyme en partant vivre son amour avec Réa (2).

Dans L’or des Césars, l’« amoureux » est Lacer (Jeffrey Hunter), esclave-architecte, qui achève, au début du film, la construction d’un pont romain. Son mérite est avant tout technique puisqu’il dispose d’un savoir-faire bien utile aux Romains et sait diriger les ouvriers. Il sait aussi s’adapter à ce qu’attendent de lui ses maîtres. Ainsi quand le proconsul Caius Cornelius Maximus lui explique que tout les hommes sont esclaves « des femmes, du vin, de nos ambitions, de nos passions », Lacer énonce les récompenses possibles pour avoir bâti le pont : « le vin, les jolies filles, les aventures »… échos directs aux propos du maître. Mais Lacer est à la fois amoureux et bâtisseur, si bien qu’à la fin du film, il part en Gaule avec Pénélope et les esclaves affranchis pour construire… « une nouvelle vie ».

Marc Gauchée

À suivre

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1. Tiroirs secrets, Le Pré aux clercs, 2001.

2. Sur le tournage, bien que marié, Roger Moore tombe amoureux de la comédienne Luisa Mattioli, ils se marient en 1969.

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« Me too » avant « me too »


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Mylène Demongeot, héroïne antique : (2/4)


Mylène Demongeot a joué dans trois péplums : La bataille de Marathon (La Battaglia di Maratona de Jacques Tourneur, 1960) ; L’enlèvement des Sabines (de Richard Pottier, 1961) et L’or des Césars (Oro per i Cesari de André De Toth et Sabatino Ciuffini, 1964). Dans chacun, elle interprète un personnage de jeune femme qui, si elle sait prendre des initiatives, reste soumise à l’ordre masculin. Dans La bataille de Marathon, elle est la vierge Andromède, fille de l’archonte Creus (1). Elle apparaît, pour la première fois, dans un scène où, en position de meneuse, elle lit à ses amies les exploits des héros grecs. Dans L’enlèvement des Sabines, elle est Réa, fille du roi des Sabins, mais sa position dominante résultant de sa lignée royale est immédiatement tempérée par sa qualité de vestale soumise aux dieux. Enfin, dans L’or des Césars, elle est Pénélope, la favorite du proconsul Maximus, bénéficiant donc d’une position à la fois privilégiée et dépendante.

2. Des personnages entre initiative et soumission

Andromède de La bataille de Marathon correspond à l’archétype vieillot de la belle jeune fille, archétype qui n’a pas changé depuis… Molière : elle se rebelle – gentiment – contre son père qui lui désigne un fiancé, mais n’imagine pas sa vie sans se placer dans les bras d’un homme. Ainsi, lorsqu’elle prie la déesse avec ses amies, c’est pour lui demander : « Faites que nous rencontrions celui qui nous apportera la joie du cœur ». De plus, sa beauté est sans cesse vantée : lors de sa première rencontre avec Philippidès qui deviendra son amoureux, ce dernier la compare à une statue : « Tu as la grâce d’une statue de Diane » et le méchant Théocrite qui l’a enlevée, célèbre aussi son rôle « décoratif » en la plaçant comme figure de proue d’un navire perse.

Si Andromède conduit un char, le personnage demeure bien « sous la double figure traditionnelle de la pureté et de la grâce, à la fois docile et provocante » (3). Ce que confirme Mylène Demongeot dans ses mémoires. Elle raconte que lorsque le réalisateur Jacques Tourneur a laissé sa place à Bruno Vaïlati, ce dernier lui a demandé d’être sexy et qu’elle s’est donc tortillé « comme un ver de terre ». Pour la comédienne, « ce film est à hurler de rire » (2).

Réa de L’enlèvement des Sabines est aussi voire plus déterminée encore qu’Andromède puisque faite prisonnière par les Romains, elle réussit à s’évader et à regagner son royaume. Face à ses compatriotes qui n’ont pas de mots assez durs pour qualifier le rapt des Sabines auquel ont procédé les Romains, c’est Réa qui les excuse en expliquant qu’ils ont agi ainsi parce qu’ils avaient été  maltraités par les Sabins ! Il faut dire qu’auparavant, Romulus, le roi des Romains avait vu Réa et en était tombé amoureux.

