Le taxi et le cinéma de peep-show de Max Pécas


Les films de Max Pécas se déroulent le plus souvent dans une société très bourgeoise. Le Champagne y coule à flot – placement produit oblige – et les protagonistes qui ne voyagent jamais en transport en commun, préfèrent prendre le taxi.

Or le taxi a cette particularité qu’il est un lieu clos mais vitré. Et ses vitres permettent aux gens de l’extérieur de voir ce qu’il s’y passe à l’intérieur. La banquette arrière du taxi est donc un fantasme assez répandu, les scènes de déshabillage ou de tripotage traînent  d’ailleurs dans d’autres films. Les initiatives y sont d’autant plus piquantes qu’elles se prennent sous la menace du coup d’œil du chauffeur dans le rétroviseur ou du regard des passants le temps d’un arrêt à un feu rouge.

C’est précisément de ce fantasme de lieu privé en public dont raffole Max Pécas. Dans Club privé pour couples avertis (1973), son héros Marcel est chauffeur de taxi et est troublé quand Corinne (Eva Stroll alias Denyse Roland), une cliente, se change sans pudeur excessive : « Plus on monte dans la ʺhigh societyʺ, plus on se déshabille ». La même scène figure, quatorze ans plus tard, dans l’ultime film de Max Pécas, On se calme et on boit frais à Saint-Tropez (1987). Juliette (Leila Fréchet) change de tenue dans le taxi puisqu’elle passe d’un séjour programmée en Bretagne à un séjour improvisé à Saint-Tropez.

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Mais le taxi n’est pas seulement une cabine d’essayage, il fait aussi fonction de cabine de peep-show, car Max Pécas place toujours des voyeurs autour du véhicule.  Dans Club privé pour couples avertis, Marcel emmène au bois de Boulogne son collègue Charlie, Corinne (« Je suis mariée à un homme aisé et je m’ennuie ») et deux touristes anglaises (Gilda Arancio et Liliane Ponzio). Maxime, le mari de Corinne n’avait-il pas affirmé un peu plus tôt : « Le bois de Boulogne est pour les orgies ce que la Mecque est pour les Arabes » ? Pendant que tout ce petit monde se tripote dans la voiture, le taxi est bientôt cerné par plusieurs hommes qui se masturbent stimulés par le spectacle. Dans On se calme et on boit frais à Saint-Tropez, un motard ne perd rien du changement de tenue de Juliette le temps d’un arrêt près du taxi.

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La première de ces cabines privatives sans contact physique est apparue en 1972 à New York (La tumultueuse histoire des peep-show, documentaire de Matthias Schmidt, 2013). On est devant les films de Max Pécas comme dans un peep-show, les objets du désir apparaissent et disparaissent dès lors qu’on a payé sa place et le taxi y fait figure de mise en abyme.

Joe Gillis

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Un commentaire pour Le taxi et le cinéma de peep-show de Max Pécas

  1. ysalouviot dit :

    Je n’ai vu aucun des films de Max Pécas, mais j’ai quelques fois pris le taxi. Le fantasme de cette petite boîte vitrée roulante vient aussi je crois, de l’éphémère qui s’y produit. Les gestes, à deux, sont d’emblée comptés, et les occupants n’ont d’autre possibilité, une fois montés, que de subir cette durée, matérialisée par un trajet qui sera plus ou moins encombré. C’est un monde inversé, puisque les feux rouges, l’importance de la circulation, tout ce qui ralentit et agace habituellement sera apprécié. Le chauffeur pourra prendre un chemin plus long et faire tourner généreusement son compteur, tout en suivant l’action à l’arrière. L’éphémère combiné à l’inversion de ce qui est communément attendu fait de l’habitacle un lieu très naturel de désir.

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