À la découpe…


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Heure bleue et rayon vert, à propos de l’exposition de Sandrine Rondard : « En attendant les lucioles »


On avait quitté la peintre Sandrine Rondard au milieu d’une nature faite de mystères et teintée d’inquiétudes, une nature gagnée aussi par une certaine mélancolie quand les enfants grandissent et que les adultes sont peu à peu exclus de leur monde. Avec cette nouvelle exposition (« En attendant les lucioles », du 2 juin au 15 juillet 2022, galerie Insula à Paris), l’artiste semble vouloir tourner la page et fait le choix du mouvement et de la lumière… tout en ne renonçant jamais à solliciter notre imagination – une de ses « marques de fabrique » – pour retrouver le récit représenté dans chaque toile.

Le choix du mouvement était déjà engagé dans ses travaux précédents, avec la série de triptyques qui changeaient les points de vue et les moments où les images étaient saisies. Mais, ici, le mouvement « saute » aux yeux, dans des formats plus modestes, il est pleinement assumé jusqu’à la décomposition des gestes en plusieurs images comme autant de libres interprétations de ce que firent en photographies, Eadweard Muybridge ou Étienne-Jules Marey.

Quant au choix de la lumière, il se matérialise dans la peau, les vêtements des personnages, le costume que fait virevolter la fille ou l’épée laser qu’agite le garçon. Ces éléments colorés sont encore relevés parce qu’ils se déroulent dans une nature « entre chien et loup ». Le texte accompagnant la présentation de l’exposition explique qu’il s’agit d’une lumière de crépuscule : les enfants profitent des derniers instants de luminosité en plein air avant d’aller se coucher. Soit.

Et si c’était l’aube ? Et si c’était la joie d’enfants célébrant le soleil qui se lève et la journée qui commence ? Le sujet ne serait plus, alors, cette mélancolie de les voir échapper à l’adulte, mais, au contraire, tout l’amour de la peintre pour ses enfants, plein de cette vitalité, là où, précisément, le mouvement et la lumière se rejoignent. Et tant pis, les lucioles peuvent attendre, elles aussi.

Marc Gauchée.

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Ô température, ô mores


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Les lendemains qui chantent (6/6)… et fin


Cette série propose des « sequels », c’est-à-dire des « œuvres qui utilisent des éléments visuels, sonores ou dramatiques d’une autre œuvre créée précédemment ». Comme un premier karaoké de création, il s’agit de réécrire le texte d’un passage, de quelques couplets voire de la chanson en entier sans en modifier les règles d’écriture (rimes, couplets, refrains) de telle sorte à pouvoir être chantée sur la même musique. Cette réécriture devra s’efforcer (dans cet ordre) de respecter les règles d’écriture de la chanson originale ; d’avoir du sens et d’être drôle, ce qui serait un plus. Bref cette série tente de répondre à quelques questions essentielles, telles que : l’a-t-il enfin emmenée danser ce soir ? Ou encore le téléphone continue-t-il à pleurer ?

Sur l’air de « Emmène moi danser ce soir », Michèle Torr, François Valéry et Jean Albertini, 1978

Aujourd’hui ça fait douze ans que nous sommes mariés
Je t’ai donné de beaux enfants tu sais
Et après les années où tu m’as trompé
Je n’ai fait que m’emmerder

Mais ce soir j’ai envie de retourner le sablier
De me faire belle pour moi et recommencer
Tes excuses, tes restos, tes bijoux et tes bouquets
Tu sais où tu peux t’les fourrer

[refrain]

M’emmène plus danser ce soir
J’aime mieux les jours passés sans te voir
Tu m’fais la cour qu’entre deux séminaires
Ce qui a le don de m’mettre sur les nerfs

M’emmène plus danser ce soir
Restons en là, c’est même mon seul espoir
Y’a qu’ta carte bleue qui dit « Michèle je t’aime »
Égoïstement, tu es resté le même

[parlé]

Il n’y a plus que tes collègues et ton boulot qui comptent pour toi
Et j’ai l’impression que tu ne vois en moi qu’une femme te restant sur les bras
Je ne t’ai jamais demandé de me couvrir de cadeaux quand t’étais à la bourre,
Mais de donner de temps en temps une preuve d’amour

Et ce soir je voudrais pour une fois me retrouver
Partir après avoir presque tout balancé :
Ton fauteuil, ton journal et moi je garde la télé
Maintenant, je vais m’éclater

[refrain]

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Astrologie


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Nicole Maurey et quelques autres actrices dans « Ciné-Revue » en 1958


Nicole Maurey (1925-2016) est une actrice française de l’après-guerre qui connut une période hollywoodienne à partir de 1953. La couverture du n°36 de Ciné Revue (1) du 8 septembre 1958 lui est consacrée… avec un décolleté profond, mais désamorcé dans les limites de l’acceptable pour une publication « grand public » vendue en kiosque. La poitrine est donc réduite, comme écrasée, et l’entre-deux-seins est flouté pour en atténuer le dessin et ramener le regard des lecteurs vers le visage de la comédienne. Une comparaison avec les photographies présentées à l’intérieur de la revue permet de mesurer ces retouches d’atténuation.

Ciné Revue a été créé en 1944, le magazine s’est intéressé au théâtre et au cinéma, puis seulement au cinéma, pour se concentrer ensuite sur le cinéma et la télévision. Les photographies d’acteurs, d’actrices et de stars occupent une place plus importante que le rédactionnel. Il semble même que le rédactionnel soit produit en fonction des photographies, l’image primant sur le discours.