Enfin Pénélope de L’or des Césars est le personnage qui vit la plus grande évolution. Au départ, Pénélope est tout à la fois frivole et ambitieuse : elle se félicite de sa nouvelle robe et demande à son protecteur Maximus de l’emmener à Rome, car elle pense comme lui qu’il va devenir empereur. Sa rencontre avec l’esclave-architecte Lacer dont elle tombe amoureuse, bouleverse sa vie. « Avant j’étais perdue et à présent je ne le suis plus » lui confie-t-elle pendant les fêtes des Saturnales. C’est donc elle qui donnera ses bijoux – preuve qu’elle a abandonné toute frivolité – contre un cheval pour aller avertir Lacer, car le centurion auprès de qui il travaille a ordre de le tuer. Au final, le personnage de Pénélope rejoint les deux autres : ses initiatives et son autonomie s’arrêtent là où commence l’amour pour un homme et sa beauté est tout autant soulignée. À ce titre, Lacer énonce une très belle mise en abyme du male gaze – ou « regard masculin » combinant narcissisme, fétichisme et voyeurisme – lorsqu’il dit à Pénélope : « Quand tu es seule et que tu crois que personne ne te regarde, tu es une créature exquise ».

Marc Gauchée

À suivre

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1.Les archontes étaient des magistrats qui dirigeaient la cité grecque.

2. Tiroirs secrets, Le Pré aux clercs, 2001.

3. Michèle Lagny, « Sous le conformisme, la résistance », in Le péplum : l’Antiquité au cinéma, Claude Aziza (coord.), CinémAction, n°89, Corlet-Télérama, 4ème trimestre 1998.

4. Laura Mulvey, « Visual pleasure and narrative cinema », Oxford Journals, vol. 16, n°3, automne 1975.

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« Papiers nickelés » a fêté ses 20 ans


La revue Papiers nickelés est née en 2004, mais elle est l’émanation d’une association qui a vu le jour en 2001 pour la création d’un « Centre international de l’imagerie populaire, du dessin imprimé et du patrimoine sur papier ». L’anniversaire a été célébré au 100ecs (100 rue de Charenton, Paris XIe arrondissement) le 16 juin 2021.

Les images de la fête et des 3 mini-conférences (Yves Frémion : « À qui appartient Snoopy ? » ; Alex Nikolavitch : « Pourquoi Superman porte un slip sur son collant ? » et Stéphane Grobost : « L’envol chez Moebius ») sont sur YouTube.

Le dernier numéro paru de Papiers nickelés est le 69, sommaire et commande sur le site de l’association.

Bon anniversaire !

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Cachez ce genou…


Revoir Le genou de Claire, le cinquième des « Contes moraux » d’Éric Rohmer, sorti en 1970… Un demi-siècle plus tard, on se demande si un tel film placé entre La collectionneuse et L’amour l’après midi (1), pourrait être aujourd’hui programmé sur une chaîne de télévision, le monde du cinéma étant, comme nul n’en ignore, traumatisé par l’affaire Gabriel Matzneff et toutes celles qui ont suivi.

Le rôle de Jérôme interprété par Jean-Claude Brialy est celui d’un homme en voie de mûrissement qui aime les jeunes, voire les très jeunes filles, à qui il offre dans ce film d’infra-préliminaires. L’alibi de son amie écrivaine (Aurora Cornu) à qui il sert de cobaye, d’inspirateur et de muse au masculin, ne trompe personne. C’est bien le regard d’un cinéaste âgé – alors de cinquante ans – qui est en jeu.

L’ambiguïté de ce film et sa richesse viennent de ce que l’on hésite quant au registre d’expression du désir. S’agit-il d’interroger les limites ce que l’on peut suggérer ou montrer au cinéma ? Si oui, Rohmer joue bien avec la frontière, non point dans l’expression possible de la nudité, mais dans la légitimité de l’objet du désir. Ou s’agit-il, pour le cinéaste, d’assumer tout simplement ses pulsions érotiques  brimées par son catholicisme ?

Si ce chrétien, tendance janséniste, n’a jamais cédé aux avances de ses actrices, on ne peut nier en revanche qu’il aura souvent mis en scène, et dans ce film particulièrement, de très jeunes femmes. Au cours des années qui suivront, ces actrices vaudront au maître une sainte admiration et cette main sur un genou  vaudra à Rohmer le prix Louis-Delluc, avant plusieurs autres récompenses.

Au moment du tournage, Laurence de Monaghan (Claire) était âgée de 16 ans, même si elle en paraît davantage, tandis que Béatrice Ramon, qui semble en avoir 14, en a en fait 18. Ce sont deux objets d’un désir dont on reconnaît au cinéaste le talent de l’exprimer en images, mais qui renverraient aujourd’hui à la fameuse question du consentement éclairé.

Le frère du cinéaste, le philosophe René Scherer, les deux se ressemblant comme deux goutes d’eau bénite, au moment presque où sortait sur les écrans Le Genou de Claire, a subi une levée de boucliers à propos de ce qui était considéré comme une dérive de sa défense d’une enfance libérée des contraintes, sur le versant homosexuel.

