« Dites-lui que je l’aime » de Clémentine Autain


DitesLuiQueJeLAimea

Parce que sa fille lui demande de voir sa grand-mère, Clémentine Autain, la narratrice de Dites-lui que je l’aime (Grasset, 2019), s’embarque dans l’évocation de sa mère. Le chemin parcouru est une histoire et même une belle histoire de transmission. De réconciliation aussi.

Sa mère, c’est Dominique Laffin, comédienne disparue en 1985 alors que sa fille, Clémentaine Autain, a 12 ans : « J’ai pris conscience que toi, ma mère, tu étais partie sans un mot. » Il lui faudra donc partir seule sur le chemin des souvenirs pas folichons, des morceaux reconstitués, des bribes retrouvées, des témoignages de ceux qui l’ont aimée. Se rappeler aussi des autres qui la voyait comme « une fragilité de porcelaine maniant avec éclat l’humour et l’insolence. Un jeune talent prometteur, une écorchée vive, un symbole de ʺfemme libéréeʺ » alors que, pour sa fille, « en Dominique Laffin j’ai toujours vu ma mère, et ce n’était pas ton meilleur rôle. »

S’adressant à la défunte, la narratrice a connu la honte et l’angoisse devant sa mère trop souvent ivre… et absente : « à l’époque, ce que je retenais surtout, c’était l’abandon. Ce sempiternel sentiment d’abandon qui me collait au cœur. L’absence, ton absence. »

Mais la narratrice dépasse peu à peu la condamnation initiale pour essayer de trouver la part de sa mère « cachée quelque part en moi. » Une fois explorée les pistes artistiques et amoureuses, c’est la découverte de l’engagement féministe de Dominique Laffin qui retisse un premier lien. Même si son rôle de pionnière ne fut pas toujours couronné de succès, car « il ne suffit pas de braver les normes pour vivre librement. Il ne suffit pas de coucher avec le premier venu pour savourer la liberté sexuelle. Il ne suffit pas de tourner le dos aux rôles imposés d’une féminité oppressante pour trouver sa place, sa voie sociale, son équilibre intime. » D’ailleurs Yvan Dautin, le père, disait à sa fille : « Ta mère, c’était ma Marilyn à moi ! » Une fois la condamnation abandonnée, la narratrice peut accepter d’être émue par sa mère, peut accepter de l’admirer, elle et toutes les femmes qui se sont engagées dans le combat pour l’égalité : « Nous vous devons le coup d’essai. Et je te dois le goût de la liberté. »

Peut-être le savait-elle déjà lorsque, le 10 septembre 2006, en réunion publique à Saint-Denis, Clémentine Autain tente d’être désignée candidate de la gauche antilibérale pour l’élection présidentielle qui vient et dit à la tribune : « Je mesure mes handicaps : je suis jeune, je suis femme et, en plus, je suis blonde ! » Car la phrase résonne comme une parade et un écho de ce qu’elle écrit treize ans plus tard au sujet de sa mère : « Te sachant perçue comme un objet sexuel, tu aspirais à être prise au sérieux et reconnue comme une artiste à part entière. » Mais tout ça, c’était avant. Ce sont les propos d’une autre époque. Avant cette quête sincère et émouvante de réconciliation et de paix où la « mère » toujours absente devient « ma maman ». Avant aussi que Clémentine Autain ne devienne députée-mère… « à part entière ».

Marc Gauchée

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