Mais revenons à Nicole Maurey qui, outre la couverture, bénéficie de deux pages rédigées par Sylvette Mauduy, pour répondre à la question « Française à avoir le mieux réussi à Hollywood, Nicole Maurey répond à notre question : que faut-il à une Française pour plaire aux Américains ? » L’actrice explique que tout commence à la descente d’avion : « d’abord, vous saluez largement de la main, avec le sourire ʺcheeseʺ. Puis vous vous asseyez en relevant votre jupe un peu plus haut que le genou. Alors, vous avez gagné la partie ». Marilyn Monroe a également raconté comment, lors de l’une de ses premières grandes auditions, elle avait dû relever sa robe. Elle avait obtenu un rendez-vous avec un cadre d’Hollywood : « C’était un samedi et il n’y avait pas un chat dans ces studios. J’aurais dû me méfier, mais j’étais naïve à bien des points de vue. Bref, je trouve mon homme qui me conduit dans un bureau. Nous étions seuls. Il me tend un scénario en disant que je devrais faire l’affaire pour un rôle, mais qu’il faut voir. Sur quoi, il me demande de lire le rôle, tout en insistant pour que je relève ma robe et que je la garde comme ça. C’était en été et j’avais un maillot de bain sous ma robe. Mais comme il répétait : ʺPlus haut !ʺ J’ai pris peur et, toute rouge, je me suis entêtée de mon côté : ʺSeulement si je garde mon chapeau !ʺ C’était idiot, mais j’avais vraiment peur et j’étais désespérée. Je devais être ridicule, assise là et cramponnée à mon chapeau » (2). Nicole Maurey continue son décryptage des mœurs d’Outre-Atlantique : « à moins qu’on vous demande de descendre de l’avion Paris-New York en maillot de bain ». Cette demande lui avait en effet été adressée, car, le même jour, Grace Kelly épousait le prince Rainier de Monaco, la concurrence médiatique était donc rude ! L’autrice de l’article précise également : « dès qu’elle arriva à Hollywood, les amis lui demandèrent de poser en pin-up girl ». Une photographie vient ainsi opportunément illustrer la « pose ».

Quant aux autres actrices françaises, on apprend que les Américains leur ont surtout demandé de croiser une attitude mêlant sexe et innocence bien dans la mentalité de l’époque d’après-guerre (et pré-mai 1968) : Brigitte Bardot incarne donc « la perversité ingénue » ; Christine Carère est « un certain sourire rêveur de fausse ingénue » quand Leslie Caron est « l’ingénuité piquante » et Noëlle Adam « l’ingénuité perverse ». Etchika Choureau fait preuve de « la sincérité du regard dans une personnalité légère ʺà la Françaiseʺ » ; Zizi Jeanmaire représente « la piquante insolence du ʺgamin de Parisʺ » et Dora Doll « un sex-appeal sans complication et sans fard » !

Dans la lignée des années 1940, les années 1950 poursuivent ainsi l’exploitation de la figure de la pin-up : « une fille simple, saine, au visage presque enfantin, mais aux attributs sexuels très marqués : seins en obus, jambes interminables, taille de guêpe, fesses hautes. Beauté occidentale aux poses suggestives, elle est sexy mais reste chaste, surprise à son insu dans des situations qui découvrent ses dessous et son anatomie. Elle ne dévoile pas son corps volontairement. Et le voyeur l’est par hasard, sans intention de sa part. Ces mises en scène, qui se caractérisent par l’humour et l’improbabilité des situations, permettent d’érotiser la femme sans en faire un sujet sexuel actif, en lui conservant fraîcheur et naïveté » (3). C’est d’ailleurs pour ne pas avoir compris que la femme ne devait jamais être « un sujet sexuel actif », que Simone Silva choqua les Américains et ne réussit jamais à faire carrière aux États-Unis : en 1957, lors du Festival de Cannes, l’actrice avait enlevé son soutien-gorge – cachant pourtant ses seins avec ses mains – pour se laisser photographier avec Robert Mitchum (4).

Marc Gauchée

_______________

1. Merci à Dominique Paquet qui m’a offert ce numéro.
2. Marilyn Monroe, entretien avec Georges Belmont, Marie-Claire, octobre 1960.
3. Camille Favre, « La pin-up, érotisme et patriotisme américain durant la Seconde Guerre mondiale », Inflexions 2018/2 (N° 38).
4. Marc Gauchée, « Festival de Cannes : ʺCouvrez ce sein que je ne saurais voirʺ », cinethinktank.wordpress.com, 21 mai2014.

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Le voisin bruyant du dessus


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Les lendemains qui chantent (5/6)


Cette série propose des « sequels », c’est-à-dire des « œuvres qui utilisent des éléments visuels, sonores ou dramatiques d’une autre œuvre créée précédemment ». Comme un premier karaoké de création, il s’agit de réécrire le texte d’un passage, de quelques couplets voire de la chanson en entier sans en modifier les règles d’écriture (rimes, couplets, refrains) de telle sorte à pouvoir être chantée sur la même musique. Cette réécriture devra s’efforcer (dans cet ordre) de respecter les règles d’écriture de la chanson originale ; d’avoir du sens et d’être drôle, ce qui serait un plus. Bref cette série tente de répondre à quelques questions essentielles, telles que : l’a-t-il enfin emmenée danser ce soir ? Ou encore le téléphone continue-t-il à pleurer ?

Sur l’air de « Pour le plaisir », Herbert Léonard, Vline Buggy, Claude Carmone et Julien Lepers, 1981

Pour se faire du bien
Et pour réussir
Rencontrer son patron dans la rue et se dire
Quelle aubaine !
Vouloir aller plus loin
Et pour réussir
En pensant amplement lui sourire

Pour réussir
Baisser son froc juste ce qu’il faut
Devant son chef ou son dirlo
Un rond-de-cuir

Pour réussir
S’offrir tout ce qui a un prix
Accepter de bien se dédire
Se contredire

Pour réussir
Se faire traiter de veau
Pour leur plaisir
Préférer changer trois fois de peau et médire
Sur demande

Avoir devant son roi
Triqué comme un fou
Et un soir débander d’un seul coup

Pour réussir, obéir à toute sommité
Prendre la vie de leur côté et s’abrutir
Pour réussir
Pour réussir
On doit souvent ne pas faire cas
Couleuvres, boas, anacondas
Et déglutir

Pour réussir
Oublier qu’on s’était promis
De ne jamais être soumis
Et se maudire
Pour réussir

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L’essentiel est de tourner, comme dit Claude Lelouch


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[La scène qui déchire] Le traitre démasqué par l’abattant


Hell Squad (de Kenneth Hartford, 1985) raconte la mission d’un commando dirigé par Jan (Bainbridge Scott), experte en arts martiaux, et composé de 8 danseuses de cabaret (Maureen Kelly ; Penny Prior ; Lisa Nottingham ; Kathy Jinnett ; Loren Chamberlain ; Kimberly Baucum ; Madeline Parquette et Tina Lederman). Leur mission consiste à aller délivrer le fils d’un diplomate américain kidnappé par des terroristes qui veulent obtenir les plans de la bombe à neutrons.