Quant à Rohmer, il nous souvient de l’avoir jadis entendu surnommé le cinéaste des « petites culottes » (2). Toujours est-il  que les sensibilités ont évolué. Si l’on peut sourire de l’interdiction aux moins de 16 ans qui marqua la sortie des Bonnes femmes de  Claude Chabrol en 1960, la tolérance envers l’amour charnel  pour les mineurs a régressé et nul ne s’en plaindra. # Me Too est passé par là.

Jean-Pierre Bacot et Yolande Bacot

1. Lors de la publication des scénarios des « Contes moraux » d’Éric Rohmer (1920-2010), Le Genou de Claire est placé entre La Collectionneuse et L’Amour l’après-midi. Mais les films sont sortis selon l’ordre suivant : La Boulangère de Monceau (1962) ; La Carrière de Suzanne (1963) ; La Collectionneuse (1966) ; Ma nuit chez Maud (1969) ; Le Genou de Claire (1970) et L’Amour l’après-midi (1972).

2. Louis Skorecki écrit à propos de Pauline à la plage que ce film « comme souvent chez Rohmer, s’intéresse aux petites culottes des petites filles modèles » (Libération, 5 juin 1998).

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Celles qui n’assurent pas qu’en Rodier/ 2/ Eleanor Washington (Gail Neely), la maman noire, vengeresse et libre


Surf Nazis Must Die (de Peter George, 1987) se déroule dans un « avenir proche ». Après un gigantesque tremblement de terre, Eleanor Washington (Gail Neely) quitte sa maison détruite. Elle est aidée par son fils Leroy (Robert Harden) et est accueillie dans un centre pour retraités sur la côte californienne… où elle s’empresse de punaiser un drapeau américain au dessus d’un miroir dans sa chambre puis organise des parties de poker et fume avec les autres pensionnaires âgées : « Je vais vous rependre en main moi les filles ! » Les limites du personnage sont donc bien définies : ce n’est pas une révoltée, mais, au contraire, une femme complètement intégrée à la société américaine du monde d’avant le tremblement de terre.

Or, depuis cette catastrophe, les plages sont placées sous la menace de gangs de surfeurs. Il y a les gangs des samouraïs, des culturistes, des bikers… et le pire de tous est le gang des nazis avec croix gammées, salut hitlérien, un chef nommé Adolf (Barry Brenner) et sa petite amie Eva (Dawn Wildsmith) (1). Les surfeurs nazis dépouillent les usagers de la plage, défendent leur « espace vital » maritime et liquident un à un les autres gangs. Les affaires marchent bien pour eux (et cela dure pendant près d’une heure pour un film d’une durée totale de 1h23) jusqu’à ce qu’ils tuent Leroy. En effet le fils d’Eleanor s’est interposé pour empêcher le vol d’un sac d’une vieille dame par un enfant – un « rat » – entraîné par les surfeurs nazis.

Eleanor, affligée par la mort de son fils, organise alors sa vengeance dans les 20 dernières minutes : elle commence par incendier les planches des surfeurs nazis et, comme tout bon Américain, achète un pistolet Walther P38 et des grenades à l’épicier du coin. Elle fait exploser à la grenade le surfeur nazi appelé Mengele (Michael Sonye), décapite Eva dans l’eau avec l’hélice d’un hors-bord et achève Adolf d’une balle dans la bouche. Le film se termine sur l’image d’Eleanor chevauchant, vengée, la moto volée à Adolf et Eva.

Outre son mauvais goût dans la veine de la nazisploitation, Surf Nazi Must Die est un film de genre avec une certaine ambivalence. C’est ainsi qu’Eleanor assure alors que, mère célibataire, elle ne répond pas aux canons physiques des héroïnes de films de genre et d’action. Mais elle incarne aussi une Afro-américaine parfaitement compatible avec l’époque reaganienne (2), rendant hommage à la bannière étoilée, ayant recours aux armes et se faisant justice… Elle s’inscrit pleinement dans les mythes conformistes des justiciers solitaires et, à la fin, des cow boys s’éloignant au soleil couchant. Elle est libre, Eleanor, sa différence est dans sa motorisation. D’ailleurs, le film de Peter George finit là où pourrait commencer un road movie, mais comme un film à la sauce des années 1980, c’est-à-dire l’exacte opposé des décennies précédentes avec l’emblématique contestataire Easy Rider (de Dennis Hopper, 1969).

Marc Gauchée

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1. Malgré toutes ces références au IIIème Reich, dans la version française, les « surfeurs nazi » deviennent les « surfeurs nasty » (sic), c’est-à-dire les « méchants surfeurs » !

