[Chrono] 1979-1984/ La Presse du temps des VHS (1/2)


Dans les années 1980, le visionnage domestique se développe avec la diffusion des magnétoscopes et des cassettes au format VHS (« Video Home System »). Apparaît alors une presse spécialisée dans la vidéo aussi nombreuse et souvent éphémère. La référence étant Le Guide Brandt–Vidéo 7.

PresseVideo

« La cassette vidéo, c’était un surgeon, un succédané du cinéma avec, au départ, de l’horreur, du gore et du cul. Il était normal que toute une presse spécialisée se développe avec ce type de films et le magnétoscope. Les gros succès de presse, c’était le olé-olé avec de belles jeunes femmes en couverture ! » nous explique avec son franc-parler, Martine Cotrel, bibliothécaire maintenant à la retraite (et co-autrisce avec Hélène Pouppeville de Mémoire des rues. Paris, 11e arrondissement (1900-1940),  Parigramme, 2015). Dans le cadre de ses études, elle se souvient bien qu’elle fut une précurseuse, rédigeant en 1984, un mémoire de fin d’études sur « La presse vidéo en France » (Mémoire de fin d’études sous la direction de Gérard Herzhaft, École nationale supérieure des bibliothèques, 20e promotion, 1984).

Pour la jeune étudiante des années 1980 à Villeurbanne, le choix du sujet était le fruit du hasard et d’une volonté d’économiser ses efforts : « Avec un sujet sur la presse vidéo, je n’ai eu qu’à envoyer un questionnaire aux revues concernées et à attendre leurs réponses pour les analyser. » Elle même ne possédait pas de magnétoscope, et ne fréquentait pas plus les vidéo-clubs. Mais elle voyait bien l’engouement en cours, ses copains théâtreux par exemple fabriquaient des petits films vidéo pour étudier leur jeu scénique ou bien se faire connaître. Martine s’est retrouvée dans un espace-temps précis : un âge d’or qui a duré cinq années.

En 1984, la presse vidéo grand public vit les dernières années d’un âge d’or commencé en 1979. Ses titres sont quasiment tous faits sur le même modèle : des annonces de matériels, les programmes à venir et des pages magazine. Avec une telle concurrence, les titres ont des espérances de vie d’éphémère, de Télé Vidéo Magazine en Vidéo Mag et Vidéo Plus sans oublier Vidéo international, Vidéo actualité, Vidéo Guide et Vidéo Club Info et last but not least, Vidéo News et TV Vidéo. Quatre magazines tiennent la corde un peu plus longtemps, il s’agit de Télé Ciné Vidéo (1980-1988), Télé K7 (1983-1993) et les deux recordmen, Vidéo 7 avec ses guides annuels de la vidéocassette (1981-1998) et TV Vidéo jaquettes (1982-2005). Martine Cotrel explique :  « Cette presse a disparu avec les défections des annonceurs ».

Pourtant, tout avait bien démarré. La presse vidéo bénéficiait du développement des magnétoscopes et des vidéocassettes préenregistrées.  Dans un contexte où les salles de cinémas de quartier fermaient, les Français découvraient les loisirs à la maison et à la carte. En 1979, on estimait à 50 000 le nombre de magnétoscopes vendus en France, 150 000 en 1980 et toujours plus haut, 800 000 fin 1982 selon les chiffres du SCART, le Syndicat des constructeurs d’appareils radiorécepteurs et téléviseurs (cité par Yves Alix, « Les Vidéoclubs à Lyon », mémoire de fin d’études sous la direction de Gérard Herzhaft, École nationale supérieure des bibliothèques, 22e promotion, 1986).

Le marché des vidéocassettes préenregistrées, second marché du cinéma, suit la même dynamique. Il ne comprend qu’une maigre centaine de titres en 1980, surtout des films X ou d’horreur. Ces deux genres se diluent rapidement dans la production et distribution de 4 000 titres disponibles fin 1982 et l’explosion d’offre de 7 500 titres en 1983. Le catalogue annuel de Vidéo 7 annonce 5 000 titres et l’édition de 1992 déborde de 12 000 K7 et laser-discs ! Pour se fournir, l’amateur peut se rendre dans les vidéoclubs de quartier, quasi inconnus en 1979 et qui sont 4 000 fin 1982.

1984 : la vidéo taxée comme un produit de luxe

Et puis ? Et puis patatras ! Le gouvernement de Pierre Mauroy s’inquiète du fait que 95% des magnétoscopes soient fabriqués au Japon. Le Premier ministre de François Mitterrand veut développer une filière française et fait d’abord adopter, en octobre 1982, une procédure originale de dédouanement localisée à… Poitiers. C’est là que les magnétoscopes japonais s’arrêteront. L’année suivante, en 1983, les socialistes créent la redevance sur les magnétoscopes : elle sera de 471 francs en 1983 et ne sera supprimée qu’en 1987, sous le gouvernement de cohabitation de Jacques Chirac. La taxe sur la valeur ajoutée (TVA) pour les magnétoscopes et les cassettes vierges est établie au taux le plus élevé, celui des produits de luxe (33,33%). Le même taux s’applique aux cassettes préenregistrées dès 1984.

Le résultat ne se fait pas attendre : 1 000 vidéoclubs ferment en 1983, car la fréquentation chute brutalement, notamment par ceux « qui n’avaient pas acquitté la taxe et qui avaient peur de voir leur nom traîner quelque part et d’être un jour contrôlés » décrit Didier Goeusse, délégué général de la Chambre syndicale de l’édition vidéographique (cité par Yves Alix, op. cit ). Et puis, la France prend du retard industriel. Alors que les ventes de magnétoscopes triplaient tous les ans auparavant, elles atteignent 665 000 en 1982, mais descendent à 514 000 en 1983 pour remonter ensuite et plafonner à 690 000 en 1985. Il y a 1,5 millions de magnétoscopes dans les foyers hexagonaux en 1983. Mais, en 1985, le taux d’équipement des ménages n’est que de 14% soit 2,8 millions. Avec ce retard d’équipement, la presse vidéo pâtit du manque de recettes publicitaires de la part des constructeurs qui préfèrent se reporter vers les magazines généralistes. Il faut aussi ajouter la guerre des standards vidéo qui fait rage entre le VHS de JVC, le Betamax de Sony et le V2000 de Philips puis, dans les années 1980, avec l’arrivée du laserdisc.

Yves Alix,  étudiant bibliothécaire de 1986, déplore aussi le manque d’ambition des vidéoclubs : les cassettes sont classées grossièrement par genres, mais jamais dans l’ordre alphabétique des titres, ni des auteurs. L’amateur est donc obligé de feuilleter les boîtiers pour dénicher ce qu’il cherche et seul le vidéoclub de la FNAC au Forum des Halles de Paris dispose d’un catalogue, car il a informatisé ses titres en profitant de la logistique du magasin.

Le chroniqueur Bruno Léandri, dans Fluide Glacial (N°113, novembre 1985) n’est pas tendre avec les vidéoclubs de l’époque : « Un bordel de n’importe quoi refourgué n’importe comment, qui sent l’affaire à court terme, le fric ramassé vite fait, bien fait » et « Les étagères d’un magasin de location parisien par exemple sont remplies à 80% de tous les nanars, sous-merdes, séries B, C, D dont même les publics de bidasses n’avaient pas voulu dans les projections du dimanche à la caserne ».

Marc Gauchée et David Miodownick (avec la relecture d’Emmanuel Lemieux)

À suivre…

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