Le scénario est aussi improbable qu’irréaliste. Parce que le prétexte du choix des show girls est de profiter de leur tournée pour mener des investigations sans attirer l’attention ! Parce qu’aussi les  8 show girls sont transformées en invincibles combattantes après seulement 10 jours d’entrainement. Elles font leur spectacle le soir puis partent mener des attaques contre plusieurs positions ennemies sans trouver l’otage. Finalement prisonnières elles-mêmes d’un cheik qui, fin limier, a fait le lien entre les spectacles et les attaques, elles réussissent quand même à s’évader (notamment parce que le cheik marche sur la queue du tigre qu’il avait fait amener pour terroriser le commando féminin !) et à obtenir le lieu de détention du fils du diplomate qu’elles délivrent. Bref tout est bien qui finit bien et c’est là qu’intervient la scène qui déchire.

Alors que les filles sont félicitées par les autorités américaines qui leur remettent les sommes promises pour leur exploit, Jan explique qu’elle pense qu’il y a une taupe dans le camp américain. La cheffe du commando désigne alors la secrétaire de l’ambassadeur, oui, car la secrétaire porte un masque et est, en fait, un homme !

Jan explique qu’elle l’avait deviné, car quand la « secrétaire » était allée aux toilettes pour dames, il avait laissé l’abattant relevé. CQFD.

Marc Gauchée

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La vieille femme et la paire


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Alice Arno et Jess Franco : l’autre comtesse aux pieds nus (3/3)


Parmi les 12 films qu’Alice Arno a tourné avec le réalisateur espagnol Jess Franco, elle a de grands rôles, voire le rôle principal, dans quatre : Les Amazones de la luxure ; Plaisir à trois ; Les gloutonnes et Les croqueuses.

Les Amazones de la luxure est « un film de voyeurs à l’usage des voyeurs », (1). Il faut dire que l’expédition de Maciste (Wal Davis) au pays des Amazones relève d’un tourisme sexuel tout azimut : dès son arrivée, la reine des Amazones, interprétée par Alice Arno, s’éprend du « bô » Maciste en le regardant faire l’amour à chacune des trente-deux Amazones et, à la fin, Maciste épuise sexuellement la reine et sa servante, est désigné roi des Amazones mais renonce au trône et préfère rentrer chez lui ! Même si le mythe des Amazones est respecté puisque ces femmes fortes et guerrières sont toujours vaincues par un héros à la fin, ce film « relève plus de la franche poilade érotico-jubilatoire que du film d’aventures ʺpéplum styleʺ » (1).

Alice Arno endosse le rôle d’une autre souveraine dans Les gloutonnes : elle est Arminda, la reine des Atlantes : « nous sommes les descendantes d’une des plus vieilles civilisations de la Terre ». Ces Atlantes sont les femmes « les plus voluptueuses et les plus charnelles de la Renaissance » et sont surnommées les gloutonnes à cause de leur appétit sexuel. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes pour elles si deux esprits maléfiques (Kali Hansa et Robert Woods) ne cherchaient pas à détruire leur royaume. Maciste (Wal Davis) est envoyé par le magicien Cagliostro (Howard Vernon) pour les sauver et il commence par coucher avec Arminda, ce qui fait dire à Cagliostro : « ce Maciste ne pense qu’aux fesses ! ». Finalement, Arminda est tuée par les esprits maléfiques que Maciste met hors d’état de nuire trop tard. Le film est entrelardé d’inserts hard. Dans l’un d’entre eux, Alice Arno fait une fellation à un homme qui ne bande pas, ce qui était fréquent dans les films pré-pornographiques. Emmanuel Levaufre ajoute même qu’« ici, cela a du sens » (2), car cela illustre l’insatisfaction sexuelle des personnages féminins.

Dans Plaisir à trois et Les croqueuses, Alice Arno interprète des rôles beaucoup plus sombres et plus réussis aussi. Elle est la méchante qui meurt toujours à la fin. Dans Plaisir à trois, elle est donc la riche et perverse Martine de Bressac (Alice Arno) meurtrière qui a échappé à la prison grâce à l’intervention de son mari. Elle retrouve son manoir avec son musée des suppliciés au sous-sol. Ces suppliciés sont des victimes abusées sexuellement, parfois torturées puis empoisonnées pour finir figées et naturalisées. Martine et son mari, Charles de Bressac (Robert Woods), convoitent Cécile (Tania Busselier), leur voisine de 21 ans. Après plusieurs péripéties érotiques, Martine va trouver plus pervers qu’elle. En effet Charles et Cécile – qui est sa maîtresse – la piègent, la ligotent et lui injectent le poison fatal avant de l’abandonner. Martine reste ainsi seule, au milieu de son musée des suppliciés, attendant la mort.

Mais c’est dans Les croqueuses qu’Alice Arno reste dans les mémoires. Jess Franco a reconnu l’excellence de sa prestation : « il y a Alice Arno qui est extraordinaire et qui joue formidablement bien un rôle taillé sur mesure pour Janine Raynaud (3) ou une comédienne au visage beaucoup plus dur que le sien. Elle incarne un personnage très sadien » (4). Pour Alain Petit, c’est « un chef-d’œuvre absolu » et « Alice Arno trouve sans doute dans le personnage d’Ivana Zaroff le plus beau rôle de sa carrière. Le plaisir qu’elle prend à incarner la diabolique chasseresse est évident, et chacune de ses interventions est remarquable »  (1).

Elle est la Comtesse Ivana Zaroff vivant sur une île avec son mari, le comte Rabor (Howard Vernon). Un couple de rabatteurs, Tom et Moïra (Robert Woods et Tania Busselier), installé dans une villa sur la côte leur envoie, à intervalles réguliers, une jeune femme, chair fraiche d’abord violée puis lâchée nue sur l’île avec la comtesse à ses trousses armée d’un arc. La victime meurt  immanquablement d’une des flèches décochée par la comtesse et finit dans les assiettes du couple, préparée par le comte affublé du titre de « maître rôtisseur ». L’histoire est ainsi librement inspirée du film de 1932, Les chasses du comte Zaroff (5).

Mais le jour où Tom tombe amoureux de la prochaine victime, Silvia (Lina Romay), tout se dérègle : à l’issue d’une chasse sur l’île, la comtesse parvient à tuer Sylvia, mais Tom transperce également d’une flèche la comtesse. Ce qui, au final, ne plonge pas Rabor, son époux, dans un deuil inconsolable. Le comte dévore des yeux le corps inerte de la comtesse en se promettant de le dévorer plus concrètement : « j’ai attendu très longtemps ce moment mon amour. Tu seras pour moi le meilleur repas de ma vie ».