2. Ronald Reagan était Républicain et a été président des États-Unis de 1981 à 1989. Ses deux mandats sont marqués par le renouveau de la droite américaine fondé sur l’économie de l’offre.

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Ma pièce en 15 fois 1 acte, « Rendez-vous au Château » est parue


Un président de la République en exercice qui renonce à se représenter ; un écologiste qui, bien que désigné par des élections primaires internes, se rallie au candidat socialiste ; les deux grands partis de gouvernement qui désignent des candidats tellement radicaux qu’ils se révèlent incapables de rassembler leur camp ; un candidat de droite englué dans les affaires ; un candidat de gauche abandonné par les siens ; un hologramme qui fait campagne ; un souverainiste qui s’allie à la candidate d’extrême-droite…  Les élections présidentielles de 2017 ont réservé bien des surprises et des rebondissements avec, au final, un ex-banquier-ministre-de-l’économie-démissionnaire célébrant sa victoire « éclair » devant la pyramide du Louvre. Thomas Legrand, journaliste politique, avait d’ailleurs chroniqué ces élections dans une série sur France inter intitulée « À la hussarde ».

Pour l’affiche du second tour de 2022, les choses s’annonceraient moins originales avec « le retour de la revanche » de 2017. Mais ce serait oublier le goût des Françaises et des Français pour déjouer les doctes affirmations pré-électorales et les cycles politiques qui ont tendance à s’accélérer. Dans cette pièce en 15×1 acte, j’ai mis en scène des candidates, candidats et responsables politiques pris dans la douce incertitude des urnes, entre grandes stratégies et petits arrangements. Et toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé pourraient ne pas être complètement fortuite. Finalement 2022 pourrait aussi posséder son lot d’originalités !

Rendez-vous au Château est désormais disponible sur le site BoD.

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Quitte à rouvrir les festivals…


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Mylène Demongeot, héroïne antique (1/4)


Quand elle se compare physiquement à Brigitte Bardot, Mylène Demongeot est sans indulgence : « un corps divin, hyper-mince avec de gros seins. Je la vois, je suis verte ! Tout ce que je ne serai jamais ! ». Elle en conclut : « comparée à elle que je trouve absolument divine, je ne suis pas grand-chose et je me demande ce qui a bien pu plaire en moi » (1). Pourtant, en cette fin des années 1950, Mylène Demongeot qui sort de son rôle remarqué d’Abigail dans Les Sorcières de Salem (de Raymond Rouleau, 1957) a réussi à s’imposer comme l’autre jeune comédienne blonde du cinéma français.

1. D’abord se libérer de Brigitte Bardot

L’époque est aussi marquée par la deuxième grande vague de péplums avec des co-productions internationales et hollywoodiennes et, dans ce genre cinématographique, Mylène Demongeot l’emporte largement dans la comparaison avec Brigitte Bardot.

La star tropézienne a en effet joué dans deux péplums en 1956 : Hélène de Troie (Helen of Troy de Robert Wise) et Les week-ends de Néron (Mio figlio Nerone de Steno). Dans le premier, elle interprète Andraste, l’esclave d’Hélène (Rossana Podesta). Le personnage est mineur et stéréotypé : elle se pâme avec sa maîtresse devant la beauté de Pâris échoué sur les côtes troyennes : « Comment un homme ici ? Mais c’est intéressant » et ne veut donc pas qu’il soit remis aux soldats parce qu’il est trop beau. Dans le second, elle est Poppée, la fiancée vénale de Néron, tout aussi stéréotypée. Elle a divorcé de deux maris et, lorsque Néron veut la faire étriper, elle ouvre son corsage et obtient sa grâce : « Si tu as décidé ma mort, transperce toi-même ma poitrine ! ». Quelles que soient la qualité ou la médiocrité de ces deux films, le triptyque beauté-servitude-vénalité résument assez bien les rôles antiques confiés à Brigitte Bardot. Quant à Mylène Demongeot, elle a joué dans trois péplums : La bataille de Marathon (La Battaglia di Maratona de Jacques Tourneur, 1960) ; L’enlèvement des Sabines (de Richard Pottier, 1961) et L’or des Césars (Oro per i Cesari de André De Toth et Sabatino Ciuffini, 1964).

Ces trois films se situent plutôt à la fin de la seconde vague des péplums commencée lors de la décennie précédente et qui se termine avec les productions très onéreuses comme Cléopâtre (Cleopatra de Joseph L. Mankiewicz, 1963) et La chute de l’Empire romain (The Fall of the Roman Empire d’Anthony Mann, 1964). Le genre, outre ses débordements financiers, touchait à ses limites en répétant les mêmes archétypes. Mylène Demongeot en était consciente : alors qu’on lui proposait d’intégrer le film La bataille de Marathon, elle qui ne voulait pas le faire, suivit les conseils de Paulette Dorisse, son agente, et demanda un triple salaire… qui fut accepté ! L’actrice reconnait qu’elle l’a donc fait pour « l’argent et les vacances » et qualifie le film de « produit. C’est le mot juste » (2).

Marc Gauchée

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1. Tiroirs secrets, Le Pré aux clercs, 2001.

2. Ibid.

À suivre

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Du sang et des larmes!


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Celles qui n’assurent pas qu’en Rodier/ 1/ Sharon Cross (Suzanne Solari), la nonne guerrière en patins à roulettes


Dans les années 1980, Donald G. Jackson a réalisé plusieurs films avec des héroïnes en patins à roulettes. Suzanne Solari figure dans deux d’entre eux : dans Roller Blade en 1986, et, trois ans plus tard, en 1989, dans Roller Blade Warriors : Taken by Force. Elle y interprète Sharon Cross, une nonne en patins à roulettes de l’Ordre du « Roller Blade ».

Le genre « patins à roulettes » avait commencé à la fin de la décennie précédente avec Skatetown, U.S.A. (de William A. Levey, 1979) qui raconte l’affrontement de deux amis lors d’une compétition en disco et en patins et Roller Boogie (Les challengers de Mark L. Lester, 1979) qui raconte l’amour entre une bourgeoise et un prolétaire participant, ensemble, à une compétition de patins à roulettes, là aussi sur fond de musique disco. Dans la deuxième partie des années 1980, la mode n’est plus au disco mais à la post-apocalypse. Il faut dire que George Miller est passé par là avec Mad Max (1979) ; Mad Max 2 (Mad Max 2 : The Road Warrior, 1981) et Mad Max : Au-delà du dôme du tonnerre (Mad Max Beyond Thunderdome, 1985)… la mode a donc changé, seuls les patins sont restés.

Les deux films de Donald G. Jackson se passent donc au « second âge des ténèbres », fait de déserts et de sites industriels désaffectés… ce qui amoindrit considérablement le coût du tournage et limite bien souvent le patinage à une marche entravée sur des sols irréguliers. De plus, les costumes et les accessoires relèvent plus de la récup’ et du bric-à-brac sans grande cohérence et toujours à moindre frais. Quant à l’ordre du « Roller Blade », il est représenté par un smiley lumineux. Ce n’est pourtant pas le souci des dépassements budgétaires qui explique l’aspect minimaliste du costume des nonnes, mais plutôt un certain goût pour l’érotisme cheap des années 1980 post-pornographiques, avec des string en simili cuir et des décolletés profonds. Enfin, Sharon Cross est armée d’un sabre de samouraï qui équipera également la mariée (Uma Thurmann) de Kill Bill (de Quentin Tarentino, 2003)(1). Elle possède aussi le pouvoir de guérir – même un mort -, mais ne peut l’exercer qu’une seule fois sur la même personne.

Dans Roller Blade, Sharon Cross a l’un des rôles principaux. Elle a pour mission de récupérer le cristal de puissance que possédait son ordre religieux et dont s’est emparé pour dominer la terre le docteur Saticoy (Robby Taylor). Elle mène sa mission en patins, d’ailleurs tout le monde se déplace en patins, c’est même un impératif pour survivre puisqu’un graffiti dans les décombres d’une rue indique « Skate or die »… ce qui ralentit sensiblement l’action déjà pas rapide quand, par exemple, un guerrier du docteur Saticoy doit emprunter une échelle en patins !

Dans Roller Blade Warriors : Taken by Force, Sharon Cross n’a qu’un rôle secondaire. Elle vient renforcer, avec deux autres nonnes tout aussi patineuses, la nonne guerrière Karin Cross (Kathleen Kinmont) devant conduire la vierge oracle Hope (Elizabeth Kaitan) jusqu’à la mère supérieure de l’Ordre. Sharon et ses sœurs arrivent ainsi à délivrer Hope qui, attachée sur un vieux sommier dans une usine désaffectée, allait être offerte en sacrifice à un mystérieux monstre. Les deux films de Donald G. Jackson mélangent sexe et violence. Si le sexe peut apparaître au premier abord comme très soft, se focalisant essentiellement sur les seins des actrices, il est en revanche toujours l’occasion de scènes de violences contre les femmes : coups et viols. Mais, et c’est une des originalités de ces films, les femmes savent répondre à la violence masculine : en premier lieu les nonnes guerrières sabrent sans hésiter en tant que gardiennes de la « paix » du monde et miroir des ordres de moines-soldats comme celui des Templiers. Mais les personnages féminins secondaires savent également user de violences : ainsi les captives dans Roller Blade Warriors : Taken by Force, les seins nus et les mains entravées, n’hésitent pas à donner des coups de pieds à leurs ravisseurs. Quant aux hommes, leurs personnages passent leur temps à perturber la « paix » du monde en se mettant au service d’esprits monstrueux et maléfiques : dans Roller Blade, l’aspirant dictateur, le docteur Saticoy, obéit à une marionnette de tête monstrueuse au bout d’un de ses bras (!) et dans Roller Blade Warriors : Taken by Force, les hommes chassent les femmes pour les offrir en sacrifice à un monstre fait de bandelettes (re-!).