***

Il y a plusieurs façons d’aborder les films réalisés par Jess Franco dans lesquels joue Alice Arno. La première est de les intégrer dans la filmographie de l’actrice, particulièrement marquée par les genres mêlant érotisme et horreur et, du coup, de n’y voir qu’une « trop terne carrière » d’où émergent cependant quelques rares longs-métrages (1). La deuxième est de les considérer comme de simples produits de l’époque : les écrans se libéraient et « des films de moindre qualité, au titre alléchant à la limite de l’escroquerie, tournés avec quatre bout de Chatterton et une dizaine de paires de fesses, sortaient des petites salles cradingues spécialisées pour atterrir dans les grandes salles familiales des casinos, à la mer comme à la montagne » (6). La troisième est de n’y voir qu’un spectacle visuel en adoptant le regard intéressé et fasciné de Jess Franco. Le réalisateur espagnol évoquait « Alice Arno qui a un talent fou et dont le sexe, le système pileux, sont d’une beauté étonnante, fascinante » (7). La dernière est de voir ces films comme participant à l’expression de la liberté et surtout d’accorder cette liberté à celle qui disait, en 1975, que, malgré les recettes générés par certains de ses films, « je suis toujours aussi mal payée » (8). Lui accorder sa liberté comme elle sut la prendre en quittant le cinéma lorsqu’il devenait uniquement pornographique. On affirma alors qu’elle avait acheté une villa dans le Sud de la France pour y vivre nue… D’autres suggérèrent qu’elle avait émigré en Amérique latine.

Marc Gauchée

____________________

1. Alain Petit, Jess Franco ou les prospérités du bis, éditions Artus film, 2015.

2. Emmanuel Levaufre in Dictionnaire des films français pornographiques et érotiques, Christophe Bier (dir.), Serious Publishing, 2011.

3. Janine Raynaud a joué dans trois films de Jess Franco : Necronomicon – Geträumte Sünden en 1968 et Rote Lippen – Sadisterotica et Rote Lippen – Küss mich, Monster en 1969.

4. Entretien réalisé le 5 janvier 1974 cité par Alain Petit, Jess Franco ou les prospérités du bis, éditions Artus film, 2015.

5. Les chasses du comte Zaroff (The Most Dangerous Game) d’Ernest B. Schoedsack et Irving Pichel, 1932.

6. Tony Crawley et François Jouffa, L’Âge d’or du cinéma érotique et pornographique, 1973-1976, Ramsay, 2003.

7. Jess Franco, entretien avec Britt Nini, Sex Stars System, n°1, avril 1975.

8. Alice Arno, entretien par P.E.G., Sex Stars System, n°1, avril 1975.

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Élections présidentielles: un an de campagne résumé en 3 chansons


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Culture savante et culture populaire


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Les lendemains qui chantent (4/6)


Cette série propose des « sequels », c’est-à-dire des « œuvres qui utilisent des éléments visuels, sonores ou dramatiques d’une autre œuvre créée précédemment ». Comme un premier karaoké de création, il s’agit de réécrire le texte d’un passage, de quelques couplets voire de la chanson en entier sans en modifier les règles d’écriture (rimes, couplets, refrains) de telle sorte à pouvoir être chantée sur la même musique.

Cette réécriture devra s’efforcer (dans cet ordre) de respecter les règles d’écriture de la chanson originale ; d’avoir du sens et d’être drôle, ce qui serait un plus. Bref cette série tente de répondre à quelques questions essentielles, telles que : l’a-t-il enfin emmenée danser ce soir ? Ou encore le téléphone continue-t-il à pleurer ?

Sur l’air de « La ballade des gens heureux », Gérard Lenorman et Pierre Delanoé, 1975

Tu te terres et tu te caches
Car toi aussi tu flippes un peu
Je viens te servir la rasade
La rasade des gens peureux
Je viens te servir la rasade
La rasade des gens peureux

Tu vouvoies les flics, les gendarmes
Mais tu dis « tu » à tous les rebeux
Je viens te servir la rasade
La rasade des gens peureux
Je viens te servir la rasade
La rasade des gens peureux

Journaliste à chaque comptoir
Tu peux défier tous ceux que tu veux
J’t’offr’une tournée de minable
La rasade des gens peureux
J’t’offr’une tournée de minable
La rasade des gens peureux

Ton chien aboie sur ceux qui passent
On se rassure comme on peut
Je viens te servir la rasade
La rasade des gens peureux
Je viens te servir la rasade
La rasade des gens peureux

Elle t’endort et tu la regardes
C’est ta télé, elle te ressemble un peu
Elle vient te servir la rasade
La rasade des gens peureux
Elle vient te servir la rasade
La rasade des gens peureux

Toi le faf à la minivague
Relève ta mèche tu verras mieux
On vient te servir la rasade
La rasade des gens peureux
On vient te servir la rasade
La rasade des gens peureux

Roi de l’alarme et de la ratonnade
Chauffard flambeur ou si poli haineux
On vient te servir la rasade
La rasade des gens peureux
On vient te servir la rasade
La rasade des gens peureux

Comme celle qui reste en rade
Comme celui qui fait où il peut
Tu viens te servir la rasade
La rasade des gens peureux
Tu viens te servir la rasade
La rasade des gens peureux

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C’est gonflé!


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Alice Arno et Jess Franco : l’autre comtesse aux pieds nus (2/3)


Alice Arno est au générique de 12 films de Jess Franco, réalisateur qui définissait son œuvre autant prolixe que marginale ainsi : « pour moi, le cinéma bis, c’est le cinéma qui prétend seulement avec un film faire un spectacle de foire qui se termine lorsqu’apparaît sur l’écran le mot ʺfinʺ. Pour moi, le cinéma, c’est comme le cirque, c’est un show, c’est comme le music-hall, et sans autre prétention » (1).

Alice Arno fait partie de ces actrices spécialisées dans les films de Jess Franco et de ses producteurs, Eurociné et le Comptoir français de productions cinématographiques (CFPC), même si elle n’atteint pas le nombre de films de deux autres actrices plus récurrentes encore, Monica Swinn et, bien sûr, Lina Romay.