Voyeurisme complaisant, indigence des moyens, jeu approximatif, effets spéciaux sanglants relevant de la sauce tomate, combats minimalistes et rebondissements prévisibles… il s’agit certes de petits films. Mais les dernières images de Roller Blade Warriors : Taken by Force témoignent aussi de leur ambivalence : d’un côté une image d’inversion des genres avec  les nonnes et l’oracle de dos, partant à cheval comme les cow boys, de l’autre les mêmes érotisées et posant de face. En 1977, Patrick Juvet chantait Où sont les femmes ? (2), en 1989, le cinéma de genre faisait croire que les hommes avaient disparu.

Marc Gauchée

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1. Quentin Tarentino ne retiendra pas, en revanche, le string des nonnes en patins à roulettes, préférant faire porter à sa mariée une combinaison moulante en couleurs à la Emma Peel (Diana Rigg dans Chapeau melon et bottes de cuirThe Avengers, 1965-1967).

2. Musique de Patrick Juvet et paroles de Jean-Michel Jarre, album Paris by Night.

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Vague à l’âme


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Des « Faucheurs de marguerites » à « L’adieu aux as » : l’amour des femmes et l’ambition des hommes (4/4)


Une des figures classiques des rapports de sexe dans les fictions est celle où le héros masculin est empêché à vivre ses aspirations artistiques ou professionnelles par la femme qui l’aime et qu’il aime, mais qui endosse le « sale rôle » de briseuse d’ailes. Nous faisons cependant l’hypothèse que les mœurs évoluant, le « sale rôle » est de mieux en mieux partagé. Par ailleurs les années 1970 sont aussi celle de l’expression de revendications féministes qui dépassent la « libération sexuelle » pour concerner tous les aspects de la vie des femmes. Les 4 mini-séries télévisées, chacune de 6 épisodes, créées par Jean-Louis Lignerat et diffusées de 1974 à 1982, ont retracé l’histoire de l’aviation depuis 1890 jusqu’en 1939 à travers le personnage d’Édouard Dabert (Bruno Pradal). Après ʺLes faucheurs de margueritesʺ (de Marcel Camus en 1974) ; ʺLe temps des asʺ (de Claude Boissol en 1978 et ʺLa conquête du cielʺ (de Claude-Jean Bonnardot, 1980), voici ʺL’adieu aux asʺ (de Jean-Pierre Decourt, 1982).

Cette série d’articles propose donc d’examiner, pour chacune de ces mini-séries, comment Édouard Dabert parvient à concilier aventures aériennes et amoureuses et si les personnages féminins parviennent à suivre leur propre parcours d’émancipation.

L’Adieu aux as : la combattante

Cette dernière mini-série (6 épisodes de 55 minutes), créée par Jean-Louis Lignerat sur les pionniers de l’aviation a été réalisée par Jean-Pierre Decourt et diffusée à partir de mars 1982 sur TF1.

Le rôle traditionnel, mais devenu ingrat, de femme au foyer est renvoyée hors de France, en Allemagne. C’est Renate (Reinhild Schneide), l’épouse de Hans (Gernot Endemann), ami du héros Édouard Dabert (Bruno Pradal). Quand Hans retrouve ses amis français , Renate enfile un tablier sur sa belle robe bleue, s’affaire en cuisine et fait le service pendant que les hommes discutent et boivent au salon ! Et quand les trois amis, avec des tabliers, se retrouvent dans la cuisine pour faire la vaisselle, Renate en bonne ménagère est la garante du bon déroulement de la soirée : « dépêchez-vous le café va être froid ».