Titres (autres titres : ressorties, vidéos…)
Années de sortie (années de production)Personnages interprétés par Alice Arno
Christina princesse de l’érotisme (Une vierge chez les morts-vivants)15 novembre 1973 (1971)Uniquement dans un insert érotique
Les Amazones de la luxure (Maciste contre la reine des Amazone)15 mai 1974 (1973)La reine des Amazones
Plaisir à trois19 juin 1974 (1973)Martine Bressac
Eugénie (Eugénie de Sade)12 février 1975 (1970)Mannequin
Les avaleuses (Jacula ; La comtesse noire ; La comtesse aux seins nus ; Femmes vampires)7 mai 1975 (1973)La servante Maria de la comtesse noire
Les Nuits brûlantes de Linda  (Caresses de chattes ; Les petites filles sauvages)16 juillet 1975 (1974)Marie-France Bertrand
Les gloutonnes (Les exploits érotiques de Maciste dans l’Atlantide ; Maciste et les gloutonnes ; Les vierges de l’Atlantide)6 août 1975 (1973)Arminda, la reine des Atlantes
Le Miroir obscène3 septembre 1975 (1973)Carla
Les croqueuses (La Comtesse aux seins nus ; La comtesse perverse)10 décembre 1975 (1973)La comtesse Ivanna Zaroff
Surboums pornos (Une Cage dorée ; Razzia sur le plaisir ; Razzia sur le sexe ; Des filles dans une cage dorée)1er juin 1977 (1975)La complice de Winter
Des frissons sous la peau (Le chemin solitaire ; Frisson sous la peau ; Tendre et perverse Emmanuele ; Dernier frisson ; Derniers frissons)27 juin 1979 (1973)Yvonne, tenancière de bar
Kiss Me Killer (Embrasse-moi ; Embrasse-moi… et fais-moi l’amour ; Passeport pour un tueur)5 mars 1980 (1973)Linda

Source : Christophe Bier (dir.), Dictionnaire des films français pornographiques et érotiques, Serious Publishing, 2011.

Sa plus fugace apparition est dans Christina princesse de l’érotisme. Le film raconte l’histoire de Christina Benson (Christina von Blanc), une jeune fille qui retourne dans le château de sa famille après le suicide de son père et découvre que tous les membres de sa famille sont des morts-vivants aux ordres de la reine des ténèbres (Anne Libert). C’est « un des films les plus intelligents, les plus originaux et les plus attachants de son auteur » (2), mais c’est aussi un film détourné par son producteur, Eurociné, avec des inserts érotiques. « La potelé Alice Arno » (2) figure ainsi dans l’un de ces inserts : un rêve d’orgie des siècles passés (3).

Dans  Eugénie, Alice Arno joue le rôle d’une mannequin. Elle accepte de faire des photographies pour Eugénie Radeck (Soledad Miranda) et son père, l’écrivain, Albert de Franval (Paul Muller) qui entretiennent une relation incesto-meurtrière : « j’aime te voir nue, tu es faite exactement comme était ta mère ». Eugénie et Albert ajoutent 100 francs aux tarifs de la mannequin pour obtenir des mises en scène avec chaînes et peinture rouge… Jusqu’à ce qu’Eugénie l’étrangle avec une tenaille. Ce ne sera pas la dernière fois qu’Alice Arno meurt à l’écran : le cinéma de genre érotique est un cinéma violent et particulièrement envers les femmes, souvent victimes de tueurs en série (« slashers ») ou de tortionnaires (« torture porn »).

Dans plusieurs seconds rôles, Alice Arno a donc interprêté des victimes plutôt sympathiques. Dans Des frissons sous la peau, elle est cette tenancière de bar, Yvonne, qui abat un truand, Richard Scary (Antonio Mayans). Malheureusement le truand a le temps, avant de mourir, de la tuer. Dans Kiss Me Killer, elle est Linda, l’épouse de Freddy Carter (Alberto Dalbes), compositeur de jazz et trafiquant de drogue laissé pour mort par son traitre de complice, Fougère (Francisco Acosta). Une fois que Fougère s’est transformé en riche armateur, il a épousé Linda qui se croit donc veuve. Quand Freddy réapparaît, Linda apprend la vérité et livre l’armateur à la police. Mais Fougère l’abat avant d’être également abattu. Côté moins victime, mais toujours sympathique, dans Les Nuits brûlantes de Linda, elle est Marie-France Bertrand qui renonce à un emploi de nurse chez les Radeck après avoir rêvé à cette famille entre violences, viols, coucheries  et meurtres.

Dans Le Miroir obscène, Alice Arno est Carla, une amie d’Annette (Emma Cohen) hantée par sa sœur Marie (Lina Romay) qui s’est suicidée à l’annonce de son mariage, ne supportant pas que sa sœur lui échappe ! Annette est harcelée et excédée par le fantôme de sa sœur, Carla la sauve du suicide puis l’emmène en vacances pour lui changer les idées.

Côté moins victime et moins sympathique, dans Surboums pornos, elle est la complice du proxénète Winter (Roger Darton) et elle n’hésite pas à violer la prostituée Marie Lebeuf dite Marina Maillot (Évelyne Scott). Elle est sans doute arrêtée avec Winter à la fin… L’incertitude quant au sort du personnage interprété par Alice Arno s’explique, car Surboums pornos est un film de montage mal-ajustant des séquences d’autres films (« stock-shots »), dont celles tirées de Razzia sur le plaisir de Marius Lesoeur et augmentées de scènes additionnelles tournées par Jess Franco (4). Enfin, dans Les avaleuses, Alice Arno est Maria, la servante de la comtesse Irina Karlstein (Lina Romay), dernière descendante muette d’une famille de vampires au destin tragique : elle tue immanquablement ses partenaires avant d’atteindre l’orgasme ! Et Maria est une servante très particulière : elle joue aux échecs avec une aristocrate qui lui ordonne de flageller sa maîtresse. Après avoir déshabillé la comtesse et lui avoir assené quelques coups, Maria se retourne contre l’aristocrate qui est livrée à l’appétit fatal de la comtesse !

Les avaleuses est l’un des films dont Jess Franco était le plus fier : « Il y a deux films qui me semblent plus intéressants que les autres du point de vue création, originalité et liberté. Je ne parle pas du côté technique. Ce sont mes deux comtesses » (1), il  s’agit des Avaleuses titré également La comtesse noire et des Croqueuses titré également La comtesse perverse.

À suivre.

Marc Gauchée

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1. Entretien réalisé le 5 janvier 1974 cité par Alain Petit, Jess Franco ou les prospérités du bis, éditions Artus film, 2015.

2. Alain Petit, Jess Franco ou les prospérités du bis, éditions Artus film, 2015.

3. Edgard Baltzer in Dictionnaire des films français pornographiques et érotiques, Christophe Bier (dir.), Serious Publishing, 2011.

4. Christophe Bier in ibid.

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Spécial copinage: « La Revue écossaise »


Si vous avez envie d’aller au-delà de l’Écosse comme on vous la ressasse avec son monstre tapi au fond d’un Loch et des hommes en kilt qui soufflent dans des cornemuses quand ils ne font pas des concours de jet de troncs d’arbre… alors cette revue est faite pour vous !