Le plus important est qu’Hans cache à Renate – évidemment toujours inquiète, « quand il est là-haut, il s’imagine qu’il a vingt ans » – qu’il vole en secret. Mais, quand, enfin, elle apprend qu’Hans va faire une course, Édouard lui dit qu’il n’y a rien a craindre : « c’est vrai, s’il ne serre pas trop ses virages ». Ce qui n’empêche pas Édouard, le lendemain, d’expliquer la raison de l’échec d’Hans à Renate : « il aurait pu gagner, il ne serrait pas assez ses virages, il pensait trop à vous ». C’est toujours la faute des femmes, surtout celles qui restent au foyer ?

Plus intéressante est l’évolution du personnage de la pilote Joséphine (Christine Laurent) : d’abord embauchée dans la compagnie de transport de Julien, le fils d’Édouard, elle émigre ensuite au Canada et pilote un petit avion sanitaire au service des villages indiens et des campements de trappeurs. Elle double cet engagement aérien d’un engagement politique : lorsque la guerre civile éclate en Espagne en 1936, elle propose ses services aux Républicains. Elle est la femme active, mobile, qui parcourt le monde et décide de ses amours et de son destin. Joséphine pourrait reprendre les propos de l’aviatrice Hélène Boucher : « Voler est la seule chose qui me donne l’impression d’être vivante » (1).

La mini-série réassigne pourtant chaque genre à son rôle traditionnel dans une ultime scène. En 1939, au moment du déclenchement de la Deuxième guerre mondiale, Renate et Joséphine, comme ces femmes de marins attendant sur le rivage le retour de leurs hommes, guettent l’arrivée de l’avion d’Édouard qui rapatrie le corps d’Hans. Renate évoque alors son défunt mari : « Tu vois, Jo, on dirait qu’il s’est arrangé, sans même l’avoir voulu, pour ne pas avoir à supporter une autre guerre ».

Marc Gauchée

1. Citée in Le ciel est à elles, documentaire de Valérie Manns, 2020.

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Ton compte est bon


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« Des Faucheurs de marguerites » à « L’adieu aux as » : l’amour des femmes et l’ambition des hommes (3/4)


Une des figures classiques des rapports de sexe dans les fictions est celle où le héros masculin est empêché à vivre ses aspirations artistiques ou professionnelles par la femme qui l’aime et qu’il aime, mais qui endosse le « sale rôle » de briseuse d’ailes. Nous faisons cependant l’hypothèse que les mœurs évoluant, le « sale rôle » est de mieux en mieux partagé. Par ailleurs les années 1970 sont aussi celle de l’expression de revendications féministes qui dépassent la « libération sexuelle » pour concerner tous les aspects de la vie des femmes. Les 4 mini-séries télévisées, chacune de 6 épisodes, créées par Jean-Louis Lignerat et diffusées de 1974 à 1982, ont retracé l’histoire de l’aviation depuis 1890 jusqu’en 1939 à travers le personnage d’Édouard Dabert (Bruno Pradal). Après ʺLes faucheurs de margueritesʺ (de Marcel Camus en 1974) et ʺLe temps des asʺ (de Claude Boissol en 1978), voici ʺLa conquête du cielʺ (de Claude-Jean Bonnardot, 1980).

Cette série d’articles propose donc d’examiner, pour chacune de ces mini-séries, comment Édouard Dabert parvient à concilier aventures aériennes et amoureuses et si les personnages féminins parviennent à suivre leur propre parcours d’émancipation.

La conquête du ciel : femmes libérées

La mini-série La conquête du ciel  (6 épisodes de 55 minutes), créée par Jean-Louis Lignerat et réalisée par Claude-Jean Bonnardot, est diffusée sur TF1 à partir de septembre 1980. Elle oppose deux types d’émancipation féminine incarnés dans deux personnages différents, alors qu’Édouard Dabert (Bruno Pradal) poursuit son chemin au sein des compagnies aériennes qui se mettent en place dans les années 1920-1930. L’importance toute nouvelle de ces rôles féminins semble tirer les conséquences de l’émergence du mouvement féministe des années 1970 qui s’achèvent.

D’un côté, Joséphine (Christine Laurent), veuve d’Étienne, pilote de chasse mort pendant la Grande guerre, travaille d’abord pour les actualités cinématographiques. Mais, marchant dans les traces de son défunt mari, elle obtient bientôt son brevet de pilote. Cependant, après, elle suit une voie originale. Comme elle le confie à Édouard, elle ne veut pas se remarier « je ne veux plus dépendre d’un homme », rejoignant les propos des aviatrices bien réelles Maryse Bastié : « mon entourage me trouve monstrueuse de préférer mon zinc de métal à tout amour » ou Adrienne Bolland : « ce qui compte c’est la liberté. Dès qu’on avait décollé, on était maître après Dieu » (1). Joséphine s’attaque au record d’endurance, fait la rencontre de Petra (Michaela May), une aviatrice allemande, et les deux femmes naviguent sur la ligne Munich-Moscou.

De l’autre côté, Louise (Anne-Marie Besse), fille d’un riche industriel, séduit Julien Dabert (Daniel Rivière), le fils d’Édouard. C’est une jeune femme qui sait ce qu’elle veut : « et bien soit, j’ai envie de vous ». Son passé est quasiment mythique : elle aurait épousé un prince, divorcé un an après, conduit une ambulance sur le front, gagné le concours hippique de Deauville, acculé un colonel anglais au suicide et inventé un cocktail qui porte son nom !

Louise épouse Julien qui se fait embaucher par la compagnie « France-Orient » puis par l’« Aéropostale ». Mais Louise n’est pas passionnée par l’aviation, elle s’ennuie bientôt et divorce. Ce qui « libère » Julien et permet à la série de remettre de l’ordre en faisant correspondre sentiments amoureux et ambitions aériennes… et donc de réunir les deux pilotes, Julien et Joséphine. Il est également possible de voir la fin de la mini-série comme un passage de relai matérialisé par Julien quittant Louise pour Joséphine. Louise est une héritière qui vit une libération essentiellement sexuelle quand Joséphine doit gagner sa vie et vit une libération plus complète incluant donc sa dimension économique.

Marc Gauchée

1. Citées in Le ciel est à elles, documentaire de Valérie Manns, 2020.

À suivre : L’adieu aux as : la combattante

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Nous aussi…


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« Furie » et « Madame porte la culotte », deux des 25 films de procès dans le cinéma américain, chroniqués dans « L’Avant-scène cinéma »


L’Avant-scène cinéma n°680-681 de février-mars 2021 est consacré à Autopsie d’un meurtre d’Otto Preminger et présente notamment « 25 films de procès dans le cinéma américain » dont :

Furie (Fury) de Fritz Lang, 1936

 « Pendant la dernière demi-heure du film, 22 citoyens de la ville de Strand sont traduits en justice pour avoir lynché Joe Wilson en incendiant la prison où il était enfermé par erreur. Mais l’originalité de ce procès est double. D’abord l’unité de lieu est sans cesse perturbée par les allers-retours avec l’extérieur du tribunal. Ensuite la force des images s’impose aux témoignages et plaidoiries prononcés dans la salle d’audience... »

Madame porte la culotte (Adam’s Rib) de George Cukor, 1950

« Doris Attinger a tiré sur son mari Warren et sa maîtresse Beryl. Il n’a été que blessé mais Doris est jugée. Au tribunal, les époux Bonner se retrouvent face à face : Adam est le substitut du procureur et Amanda – prénom qui ressemble à ʺAdamʺ en verlan – est l’avocate de Doris… »

Retrouvez les deux articles de Marc Gauchée dans le numéro double de L’Avant-scène cinéma.

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Alors, vacciné?


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Le Prix « Papiers Nickelés »-SoBD à Juan Sasturain


            Malgré la situation pandémique et le report à décembre du SoBD, le prix Papiers Nickelés-SoBD a quand même été attribué et remis en direct sur le Net.

Dans une compétition serrée, ce prix récompensant le meilleur travail sur le dessin imprimé (bandes-dessinées, dessin d’humour et d‘actualité, affiche, illustration, gravure, imagerie) a été attribué aux entretiens que Juan Sasturain avait eus avec Alberto Breccia. Ce classique a enfin  été traduit en français aux éditions Rackham.

Juan Sasturain, gendre de Breccia, a pu réaliser de façon à la fois professionnelle et intime ce qui constitue une vraie autobiographie du géant de la BD argentine. Ce dernier, salué sans conteste par tous les dessinateurs du monde comme un des plus virtuose et des plus inspirants, a une œuvre considérable, avec des séries phares comme ‘’Mort Cinder’’, ‘’Perramus’’ ou ‘’L’Eternaute’’. Il a travaillé sur les meilleurs scénarios de Sasturain, mais aussi avec Hector Oesterheld et quelques autres, adaptant beaucoup de classiques littéraires.

L’ouvrage, un pavé après lequel il sera difficile d’ajouter grand-chose sur Breccia, était incontestablement un candidat parfait pour ce huitième prix, annoncé par Renaud Chavanne (directeur du SoBD) et Yves Frémion (rédacteur-en-chef de Papiers Nickelés). Hélas sans foule cette année pour applaudir le lauréat qui n’avait pu se déplacer depuis l’Argentine. Il lui sera remis prochainement la dotation du prix, une collection complète, reliée, de Papiers Nickelés, soit 67 numéros.

Papiers Nickelés

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La croisière ne s’amuse plus du tout


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