Comme le dit l’équipe de création: « La Revue Écossaise » est francophone et « à mi-chemin entre le livre et le magazine pour vous parler de l’Écosse, tous les six mois« , « pour vous faire voyager et réfléchir à travers le flot de pensées qui affluent depuis l’Écosse« , nation dont la principale singularité n’est pas seulement son chemin vers l’indépendance, ni d’avoir voulu rester dans l’Union européenne quand le reste du pays se « brexcitait ».

Tout est expliqué dans l’appel au financement participatif sur Kisskissbankbank, s’y abonner, c’est recevoir deux fois par an à partir de l’été 2022 un (gros) contenu « d’articles, de reportages, de récits visuels et de délicieux poèmes« .

Et, bien sûr, comme tout financement participatif, il y a des contreparties, allez les découvrir (vous verrez, c’est mieux et même plus utile que le dégivreur offert par Carglass).

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Alice Arno et Jess Franco : l’autre comtesse aux pieds nus (1/3)


Alice Arno ? Ce nom ne vous dit peut-être rien, mais Marie-France Broquet – c’est son vrai nom – née en 1946, a pourtant tourné dans une cinquantaine de films. Certes, essentiellement des long-métrages érotiques, ignorés ou oubliés du public et méprisés par la critique. Parmi ces films, elle joua dans 12 réalisés par Jess Franco. Ce qui est peu quand on rapporte cette douzaine au nombre de films attribués au réalisateur espagnol, nombre que même la Cinémathèque française est incapable de donner avec précision, se contentant d’indiquer : « près de deux cents films » (1) lorsque l’institution cinéphilique lui consacra un cycle en 2008.

L’oubli d’Alice Arno s’explique pour plusieurs raisons en ce qui concerne ses collaborations avec le réalisateur espagnol. D’abord parce que Jess Franco s’est consacré aux films de genre (horreur, fantastique et érotique) à petits, voire très petits budgets si bien que même ses admirateurs évitent de trancher : « lorsque l’on vient de voir un film de Jesus Franco, on se demande souvent si l’on a assisté à la supercherie du siècle ou à un chef-d’oeuvre… » (2). Ensuite parce que Jess Franco est plus connu pour son compagnonnage privé et cinématographique avec Soledad Miranda et, surtout, Lina Romay au cours de près d’une centaine de films. Enfin, parce qu’Alice Arno, si elle a un parcours d’actrice érotique, refusa la pornographie hardcore au tournant des années 1970-1980, mettant ainsi fin à sa carrière : « si on m’oblige à tourner des scènes que je ne veux pas faire, si on ne fait plus que du cul, si le jeu est absent : je laisserai tomber » (3). Bref Alice Arno cumulait plusieurs handicaps : elle était associée à un réalisateur plus souvent célébré pour la quantité que la qualité de sa production et elle se spécialisa dans les films de fesses mais a quitté un milieu dont l’évolution ne lui convenait pas. D’ailleurs, dans l’ouvrage que Stéphane de Mésnildot consacre au cinéaste espagnol, si l’auteur loue à plusieurs reprises l’actrice, l’index final ne comprend pas d’entrée « Alice Arno » (4).

La carrière d’Alice Arno avait commencé à la fin des années 1960 lorsqu’elle posait comme mannequin : « j’ai fait des photos pour des copains et j’ai posé pour des revues naturistes » (5). Elle revendique une nudité sans complexe et les quelques entretiens qu’elle donne reviennent ainsi toujours sur sa culture naturiste  : « je me ballade toute nue depuis que je suis toute petite. Toute la famille est naturiste ; alors je ne me rappelle plus tellement la première fois où je me suis promenée nue » (3) ; « Je suis naturiste depuis toujours » et « tout le monde sait que je suis naturiste, que je me promène nue pendant trois mois de l’année » (5). Sa sœur, Chantal Broquet, également comédienne, peut même préciser : « elle est toujours bronzée… et elle n’a pas de marques : c’est inutile de la maquiller » (3).

En 1973, le côté naturiste vient atténuer le côté sulfureux de ses films et la journaliste de Ciné Revue la décrit donc comme une « grande fille blonde, belle », « une fille saine » à l’« élégante silhouette » (5) ! Mais en 2015, Alain Petit, dans son ouvrage moins « grand public » et plus cru (6), voit Alice Arno comme une « starlette blonde », une « belle de chair » dotée de « formes généreuses ».

À suivre.

Marc Gauchée

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1. Jean-François Rauger, « Fragments d’une filmographie impossible », cinematheque.fr, s.d.

2. Lucas Balbo, « L’univers pervers d’un cinéaste maudit », introduction de Jess Franco. Les Franco-folies…, éditions G. Noël, 1994.

3.Entretien par P.E.G., Sex Stars System, n°1, avril 1975.

4. Stéphane de Mésnildot, Jess Franco. Énergies du fantasme, éditions Rouge Profond, 2004.

5. Entretien avec Lyliane Bayle, Ciné Revue, n°17, 26 avril 1973, après la sortie de Justine de Sade de Claude Pierson où Alice Arno interprête le rôle-titre.

6. Alain Petit, Jess Franco ou les prospérités du bis, éditions Artus film, 2015.

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L’essentiel, c’est de pédaler


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Les lendemains qui chantent (3/6)


Cette série propose des « sequels », c’est-à-dire des « œuvres qui utilisent des éléments visuels, sonores ou dramatiques d’une autre œuvre créée précédemment ». Comme un premier karaoké de création, il s’agit de réécrire le texte d’un passage, de quelques couplets voire de la chanson en entier sans en modifier les règles d’écriture (rimes, couplets, refrains) de telle sorte à pouvoir être chantée sur la même musique. Cette réécriture devra s’efforcer (dans cet ordre) de respecter les règles d’écriture de la chanson originale ; d’avoir du sens et d’être drôle, ce qui serait un plus. Bref cette série tente de répondre à quelques questions essentielles, telles que : l’a-t-il enfin emmenée danser ce soir ? Ou encore le téléphone continue-t-il à pleurer ?

Sur l’air de « Le Déserteur », Boris Vian et Harold B. Berg, 1954

Monsieur de l’Élysée
Je vous fais un email
À sauver d’la corbeille
Si vous êtes connecté

Je viens de déchirer
Ma carte d’électeur
La vraie vie est ailleurs
Je ne veux pas crever

Pourquoi les Présidents
Finissent en camembert
Coulant dans les affaires
Toujours à nos dépens ?

Je sens que j’vais lâcher
Vous vous croyez trop beau
Tant pis pour votre ego
Je n’irai pas voter

Depuis que je suis grand
J’ai toujours dû me taire
Élire des grabataires
Puis passer pour un gland

J’ai déjà essayé
Le vote protestataire
Une bouteille à la mer
Tout ça n’a rien changé

Quand j’étais militant
Fallait que je me pâme
Devant vous, votre dame
Et tous vos courtisans

Alors dimanch’matin
Je rest’rai sous la couette
À faire quelques pirouettes
Et égarer mes mains

J’inventerai la vie
Dans les bras de ma belle
Des pieds jusqu’à sa tête
À se faire du bien

On ne veut plus pointer
Ni gueuler, ni se taire
N’allez pas nous la faire
On n’ira pas voter

S’il faut perdre son temps
Allez perdre le vôtre
Je ne suis pas des vôtres
Vous et vos prétendants

Avant d’vous présenter
Regardez les sondages
Vous n’avez plus de marge
On va tous se tirer

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Small is beautiful


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Jean-Paul Belmondo, traits pour traits


Des années 1960 jusqu’au milieu des années 1970, Jean-Paul Belmondo incarne un personnage d’aventurier désinvolte, charmeur et intrépide dans plusieurs films mis en scène par Philippe de Broca : L’homme de Rio en 1964 ; Les tribulations d’un Chinois en Chine en1965 ; Le magnifique en 1973 et L’incorrigible en 1975 (1). Pas étonnant que le jeune lieutenant de bandes-dessinées, Mike Blueberry, créé par Jean-Michel Charlier et Jean Giraud à partir de 1964 avec l’album Fort Najavo, ait comme un air de ressemblance.

Moins connu sont les « bandes-dessinées pour adultes », de petits formats et bon marché, qui racontèrent les aventures d’agents secrets ayant les traits de Jean-Paul Belmondo : il s’agit de Goldrake en 6 numéros de 1967 à 1968 publié par Les éditions de poche et de Goldboy en 100 numéros de 1971 à 1980 publié par Elvifrance (2). Les deux premiers  épisodes de chacune de ces séries – le n°1 de Goldrake paraît au 2ème trimestre 1967 et le n°1 de Goldboy intitulé « Femmes en danger de mort » paraît au  4ème trimestre 1971 – permettent de dresser le portrait de ces « Bébel » de papier.

La ressemblance entre les deux héros avec Jean-Paul Belmondo n’est pas le seul emprunt à la réalité cinématographique. Ainsi, dans « Femmes en danger de mort », Goldboy part en mission pour sauver, non des femmes, mais deux agents disparus dont James Bond… qui a les traits de Sean Connery.

Autre clin d’oeil : Goldrake et Goldboy, agents de la CIA, mènent leur enquête avec Ursula, autre agente de la CIA. Il est possible d’y voir une allusion au fait que Jean-Paul Belmondo venait de rencontrer Ursula Andress sur le tournage des Tribulations d’un Chinois en Chine et qu’ils formèrent un couple pendant plusieurs années.

Sinon, Goldboy comme Goldrake aiment le champagne… qui est toujours proposé par leurs ennemis : le Calamar géant, chef d’une bande qui complote contre l’Occident, offre à Goldrake du « Taittinger 59, la meilleure année » et Amanda, la complice du criminel professeur Pajettas, offre du Taittinger 1963 à Goldboy. Goldboy préfère d’ailleurs le champagne au whisky, il est surnommé « l’agent sexy n°1 », il est bronzé, se fait appeler « Monsieur le Comte » en public mais « commandant » en privé et  conduit une « puissante Lamborghini ». Il a aussi des talents artistiques puisqu’il sait jouer de la guitare. Quant à Goldrake, il se définit lui-même : « en dehors du service, je ne parle jamais travail, mais cigares, voitures, jolies filles et corps nus étendus au soleil… », ce qui provoque l’admiration de la secrétaire de son patron : « Ah ! Quel homme, quel homme ! ».

Outre ces goûts calqués sur ceux de l’agent 007, un autre point commun unissant ces héros testostéronés est le sort réservé aux héroïnes féminines.

Ainsi, quand Ursula est sans Goldrake, elle se débrouille excellemment : par exemple, elle couche avec un colonel chinois ennemi pour découvrir la base secrète de son chef, le fameux Calamar géant, et, quand elle est découverte, elle parvient à échapper à ses geôliers. Mais dès que Goldrake apparaît, c’est lui qui mène l’action : d’ailleurs il retrouve Ursula droguée et soumise par le Calamar géant et c’est lui qui organise son sauvetage. Alors qu’elle avait fait preuve d’initiatives, d’audaces et de combativité, elle n’a plus désormais qu’à obéir à Goldrake et à le suivre.

Dans Goldboy, Ursula, outre une scène d’action « érotique » où elle met le feu à sa nuisette dans une chambre d’hôtel pour échapper à un assaillant (!), est seulement appelée en renfort à la fin de l’aventure dans le repaire du professeur Pajettas. Ce « scientifique » transplante le cerveau de ses victimes dans celui de grands singes après que lesdites victimes aient été épuisées sexuellement et donc rendues inoffensives par sa complice Amanda : « Je vis le plus souvent toute seule ici pendant de longs mois… Les nuits y sont longues… Interminables… Ainsi quand j’ai la chance de rencontrer un homme aussi beau, aussi vigoureux que vous… ».

Il faut aussi noter le discours très post-colonial (la bande-dessinée date de 1967) que le Calamar géant adresse à Goldrake (dans les films de James Bond aussi, les super-méchants prennent toujours le temps d’expliquer leur stratégie) : « Vous êtes fini. Le monde désormais nous appartient. La civilisation futur tourne en notre faveur, comme au temps où les hommes de couleur dominaient le monde : Américains, Russes, Européens sont des espèces voués à disparaître ». 

Enfin, comme tout feuilleton, l’aventure s’achève sur un ultime rebondissement qui appelle une suite, mais au prochain épisode. Dans Goldrake, le Calamar géant s’est enfui en mini-sous-marin avant la destruction de sa base souterraine : « Je me vengerai, je le jure ». Dans Goldboy, Amanda, la femme fatale, et le professeur Pajettas prennent la fuite à la faveur de la confusion lors de l’incendie de leur repaire.

Marc Gauchée

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1. Georges Lautner prend le relai jusqu’au milieu des années 1980 avec Flic ou Voyou en 1979 ; Le Guignolo en 1980 ; Le Professionnel en 1981 et Joyeuses Pâques en 1984.

2. Christophe Bier, Pulsions graphiques. Elvifrance 1970-1992, éditions Cernunnos, 2018.

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Les lendemains qui chantent (2/6)


Cette série propose des « sequels », c’est-à-dire des « oeuvres qui utilisent des éléments visuels, sonores ou dramatiques d’une autre œuvre créée précédemment ». Comme un premier karaoké de création, il s’agit de réécrire le texte d’un passage, de quelques couplets voire de la chanson en entier sans en modifier les règles d’écriture (rimes, couplets, refrains) de telle sorte à pouvoir être chantée sur la même musique. Cette réécriture devra s’efforcer (dans cet ordre) de respecter les règles d’écriture de la chanson originale ; d’avoir du sens et d’être drôle, ce qui serait un plus.

Bref cette série tente de répondre à quelques questions essentielles, telles que : l’a-t-il enfin emmenée danser ce soir ? Ou encore le téléphone continue-t-il à pleurer ?

Sur l’air de « Le Téléphone pleure », Claude François, Jean-Pierre Bourtayre et Frank Thomas, 1974

Allo !
Écoute Maman n’est pas chez toi,
Il faut me dire : « Tonton, je suis toute à toi »

Ah ! C’est le dégueu de la dernière fois
Tu vas pas recommencer
Je sais bien que tu crains
Et ne me la fais pas, je te vois venir

Dis-moi, « mon tonton », dis-moi « c’est bien tentant
Et je me rends »

Dis, tu crois pas que t’es vraiment un grand crétin
Tu n’es qu’un vieillard salace
Quand j’t’entends dire tout bas : « Je te veux dans mes bras »

Raconte-moi comment t’es habillée ?
Mets-tu souvent ou parfois des t-shirts mouillés ?

Oh c’est dingue comme ça te travaille
Ça ne te regarde pas ma garde-robe
Je ne vais quand même pas te dire tout ce que je mets
Les autres le font peut-être, pas moi

Oh entends, comme je miaule
Je miaule depuis…

Bip, bip, bip…

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[Comme un écho] Des mimes au mimétisme


Space Zombie Bingo !!! est un film de George Ormrod de 1993. L’histoire est celle de zombies extraterrestres qui débarquent dans un cimetière pour envahir la terre, ils tuent, déterrent les morts, incendient les immeubles… Le major Bendover (William Darkow) a bien du mal à les combattre jusqu’à ce que le docteur Shiestkopt (Michael Wood) suggère d’employer « Solarnite », une arme développée en secret par l’armée. Le major et le général des forces armées se font donc conduire en voiture à vive allure vers la base militaire où l’arme est entreposée. Mais voilà que des manifestants pacifistes, grimés en mimes et hostiles à l’utilisation de Solarnite, barrent la route d’une banderole. Peu importe, le chauffeur des deux gradés appuie sur le champignon et franchit l’obstacle.

Cet épisode rappelle le passage de La cité de la peur (Alain Berbérian, 1994) lorsque le garde du corps Serge Karamazov (Alain Chabat) poursuit en courant le tueur de projectionnistes (Sam Karmann) sur la Croisette pendant le festival de Cannes. En effet, Serge doit effectuer un saut spectaculaire pour passer au-dessus d’une manifestation de mimes qui lui barrent la route en brandissant la banderole « Halte au cinéma parlant ».

L’écho entre les deux films ne se limite pas à ce goût pour les mimes revendicateurs puisque les zombies de Space Zombie Bingo !!! comme le tueur de La cité de la peur dissimulent leurs visages derrière des masques de soudeur… de modèles différents, certes.

Marc Gauchée

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Retour à la terre


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Air du temps et tabous dans les « James Bond » pornographiques français des années 1980


« Chaque sortie d’un nouveau film mettant en scène l’agent 007 est l’occasion d’analyses savantes et de décorticages subtils pour mesurer ce qui le distingue du précédent opus, ce qui le sépare du personnage originel créé dans les nouvelles et romans de Ian Fleming… Mais ces « écarts » pris par les scénaristes et acceptés par les producteurs sont toujours mesurés pour ne pas déplaire aux fans et aux gardiens de la vraie lumière. Ils paraissent même minimes par rapport à ce que s’est autorisé le cinéma pornographique dans les années 1980… »

Lire la suite de l’article de Marc Gauchée sur Fragments sur les temps présents

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On a (presque) tous quelque chose de Tennessee


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Les lendemains qui chantent (1/6)


Cette série propose des « sequels », c’est-à-dire des « oeuvres qui utilisent des éléments visuels, sonores ou dramatiques d’une autre œuvre créée précédemment ». Comme un premier karaoké de création, il s’agit de réécrire le texte d’un passage, de quelques couplets voire de la chanson en entier sans en modifier les règles d’écriture (rimes, couplets, refrains) de telle sorte à pouvoir être chantée sur la même musique. Cette réécriture devra s’efforcer (dans cet ordre) de respecter les règles d’écriture de la chanson originale ; d’avoir du sens et d’être drôle, ce qui serait un plus. Bref cette série tente de répondre à quelques questions essentielles, telles que : l’a-t-il enfin emmenée danser ce soir ? Ou encore : le téléphone continue-t-il à pleurer ?

Sur l’air de « Il faut toujours un perdant », Julio Iglesias, Giovanni Belfiore, M. Balducci, Gabriel Ruiz, Ramon Arcusa et Michel Jourdan, 1980

Bois
Ne me remercie pas pour le jaja
Tu m’ennuies aujourd’hui comme l’autre fois
On reste bien en froid

Bois
Car en buvant tu n’as pas à causer
Je m’occupe de toi si tu restes muet
Ne vas pas m’agacer

Bois
Sinon tu vas encore te déclarer
Je sais que tu peux pas t’en empêcher
L’amour est ton sujet

Bois
Je ne veux pas de tous tes beaux discours
Je connais par cœur tes mots, ta cour
Dis en boucle et très lourds

[refrain]
Tu sais
En amour il faut toujours un gnangnan
J’eus la patience de t’écouter souvent
Et j’étais persuadée que tu brassais du vent
Tu sais
En amour il faut toujours un gnangnan
J’eus la patience de t’écouter souvent
Je l’ai perdue, pourtant
Bois
Ne me remercie pas pour le jaja
Tu peux finir surtout t’arrêtes pas
Ton silence me va

Bois
Faudrait quand même qu’un jour tu te retiennes
Si tes violons à tout jamais se taisent
Je boirais à la tienne

[refrain]

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La politique des hauteurs


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